Calomnie

Dominique Baudis témoigne

Dominique Baudis, ex-maire de Toulouse, a été pendant un an et demi la victime d’une calomnie très médiatisée. On l’a accusé d’être responsables de meurtres, d’avoir violé et torturé en complicité avec Patrice Alègre, un tueur en série notoire.

Aujourd’hui, l’enquête est close et démontre qu’il ne s’agissait que de mensonges.

Dominique Baudis publie un livre « face à la calomnie » dans lequel il affirme que ce qui lui est arrivé « peut arriver à n’importe qui, n’importe quand ».

Au CICNS, nous en avons été plusieurs fois les témoins. Mais au-delà du sujet qui préoccupe notre association, nous vous présentons ci-dessous quelques extraits du journal de cette personnalité politique laminée par la machine à haine et à mensonge.

Marie-France Etchegoin, journaliste au Nouvel Observateur, s'interroge : « Il pointe du doigt les petites et grandes lâchetés de ceux qui ont laissé faire. Pourquoi ont-ils agi ainsi ? Pourquoi les a-t-on crus ? Il faudra encore du temps avant de démonter tous les rouages de cette machine infernale ».

Il faudra du temps sur cette affaire spécifique, oui, mais il faudrait surtout une prise de conscience générale bien plus profonde encore sur les rouages de notre société qui permettent que de telles choses se produisent.

Dans l’affaire Baudis, un gendarme et un procureur de la République s’égarent et cèdent à la pression médiatique (voir également La méprise, par Florence Aubenas, L'affaire d'Outreau, La justice est-elle indépendante ?)

Combien de cas semblables faudra-t-il encore pour nous alerter sur la barbarie de la rumeur ? Et combien n’ont jamais eu ou n’auront pas la possibilité d’écrire un livre pour faire connaître ce qu’ils ont vécu ?  


Extraits de son livre, en gras ci-dessous.

Le 16 mai 2003, Dominique Baudis apprend qu’il est accusé par d'ex-prostituées - Patricia et Fanny - de viols et d'actes de barbarie. 

Le soir, il s’effondre devant sa femme : " «Jamais de ma vie on ne m'a fait une chose pareille... Un monstre. Tu te rends compte ? On veut me faire passer pour un monstre qui martyrise des femmes, des mineures ! Mais pourquoi ? Pourquoi faire ça contre moi, contre nous ?»   La tête sur son épaule, je laisse couler des larmes".

Le 22 mai 2003, " Djamel, un travesti mythomane, confirme les accusations des ex-prostituées sur TF1, de dos et sous un nom d'emprunt. "

"Le 24 mai 2003, nouvelle apparition de Djamel, sur France 2 cette fois. On entre dans l'horreur absolue avec des meurtres d'enfants racontés par l'accusateur anonyme et encapuchonné. [...] Entre le Journal de TF1 et celui de France 2, une quinzaine de millions de téléspectateurs ont entendu raconter ces monstruosités. Puisqu'une chaîne avait eu ce scoop, l'autre voulait l'obtenir. Deux jours plus tard, Djamel est mis en garde à vue, puis mis en examen pour témoignage mensonger et écroué. Il avoue que ses déclarations sont non seulement « bidon » mais aussi dictées par Patricia  [...] Djamel, dont le témoignage délirant sur d'hypothétiques « soirées barbares » a été diffusé par TFI et France 2, s'est suicidé en septembre 2003."

On s'interroge encore aujourd'hui sur le rôle de « la Dépêche du Midi » et du gendarme Michel Roussel dans le déclenchement de l'affaire. Le premier était un adversaire politique de Dominique Baudis et le second a recueilli les accusations des ex-prostituées au coeur du scandale.

Le 30 mai 2003, Patrice Alègre déclare devant le juge ainsi que dans une lettre lue à l’antenne par Karl Zéro sur Canal+ qu'il a tué une prostituée et un travesti à la demande de Dominique Baudis. Il se rétractera quelque temps plus tard.

Le samedi soir, un appel de Francis Szpiner, avocat de Dominique Baudis :

- S'il vous a mis en cause, il faut demander à être mis en examen afin d'avoir accès au dossier.

"C'est à se taper la tête contre les murs ! Demander à être poursuivi pour savoir de quoi on est accusé ! [...] Tout à l'heure, je croyais une issue prochaine et maintenant je dois me préparer aux pires épreuves. J'ai l'impression de tomber dans le vide. [...] Je prends Ysabel, Florence, Pierre et Benjamin dans mes bras. Nous nous serrons les uns contre les autres. [...]"  dit Dominique Baudis.

Le  15 juin 2003. « Après Patrice Alègre et Patricia, Karl Zéro nous sert Fanny. Visage masqué, elle entre dans le numéro morbide auquel les téléspectateurs du Vrai Journal ont droit chaque dimanche depuis trois semaines. Pas une question pour demander une preuve, une précision. Karl Zéro n'intervient au contraire que pour relancer le discours accusateur et le dramatiser : Fanny parle d'enfants qu'elle aurait vu suspendus à des crochets dans une chambre de torture, au premier étage d'une maison près de Toulouse, à chaque « Vrai Journal », on monte quelque marches dans l'escalier de l'horreur. Il faut bien entretenir l'Audimat ! Sous des mines effarées, Karl Zéro est très content de son coup, ça se voit. [...]

