Un Bizutage infernal

 

Solenn Colléter est ingénieur en aéronautique. 

 

Elle a écrit « Je suis morte et je n’ai rien appris (Albin Michel)», témoignage romancé d’un violent « bizutage » au sein d’un lycée prestigieux, vécu en 1991, à l’âge de 17 ans.

 

Entourée de « cadavres d’animaux » et de « vacarme » « on nous arrose d’un liquide nauséabond », nous devons « ramper dans les immondices » « on me frotte avec le cadavre d’un poisson, j’étouffe » « les larmes coulent, « à leur sanglots répond le hurlement des bizuteurs » « une semaine à ramper, à nous vautrer dans des entrailles d’animaux, à mimer des actes sexuels, à manger de la pâtée pour chat, à scander que nous sommes des sous-merdes (…) avec l’interdiction toujours de lever la tête » « nous mâcherons la circulaire de l’Éducation Nationale » qui interdit le bizutage. Et l’épreuve finale « on introduit une seringue dans ma bouche, composée d’ingrédients que je n’ai pas voulu connaître, la mixture est ignoble ».

 

Elle y dénonce « l’aspect le plus terrifiant de cette barbarie » : l’amnésie des victimes de cette torture, la reconnaissance incongrue envers les bourreaux et, plus étrange encore, la complicité de la direction des établissements.

 

Avec lucidité et sans détour, elle montre du doigt « les dirigeants de la France  » qui « se reproduisent à l’identique, génération après génération » au fil de ces rites initiatiques, tragique ironie quand on pense que ce sont eux qui attisent la chasse aux sectes. 

 

La direction de l’établissement lui a répondu « qu’elle devait être bien fragile pour avoir mal vécu cette noble épreuve ». 

 

Il est vrai que le fait de brûler de l’encens ou de pratiquer une méditation régulière est bien plus dangereux pour ces gens-là.

 

Extraits à partir d'une interview dans Paris-Match

 

 

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