Courrier à M. Jacques Chirac

Lettre adressée à M. Jacques Chirac, président de la République, établissant un parallèle entre l'affaire Clearstream et les rumeurs propagées par les pouvoirs publics au sujet des minorités spirituelles.

A l'attention de Monsieur Jacques Chirac, Président de la République Française
Palais de l'Elysée, 55 rue du Faubourg Saint Honoré, 75008 - PARIS

Montpezat de Quercy, le 13 mai 2006

Objet : L'utilisation de la rumeur en France

Réf : cicns/PR/n°2

Copies : Dominique de Villepin, Premier Ministre, Jean-Michel Roulet, Président de la MIVILUDES

Monsieur le Président,

Le CICNS est une association indépendante dont l'objet est d'équilibrer le débat sur la question des nouvelles spiritualités en France. Nous avons eu l'honneur, lors d'un précédent courrier, de vous présenter notre action. Notre site vous en donnera de plus amples informations : www.cicns.net.

Quelques événements récents appellent une réflexion de fond sur les méfaits des rumeurs et les dangers qu'elles font courir à l'ensemble de la société.

- L'affaire d'Outreau a conduit à une commission d'enquête dont un des objectifs est de comprendre et de prendre les mesures adéquates pour, sinon supprimer, du moins limiter au maximum les effets dévastateurs d'allégations sans fondement, de rumeurs à l'encontre des citoyens justiciables. Alors que cette affaire aurait dû conduire à une prise de conscience nationale et à une évolution des comportements, on s'aperçoit qu'il n'en est rien. Deux exemples suffiront à l'illustrer.

- Le Rapport 2005 de la MIVILUDES, dans la lignée des rapports précédents, entretient une psychose à l'encontre des nouvelles spiritualités. La dangerosité des nouvelles démarches spirituelles et de santé, affirmée sans preuves, et le danger qu'elles feraient courir à la République sont des rumeurs qui datent des années 80. Aucune étude sociologique sérieuse d'envergure ni aucune analyse statistique et juridique ne permet aujourd'hui de dire que les "dérives sectaires" constatées soient une menace pour la société française, qui serait une des seules nations européennes à en être la cible.

- La récente affaire Clearstream montre comment la rumeur peut déstabiliser une grande partie de l'exécutif et des responsables politiques.

Ce qui différencie ces trois affaires est le traitement qu'elles reçoivent. L'affaire d'Outreau a finalement initié une réflexion de fond (le sera-t-elle ?) sur les fonctionnements de la justice ; l'affaire Clearstream génère une grande activité médiatique et juridique pour mettre fin aux rumeurs et éclaircir la situation.

Les minorités spirituelles, elles, continuent d'être discriminées dans l'indifférence générale et qui plus est sous le prétexte de la défense des droits de l'homme et de l'enfant (nous joignons un communiqué de presse du CICNS qui donne trois exemples parmi une multitude d'autres). Le consensus de l'échiquier politique sur cette question devrait interpeller, plutôt que réjouir, les principaux protagonistes. Lorsqu'on est d'accord à l'unanimité pour mettre au banc de la société une partie importante de la population, comment peut-on espérer la cohésion sociale ?

" Ce n'est pas en entrant dans la logique des boucs émissaires que nous ferons grandir notre démocratie. (...) Rien ne sert jamais de hurler avec les loups ! " Comme ces mots de M. de Villepin, premier ministre dont dépend la MIVILUDES, seraient justes et bons s'ils s'appliquaient non seulement à l'affaire qui le concerne mais à toutes celles des minorités spirituelles de notre pays.

Il est important que nos élus donnent l'exemple. Au-delà de la responsabilité personnelle dans "les affaires", dont nous ne nous ferons pas les juges, aucun d'entre eux ne devrait, au cours de son mandat, s'autoriser des comportements qui ne font pas la promotion du respect de l'autre et d'une vision tolérante et altruiste de nos concitoyens. Sans cela, il n'est pas surprenant que le pouvoir perde de son crédit.

Nous vous remercions de l'attention que vous aurez bien voulu porter à ce courrier et vous prions de croire, Monsieur le Président, en l'assurance de notre haute considération.

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