Courrier à Mme Michèle Alliot-Marie, Ministre de l'Intérieur

Lettre adressée en mars 2009 à Mme Alliot-Marie critiquant les moyens mis en œuvre dans la lutte contre les dérives sectaires en France. 

23 mars 2009  

Madame le Ministre,

Depuis maintenant cinq ans, nous observons les effets de la politique de lutte contre les dérives sectaires conduite par le gouvernement français.

Si elle répond indubitablement à une inquiétude de nos concitoyens, les moyens mis en œuvre nous semblent toujours gravement inadaptés.

Les réactions épidermiques et la rhétorique simpliste de certains responsables politiques de tous bords, suite aux déclarations d’Emmanuelle Mignon au début de l’année 2008, sont le reflet d’une situation de non-débat, d’unanimité tacite de la classe politique française sur une action qui soulève pourtant des questions fondamentales avec des conséquences extrêmement significatives.

Notre travail d’observation et les nombreuses sollicitations dont nous sommes l’objet nous conduisent en effet à constater que la population française est aujourd’hui profondément marquée par l’amalgame spiritualité-criminalité véhiculé par le mot secte, que celui-ci creuse un fossé quotidiennement au sein de très nombreuses familles, et prive le pays de nombreuses expressions d’une inspiration légitime et créatrice.

Le projet de Monsieur Georges Fenech, président de la MIVILUDES, de constituer une nouvelle liste de sectes (propos recueillis dans le journal Le Parisien), après celle du rapport parlementaire de 1996 très critiquée aux plans national et européen, n'est pas acceptable et détériorerait un peu plus, s'il voyait le jour, un débat public qui doit être repensé.

Nous sommes très inquiets de voir un tel projet soutenu par le Premier Ministre qui exprime son souhait « que la MIVILUDES soit renforcée et qu'elle puisse régulièrement actualiser la liste des associations considérées comme sectaires ». (Nouvelobs.com 22.06.2008)

Selon une enquête réalisée par BVA en décembre 1999, un tiers des français vivrait une spiritualité « distincte de toute pratique religieuse ».

Cette évaluation se confirme, nous semble-t-il, dans l’émergence significative que nous constatons sur différents lieux d’expression, forums Internet, courriers des lecteurs ou des téléspectateurs et même les lignes éditoriales de certains médias, d’une opinion bien plus nuancée et proche du CICNS que celle qui domine les discours officiels et les grands médias.

Le CICNS se tient prêt à apporter son expérience de plusieurs années sur le terrain, ancrée dans une action pacifique, et son témoignage à tout débat constructif sur le sujet des minorités spirituelles de France.

C'est dans cet esprit constructif et pacifique que nous avons l'honneur de solliciter de votre haute bienveillance une audience pour vous présenter plus précisément notre action.

Espérant que vous voudrez bien donner une suite favorable à notre requête, nous vous prions de croire, Madame le Ministre, à l’assurance de notre très haute considération.

 

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