Apostats

Par le CICNS  (janvier 2005)


Lire en bas de page : quand un individu critique son ancien mouvement, "il dit la vérité", quand un autre critique l'antisectarisme qu'il a abandonné, "il a été manipulé".


Lire également "la détresse et la bassesse instrumentalisées"

 

L'apostasie est l'abandon public et volontaire d'une pratique ou d'une religion. L'apostat est celui qui a renié un engagement spirituel passé. Mais cet abandon est souvent critique et dans le contexte de la croisade contre les minorités spirituelles, les apostats, spontanés ou créés par suggestion, sont largement utilisés par les groupes anti-sectes pour cautionner leurs thèses diffamatoires.

 

Le CESNUR a publié une enquête instructive sur le sujet dont voici un extrait, concernant le mouvement Nouvelle Acropole :

 

 

"Une étude quantitative n'est peut-être pas indiquée pour répondre à la question de savoir pourquoi certains membres qui partent deviennent des apostats plutôt que des partants ordinaires ou des démissionnaires. Un point cependant ressort sans ambiguïté de nos résultats, et confirme les recherches d'autres auteurs (voir Bromley 1997b). Une écrasante majorité d'apostats ont été en contact avec une coalition d'opposition, dans ce cas un mouvement anti-sectes (en France, principalement l'ADFI). Une large majorité (88%) de ceux qui ont quitté Nouvelle Acropole après un contact avec un mouvement anti-sectes est devenue apostat. A l'inverse, tous les apostats ont eu des contacts avec un des mouvements anti-sectes. La plupart de ceux qui considèrent Nouvelle Acropole comme une "secte dangereuse" (88,89%) ont été en contact avec un mouvement anti-sectes et 80% des répondants qui ont été en contact avec un mouvement anti-sectes expliquent la continuité de leur présence à Nouvelle Acropole par la théorie du lavage de cerveau. Des mots comme "secte dangereuse" ou "lavage de cerveau" sont sélectionnés dans les questionnaires presque exclusivement par les répondants en contact avec les mouvements anti-sectes. Une fois intégrés à la subculture anti-sectes, les anciens membres ne deviennent pas seulement apostats, mais trouvent un certain nombre d'outils d'interprétation (en premier lieu la théorie du lavage de cerveau) qui vont finalement donner forme au récit de leur expérience au sein du mouvement. A l'inverse, ceux qui n'ont pas été exposés aux théories anti-sectes, utilisent rarement, voire jamais, le récit de "secte". Les apostats ne sont pas seulement une minorité parmi les anciens membres. Ils sont, de façon plus large, cette portion minoritaire des membres sortants qui apparaît comme étant entrée en contact avec les mouvements anti-sectes et ayant été intégrée à leur subculture particulière."

 

http://www.cesnur.org/testi/Acropole.htm

 

Mais la situation des apostats dans les groupes anti-sectes est d'autant plus révélatrice de l'intention de ces derniers qu'ils sont les seuls témoins utilisés pour déterminer si, selon leurs critères, un groupe est une secte ou non (il est d'ailleurs rare qu'un mouvement spirituel ne soit pas considéré comme une secte par ces groupes).

 

Ce sont donc toujours les témoins à charge qui sont entendus sur la question des sectes en France. Il n'y a aucune présomption d'innocence à l'égard des minorités spirituelles et les mêmes personnes que les activistes anti-sectes jugent victimes de lavage de cerveau se trouvent tout à coup soumises au langage manichéen et répétitif de la diabolisation des minorités spirituelles qui offre un soulagement à l'apostat : il n'est pas responsable de ses choix, il est une victime.

 

Cette déresponsabilisation d'individus adultes est une manipulation caractéristique de cette mascarade de la lutte anti-sectes.

 

Les apostats sont minoritaires dans tous les cas, et il y en a autant dans les grandes religions que partout ailleurs. Le fait d'utiliser et de médiatiser les propos d'un apostat a un effet hallucinatoire sur le grand public puisque son discours est généralement accepté comme "la vérité" au sujet de ce qu'il a renié. Les psychologues qui se sont penchés sur la question des apostats savent que dans tout "divorce", particulièrement ceux qui succèdent à un lien profond ou plein d'espoirs, il y a une part de traumatisme qui incite parfois ceux qui le vivent à blâmer "l'autre" afin d'alléger leur propre souffrance (1).

 

Le fait d'utiliser cette souffrance pour nuire aux minorités spirituelles n'est-il pas un comportement de la même veine que ceux que les associations anti-sectes reprochent aux sectes ?

 

 

 

À noter : Quand Janine Tavernier, "apostat de l'ADFI" ?, dénonce les dérives de son ancienne "secte", on dit qu'elle a été manipulée, "récupérée par les sectes" (source). Quand un apostat d'une minorité spirituelle dénonce des dérives, on dit qu'il faut l'entendre parce qu'il dit la vérité. Deux apostats, deux mesures ?

 

  

1) "Le membre déçu et l'apostat, en particulier, sont des informateurs dont les preuves doivent être utilisées avec prudence. L'apostat a généralement besoin de se justifier. Il cherche à reconstruire son passé, à excuser ses affiliations précédentes et à blâmer ceux qui étaient ses collègues les plus proches. Il n'est donc pas rare qu'il apprenne à se fabriquer une `histoire atroce' pour expliquer comment - par la manipulation, la tromperie, la coercition ou les fraudes - il a d'abord été conduit à adhérer, puis on l'a empêché d'abandonner une organisation qu'aujourd'hui il désapprouve et condamne. Les apostats, dont les récits sont publiés dans un contexte sensationnel par la presse, cherchent parfois à tirer profit de leurs expériences en vendant leurs récits aux journaux ou en publiant des livres (souvent écrits par des `nègres')" (Bryan Wilson, The Social Dimensions of Sectarianism, Clarendon Press, Oxford, 1990, p. 19).


Lire également "la détresse et la bassesse instrumentalisées"

et aussi "la souffrance des sortants de sectes ?"

Lire le compte-rendu de lecture de "Le temps des victimes"

Lire également La position du CICNS sur la question des victimes d'abus au sein des minorités spirituelles

 

Haut de page


© CICNS 2004-2015 - www.cicns.net (Textes, photos et dessins sur le site)