Courrier à la directrice de cabinet de M. Sarkozy

Le 20 février 2008, les propos de Mme Mignon au sujet du traitement des "sectes" en France et rappelant des principes importants sur la liberté de conscience a provoqué de nombreuses réactions. Le CICNS a souhaité lui manifester son approbation et son soutien. 

Mme Emmanuelle Mignon

Directrice du Cabinet de M. Nicolas Sarkozy, Président de la République

Palais de l'Elysée

55 rue du Faubourg SaintHonoré

75008 - PARIS    

Objet :              Demande de rendez-vous                      

Montpezat de Quercy, Jeudi 21 février 2008    

Madame la Directrice de Cabinet,   

Le Centre d’Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités a l'honneur de vous faire part de sa satisfaction et de l’espoir qui sont nés à l’écoute de vos récents propos parus dans l'hebdomadaire VSD du mercredi 20 février, et en particulier cette réflexion, qui fait écho à notre demande d’une révision profonde de l’esprit de la lutte antisectes en France :  

« Soit ces mouvements et ces groupes troublent l'ordre public et abusent de la faiblesse psychologique des personnes, et dans ce cas ils doivent être poursuivis et sanctionnés (...) Soit ils ne troublent pas l'ordre public et respectent les personnes, et ils doivent alors pouvoir exister normalement conformément au principe de la liberté de conscience. »

Le CICNS est une association indépendante dont l'objet est d'équilibrer le débat sur la question des nouvelles spiritualités ou nouveaux mouvements religieux tels que les nomment les sociologues. Nous ne sommes pas juges des croyances des différentes minorités et ne défendons aucun groupe en particulier. Il nous faut d'ailleurs faire de fréquentes mises au point sur cette indépendance tant la défense de la liberté spirituelle devient entachée de soupçons en France.

Notre regard se porte sur le contexte politique, juridique et médiatique dans lequel les nouvelles formes de spiritualité tentent de trouver leur place. L'action du CICNS ne serait pas nécessaire si les textes de notre Constitution et des différentes déclarations des droits de l'homme dont la France est signataire étaient respectés. Nous nous plaçons donc dans le cadre légal issu de ces textes fondateurs.

Notre constat : la stigmatisation des groupes appelés "sectes" en France conduit à un non respect caractérisé de la liberté spirituelle pour toutes les nouvelles formes de spiritualité. Ce non respect se traduit par un grand nombre de discriminations comme : le non accès à des salles municipales ou privées sur la base du rapport parlementaire de 1995 qui, d'après la circulaire Raffarin de mai 2005, ne devrait plus être évoqué ; la perte de la garde des enfants en cas de divorce ; des assauts de forces de police équivalents à ceux réservés aux pires terroristes ; des diffamations médiatiques, etc. L'absence d'information sur ces discriminations est imputable au fait que la plupart des médias ont fait le choix inconditionnel de soutenir la politique de lutte contre les dérives sectaires inspirée par les associations anti-sectes et quelques parlementaires.

La théorie d'un fléau social qui sous-tend cette politique anti-sectes n'est étayée par aucune preuve tant sociologique que juridique. Au contraire, l'étude des auditions de la troisième commission parlementaire sur les sectes et l'enfance confirme que les chiffres alarmistes avancés par Monsieur Fenech sont totalement mensongers. Nous le démontrons dans la deuxième partie de notre film documentaire ci-joint, que nous vous proposons de visionner.

Nous avons l'honneur de vous faire parvenir également les actes de notre colloque du 30 septembre 2007 à Paris sur le thème : « Sectes : fléau social ou bouc émissaire ? ».

Les discours des intervenants (Jean Baubérot, historien et sociologue, directeur de la chaire sur la laïcité à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE) ; Raphaël Liogier, professeur des universités à l'IEP d'Aix en Provence, qui enseigne la sociologie et l'anthropologie et dirige l'Observatoire du Religieux et le Master Religion et Société ; Me Olivier-Louis Séguy, enseignant et praticien du droit spécialisé dans les problématiques de la liberté de conscience ; Anne Morelli, historienne et directrice adjointe du Centre Interdisciplinaire d'Etude des Religions et de la Laïcité à l'Université Libre de Bruxelles ; Me Laurent Hincker, avocat spécialisé en droit communautaire et européen (droits de l'homme) ; Dominique Kounkou, historien, pasteur et sociologue ; Jean-Claude Basset, président du CLIMS à Lausanne et Eileen Barker, directrice d'INFORM à Londres) soulignent de façon unanime l'absence objective de fléau social que constitueraient les sectes et leurs dérives. Ils ont permis également de mettre en perspective l'action partiale de l'Assemblée nationale sur ces questions, ainsi que celle de la MIVILUDES.

Ces réflexions nous ont conduits à définir les grandes lignes d'un projet de création d'Observatoire des minorités spirituelles en France, dont nous joignons une description à ce courrier et pour lequel nous souhaiterions obtenir votre soutien. 

Nous espérons que ces informations et nos interrogations sauront attirer votre attention et nous serions très honorés de vous rencontrer afin de vous présenter notre action et nos projets plus en détail. 

Nous vous remercions de l'attention que vous voudrez bien porter à ce courrier et vous prions de croire, Madame la Directrice , à l’assurance de notre haute considération.    

Marie-Christine Koenig,

Porte-parole du CICNS

 

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