Les écoles Steiner

 

Enquêtes bâclées et préjugés

 

Un article du magazine  Alternative santé - l'impatient n° 266

Martine Lagattier



Mardi 22 février 2000, le député Jacques Guyard. président de la Commission d'enquête sur les sectes, se retrouve sur le banc des accusés à la 17e chambre du tribunal correctionnel de Paris. Il est poursuivi en diffamation par trois institutions : la Fédération des écoles Steiner, le Mercure fédéral, qui rassemble des médecins à orientation anthroposophique, et la NEF, Nouvelle économie fraternelle, une banque dont l'un des objectifs est de financer des projets d'aide à la création d'entreprises par les chômeurs ou des Rmistes.

Rappel des faits :

Le 10 juin 1999. la Commission parlementaire sur les sectes, dans son rapport Les Sectes et l'argent, désignait pour la première fois l'anthroposophie comme une secte.

Le 17 juin 1999. le journal de 13 heures sur France 2, présente un reportage à Bourbon-L'Archambault, chef-lieu de canton de l'Allier. Le reportage est une manipulation. Plusieurs sites, l'école de la Mhotte, le foyer thérapeutique de Ruzière et la société financière la NEF sont présentés comme faisant partie d'un prétendu mouvement anthroposophique. Le député Jacques Guyard. invité sur le plateau, cautionne le tout et parle de "pédagogie d'endoctrinement, de presser le citron, de vie en collectivité obligatoire, etc. "

Les diffamés décident de porter plainte contre Jacques Guyard et France 2. Ils abandonneront la plainte contre la chaîne qui. avec l'émission l'Hebdo du médiateur leur donne un large droit de réponse à l'antenne.

Pendant l'audience du mardi 22 février, la présidente interroge longuement le député, elle s'étonne à de nombreuses reprises de sa méconnaissance du sujet et en particulier de l'anthroposophie ; cet élu ayant même parlé à un moment des "anthroposomorphes". Elle s'interroge aussi sur le secret dont s'entoure la commission. En effet, après la publication du rapport, cette dernière a été dissoute et les personnes accusées ne peuvent pas savoir qui les a dénoncées et quelles sont les sources du rapport : "Je comprends que l'on protège les victimes des sectes, mais en quoi des institutions comme les renseignements généraux (RG) ou l'antre des médecins ont-elles besoin de protection ?" La pré­sidente du tribunal essaie d'en savoir plus sur les prétendus témoignages de victimes de l'anthroposophie. Le député balbutie et il apparaît que les principaux accusateurs sont essentiellement les RG et l'ordre des médecins. "Lorsque l'on sait le crédit que l'on peut accorder aux rapports des RG. pourquoi n'avez-vous pu effectuer d'enquêtes plus approfondies ?" interroge la présidente. Sur les propriétés immobilières supposées de la "secte", le nombre d'erreurs relevées lors de l'audience est impressionnant. C'est vraiment sans aucune difficulté, face à si peu de rigueur, que les présidents des trois institutions, Jacques Dallé pour la Fédération des écoles Steiner. le Dr Kempenich pour le Mercure et M. Bideau pour la NEF peuvent s'exprimer à la barre et expliquer qui ils sont et ce qu'ils l'ont. 

Malgré leur émotion, leur sincérité ne fait aucun doute. Le procureur manifeste un intérêt évident pour ce qui se dit. Notamment lorsque le représentant de la NEF parle des prêts que la banque peut accorder à des chômeurs ou à des Rmistes. à partir de placements, dont l'épargne "doit servir à panser les maux de notre temps". Au détour d'un témoignage, on apprend que quatre médecins de l'Hérault, dont le Dr Seignalet. qui ont participé aux Entretiens de Monaco (réunion sur les médecines non conventionnelles) en novembre 1999, sont poursuivis par le conseil de l'ordre de l'Hérault parce qu'un médecin anthroposophe se trouvait à ce colloque... Lorsque, avant les plaidoiries, le procureur intervient, il insiste sur la nécessité de s'intéresser aux sectes mais il dénonce qu'un sujet aussi important ait été traité avec autant d'imprudence et de légèreté. 

L'avocat du député ne plaidera pas sur le fond, il n'aurait aucune chance, mais sur la forme en parlant d'irrecevabilité de la plainte pour cause d'immunité parlementaire : on croit rêver... Les députés auraient-ils le droit de raconter n'importe quoi en toute impunité ? Cette audience est réconfortante pour tous ceux qui ont souffert des accusations du rapport de juin 1999. Cela a permis de faire le procès d'un rapport, réalisé n'importe comment et auquel on ne peut guère accorder de crédit. Pourtant la calomnie ne se guérit pas avec un procès. Le préjudice moral subi par les groupes se réclamant de l'anthroposophie est important. Il est très difficile de se remettre de l'accusation d'être une secte. 

 

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