Le Communautarisme

par le CICNS

La République tremble et sa peur s'enfle au fur et à mesure d'événements fortement médiatisés qui tendent à faire des "communautés" les boucs émissaires du 21° siècle. 

L'histoire le confirme, il ne peut pas se passer plus d'une décennie sans qu'un nouvel ennemi soit désigné et combattu avec la même violence. Les hommes semblent ne pas aimer la paix et l'unité, ou pas très longtemps.

Le communautarisme est défini comme une tendance qui donne à la communauté, ethnique, spirituelle ou sociale, une importance trop grande par rapport à l'individu et aux valeurs de la République dont elle semble se séparer. 

Les minorités spirituelles sont donc tout particulièrement visées, bien qu'elles fassent aujourd'hui un peu moins peur que l'Islam (il reste que les renseignements généraux ont une mission de surveillance similaire à l'égard de l'islam et des sectes en France). 

Bien sûr, quand le président de la République Française met en garde contre le "communautarisme", il vise clairement les croyants de l'Islam en France, il ne parle pas d'un petit groupe de Channeling en Lozère. Ces derniers ne font pas vraiment peur à la République. Ils sont souvent utilisés pour raviver la peur et l'intolérance, quand cela semble nécessaire, mais les autorités savent plus que tout autre qu'il n'y a aucun danger dans ces "replis communautaires" que semblent être les minorités spirituelles.

Car le danger, même s'il est présenté comme un danger pour le peuple, est avant tout un danger pour les gardiens de la République qui craignent comme la peste le retour du virus de la spiritualité. 

Dans le confort tiède d'une société matérialiste, l'irrationnel qu'incarne la spiritualité réveille de vieilles terreurs. Il ne faut pas se laisser envahir. Il faut veiller au grain et anticiper, quitte à entretenir des psychoses, les risques d'un retour en force du spirituel. 

Ainsi les sectes ne font pas réellement peur à ceux qui agitent les épouvantails. Mais qui sait si elles ne pourraient pas être les germes d'un nouvel engouement pour la spiritualité ? 

Il devient alors tout à fait légitime pour les gardiens de la République de frapper vite et fort, de manière toujours démesurée. 

La gifle est cinglante pour les minorités spirituelles que l'on tente de maîtriser avant qu'elles ne prennent de l'ampleur, comme l'Islam qui semble avoir pris trop de place, sans qu'on y prenne garde, dans la seule communauté valable à leur goût : La République (comme si celle-ci était un modèle d'équilibre, dépourvue des erreurs et des excès que l'on reproche à la religion. Une République qui affirme "hors de mon sein point de salut !" est tout aussi extrémiste que des fondamentalistes religieux) .

S'il existait une véritable tolérance dans notre pays, nous ne croyons pas que les minorités spirituelles donneraient cette même impression de "repli". Et le manichéisme qu'on leur reproche (il y a le bien, à l'intérieur de la secte, et le mal à l'extérieur) vient surtout de ce mépris qu'elles doivent subir, dans le meilleur des cas, ou des diffamations et assauts qu'elles doivent endurer depuis plus de 20 ans. 

Nous connaissons peu de personnes dans les cercles spirituels minoritaires qui aient de vrais problèmes avec les structures de la République Française. Mais la plupart en ont peur, sentant la menace permanente, comme une épée de Damoclès au-dessus de leur tête. Et il faut le vivre pour connaître les conséquences d'une telle situation dans la vie quotidienne de milliers de nos concitoyens.

Si la grande communauté de la République était suffisamment généreuse pour tolérer la diversité plutôt que de préférer le nivellement cher aux dictatures, les communautés existeraient sans doute toujours mais sans ce fossé qui s'est creusé entre elles et la société. 

Et le fossé n'a pas été creusé d'un seul côté. 

Mais aujourd'hui, la tendance est à lâcher des bombes sur l'ennemi plutôt qu'à tenter de comprendre, par le dialogue, les causes de sa colère éventuelle ou à voir comment sa différence pourrait être intégrée dans une communauté encore plus vaste que celle de la République, et de laquelle elle s'est elle-même coupée : la communauté humaine.

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