Courrier à Claude Guéant

À l'attention de Claude Guéant, Ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer et des collectivités territoriales. Courrier d'avril 2011, à l'occasion du pseudo « débat sur la laïcité ».

Monsieur le Ministre, 

Depuis maintenant sept ans, notre association observe les effets de la politique de lutte contre les dérives sectaires conduite par la MIVILUDES, sous l’autorité du Premier Ministre, et soutenue par le Parlement. Notre constat est accablant : 

1- Le discours de la mission et des parlementaires est volontairement ambigu, prétendant implémenter une lutte contre les agissements répréhensibles tout en mettant à l’index a priori des groupes qualifiés arbitrairement de « sectaires ». 

2- La rhétorique antisectes constamment utilisée est extrêmement péjorative. Le simple fait d’être désigné comme « secte » suffit à discréditer durablement un groupe. 

3- La quasi-totalité des informations largement diffusées par la MIVILUDES sont infondées : 500 000 personnes seraient victimes de dérives sectaires dont 80 000 enfants, un tiers des psychothérapeutes seraient issus de mouvements dits « sectaires » (donc dangereux). En l’absence de preuves, ces affirmations sont irresponsables. 

4- Des concepts pseudo-scientifiques sont systématiquement utilisés pour susciter un sentiment de peur et de rejet à l’égard desdites « sectes », comme la « manipulation mentale ». 

5- Les critères de « dérives sectaires » utilisés par la MIVILUDES sont non pertinents. Applicables à n’importe quel groupe humain tout en étant hors cadre juridique, ils ne sont qu’un outil de discrimination.  

6- L’esprit de la laïcité n’est pas respecté. Les croyances et pratiques sont insidieusement jugées et dévalorisées. 

7- La MIVILUDES ne peut se prévaloir d’aucune méthodologie sérieuse d’analyse et ne respecte pas le contradictoire. Le travail des chercheurs en sciences sociales appartenant aux principaux instituts de recherche français est ignoré. 

8- Les actions de la MIVILUDES sont conduites hors du champ pénal, c'est-à-dire non pas sur constatation d’infractions mais sur simples signalements ou sur la base de suspicions. La CAIMADES, au sein du Ministère de l’Intérieur, est devenue le bras armé de la MIVILUDES et participe à des raids policiers de plus en plus violents et injustifiés à l’encontre de communautés paisibles. 

9- Cette politique perpétue dans l’esprit du public un ostracisme et des réflexes discriminatoires à l’encontre des groupes visés. Les médias jouent un rôle prépondérant dans la désinformation qui les accable. 

10- Le référentiel de la MIVILUDES n'est toujours pas consultable par les groupes listés alors que nous le savons mis à disposition des pouvoirs publics. Cette situation est inacceptable. 

Nous pouvons étayer tous les points mentionnés ci-dessus (les informations sont sur notre site internet).  

Le Ministère de l’Intérieur a toujours su tempérer les débordements de la MIVILUDES mais les agissements récents de la CAIMADES sont un signe alarmant supplémentaire de dérive dans la lutte antisectes française. 

Il nous semble indispensable que la place des minorités spirituelles, thérapeutiques et éducatives soit réévaluée. A cette fin, notre association propose la création d’un Observatoire indépendant en lieu et place de la MIVILUDES, dont vous trouverez une présentation jointe à ce courrier. 

Nous sommes à votre disposition pour vous apporter notre concours et notre réflexion afin d’assainir le débat sur la question desdites « sectes ». Il n'est plus acceptable de retourner la société française contre une partie d'elle-même.  

Nous vous prions de croire, Monsieur le Ministre, à l’assurance de notre très haute considération. 

Porte-parole du CICNS

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