Lundi 16 juin 2003. « Le Monde » annonce la découverte de la maison des horreurs (la maison de Noé). C'est la confirmation des abominations racontées par Fanny sur Canal+.  Derrière les tentures qu'ils ont arrachées les gendarmes ont découvert dans les murs plusieurs fixations d'anneaux. Ces anneaux étaient situés bas, à une cinquantaine de centimètres du sol, à hauteur d'enfant...  Bien que je sois vacciné par les intoxications précédentes - Djamel, le faux cambriolage -, cet article me déconcerte. C'est la première fois que des éléments matériels, fixations dans le mur, moquettes ensanglantées, viennent étayer les accusations. [...]

Le lendemain, le  procureur de la République, Michel Bréard, « dément formellement » (l’histoire de la maison de Noé est effectivement du pur délire.)

Patricia (Christèle Bourre) et Fanny (Florence Khelrfi) renvoyées devant le tribunal correctionnel pour « complicité de dénonciation de crimes imaginaires ».

Le 26 juin 2003. Dominique Baudis subit une première confrontation avec l'ex-prostituée qui l'accuse de viols. "Je vais enfin rencontrer cette femme qui depuis des mois s'acharne contre moi. Je respire plusieurs fois profondément et lentement afin de me préparer à conserver tout mon calme. Après une demi-heure d'attente, ils entrent : les gendarmes amènent la prisonnière suivie de son avocat. Plus de foulard entortillé autour de la tête, plus de lunettes noires, plus de « Patricia  : voici Christèle Bourre, à visage découvert, un visage banal qui n'offre que son profil. Assise sur sa chaise, elle croise bras et jambes comme si elle se nouait. Pas une fois elle ne tourne la tête vers moi. Elle reste recroquevillée sur elle-même et sur ses mensonges. Elle raconte le soir de ses 20 ans, Alègre, Messaoudène et moi... Les postures se succèdent dans le récit, comme un banal film porno. Je la regarde dérouler ses obscénités comme si je n'étais pas là. Elle joue faux : si, comme elle l'affirme, je lui avais infligé des sévices, elle aurait eu un mouvement de colère en entrant dans le bureau, ou bien elle s'adresserait à moi pendant son récit pour m'accuser, m'invectiver... Au contraire, tout se passe comme si je me trouvais derrière un miroir sans tain qui dissimulerait ma présence. Je ne la quitte pas des yeux. Impossible de croiser son regard, qui va et vient entre la pointe de ses pieds et le juge pendant qu'elle énumère les différentes contorsions impliquant trois hommes autour d'une femme.

Le 17 septembre 2003. "La calomnie continuait à cracher son venin ; Fanny faisait tourner le manège du mensonge et m'accusait à son tour ! Elle était torturée tantôt par le procureur général, tantôt par le maire... Rien, aucune preuve n'est venue étayer ses délires successifs, mais je dois être confronté au mensonge une nouvelle fois. [...]

Avec trois quarts d'heure de retard, Fanny entre, accompagnée de son nouvel avocat. [...] Elle commence à parler : elle ne m'a jamais vu. C'est à tort qu'elle m'a cité dans cette histoire. Elle s'excuse. Elle pleure. Le juge lui demande pourquoi elle m'a mis en cause. On l'a poussée, dit-elle ; le gendarme Roussel; ses avocats, Patricia... Deux heures durant elle raconte qu'elle a subi des pressions pour m'accuser. [...]

Le 18 septembre 2003, les langues se délient et le confirment. [...] Le gendarme s'est égaré, mais pourquoi le procureur de la République, Michel Bréard, l'a-t-il suivi ? (...] Il reconnaît avoir ouvert une instruction sur pression médiatique. [...) Trois éditoriaux de la Dépêche du Midi exigeant une information judiciaire auront emporté la décision du procureur.

Le 13 octobre 2003. L'audition du gendarme Michel Roussel a montré qu'il avait suivi, sans vérification, les déclarations des deux prostituées.

La lettre de Nougaro du 15 juin 2003 : Cher Dominique, Fils du bel canto, je connais bien l'air de la Calomnie. Il affiche avec toi une cruauté dont l'espèce humaine, hélas, a le secret. Sympathie, un mot grec qui signifie je crois : souffrir avec. Reçois dans ton coeur, Dominique, toute ma sympathie. Hélène et moi vous embrassons bien affectueusement,

Le 17 juin 2004 confrontation avec Patricia, Patrice Alègre et Lakhdar Messaoudène. [...] Nous sommes dix-neuf dans le bureau du magistrat instructeur. Patrice Alègre révèle les pressions et les promesses d'argent qui l'ont amené à mettre en cause l’ancien maire de Toulouse dans un texte qui lui a été dicté. Patrice Alègre précise que c'était en contrepartie d'une somme de 15 000 euros qu'un collaborateur de Karl Zéro devait remettre à Me Boguet. Et il ajoute qu'il n'a jamais vu cette somme.

Janvier 2005. Après un an et demi de tourments, on est arrivé au bout du rouleau du mensonge. Le juge Perriquet a refermé son dossier. [...] Il constate que rien n'est venu étayer les accusations dont on nous accablait et qu'il n'y a donc pas lieu d'engager de poursuites. Toutes les vérifications ont, au contraire, révélé les affabulations de Patricia et Fanny. [...] Elles ont menti, ce n'est pas moi qui le dis, c'est le juge qui le constate. Le procureur Bréard doit lui-même en convenir. [...] Il a ouvert une instruction sur des mensonges avérés. Exprime-t-il un regret ? Certainement pas. Il a persécuté des innocents pendant des mois mais il n'éprouve « aucun remord », dit-il .

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