Courrier au CRIJ Midi-Pyrénées

A la suite d'un article publié sur le site du CRIJ Midi-Pyrénées.
Le Centre Régional d'Information Jeunesse fait partie du réseau "Conseils de la Jeunesse", des "lieux institutionnels d'écoute et d'expression des jeunes de 16 à 26 ans ayant vocation à instaurer l'habitude de rencontres franches et sincères entre les jeunes et les responsables politiques, les institutions, les composantes de la société civile. Ils doivent permettre aux jeunes d'être concrètement associés à toutes les décisions publiques qui les intéressent."

On trouve notamment dans leur documentation de mai 2000 : "Les sectes : des mesures doivent être mises en place pour les empêcher de s'ancrer au sein de l'Education Nationale, ou d'autres structures touchant les jeunes, ceux-ci constituant des proies faciles."


A l'attention du Centre Régional d'Information Jeunesse Midi Pyrénées

16 juin 2005

Madame, Monsieur

Le Centre d'Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités est une association indépendante qui propose un nouveau regard sur les minorités spirituelles en France. Vous êtes invités à visiter notre site www.cicns.net pour des informations détaillées sur notre action.

Vous publiez sur votre site un article intitulé : Les sectes, où s'informer et comment se défendre", dont nous recopions un extrait :

"Ce qui caractérise le plus une secte, c'est la manipulation mentale, le fait de se retrouver comme anesthésié, dépossédé de son sens critique et de sa faculté de choisir, chaque secte possédant des techniques bien particulières : pressions physiques, psychologiques, sociales... pour parvenir à l'endoctrinement et obliger l' individu à rompre avec son environnement habituel. Une secte est jugée telle d'après ses pratiques et non d' après ses croyances, qui relèvent de la liberté de pensée."

Le sujet de la manipulation est un sujet sensible et il est regrettable de se contenter de lieux communs. Il conviendrait en premier lieu de ne pas le circonscrire aux minorités spirituelles en alimentant une discrimination qui passe quasiment inaperçue tant elle est imprégnée dans l'inconscient collectif. Le terme de secte est tellement connoté aujourd'hui, qu'il suffit de le prononcer pour stigmatiser immédiatement le groupe qui en est la cible et lui ôter toute présomption d'innocence. Il suffira ensuite d'affubler ce terme à quiconque déplait par ces méthodes originales pour réveiller une peur unanime et rejeter l'intrus.

Il ne s'agit pas de dire que les philosphies ou croyances proposées ne doivent pas être évaluées ou critiquées, mais que les termes employés aujourd'hui (le mot secte par exemple) ont une portée bien plus grande dans l'inconscient collectif que la cible particulière qu'on voudrait viser. Lorsqu'on parle de secte, tout un imaginaire est réveillé (sur fond de suicides collectifs) qui jette le discrédit en bloc sur la démarche spirituelle ou toute démarche de développement personnel "alternative" ou tout simplement nouvelle.

Est-ce un enseignement juste pour la jeunesse que de répandre ce type d'à priori ? Rendre les gens responsables et capables d'ouvrir les yeux sur la réalité du monde ne passe pas par la peur et l'intolérance déguisées en protection de sa propre intégrité. Les prétendues "sectes" (nous entendons par là cet amalgame indifférencié où tout le monde est mis dans le même sac sans discernement) sont-elles plus dangereuses que la publicité ou la violence à la télévision ? N' y-a-t-il pas là un beau sujet de manipulation mentale que tout le monde accepte passivement ?

Il est toujours possible de répondre que, même si d'autres pratiquent la manipulation mentale, cela n'est pas une raison pour l'accepter de certains. Certes, mais le délit de manipulation mentale ou d'abus de faiblesse d'une personne en état de sujétion psychologique (si l'on s'en tient au texte de la loi About-Picard spécialement conçue à l'encontre des minorités spirituelles) permet les pires abus tant sa définition est sujette à interprétation. Donc à moins d'une étude sérieuse et impartiale sur le sujet et dans toutes les sphères de la société, l'accusation de manipulation mentale qui est portée envers les prétendues sectes ne sert qu'à alimenter l'amalgame entre spiritualité et criminalité.

La dangerosité supposée de la grande majorité des minorités spirituelles ne repose que sur des rumeurs et il n'existe aujourd'hui aucune statistique (ni à la MIVILUDES et ni aux ADFI ) qui puisse l'étayer. Concernant les mouvements qui sont systématiquement mis en avant comme épouvantail, les preuves solides et vérifiables par qui voudrait s'informer, n'existent pas non plus. Nous ne nions pas l'existence de délits, qui doivent être traités par la justice, mais aujourd'hui la fréquence de ces délits n'est pas plus importante que dans les autres groupes de la société et ils ne justifient aucunement de faire l'amalgame dont nous parlons.

Parmi ces délits combien sont réellement imputables à la pratique spirituelle ? Votre mention précisant qu"une secte est jugée telle d'après ses pratiques et non d'après ses croyances, qui relèvent de la liberté de pensée" est juste une façon juridiquement correcte de présenter le problème. Dans la pratique, les enseignements sont systématiquement remis en cause parce que c'est la différence qui génère la peur.

Vous noterez également qu'il n'est jamais question des victimes de la discrimination à l'encontre des minorités spirituelles. Croyez-vous sincèrement que la réalité soit aussi simpliste que ce qu'en présentent les pouvoirs publics et les médias ?

Vous n'avez pas les réponses à ces questions aujourd'hui parce que personne n'a envie de se les poser. Vous contribuez à cet aveuglement en diffusant ce type d'article sous cette forme caricaturale. Nous trouvons naturel d'inviter la jeunesse à la clairvoyance mais leur clairvoyance et leur capacité à choisir doivent être basées sur la connaissance et non pas l'ignorance.

La démarche spirituelle vaut mieux que cela, même si l'on n'y est pas sensible, mais que l'on est attaché à la liberté de conscience. C'est se priver d'une grande richesse que de mettre au banc de la société ces nombreuses personnes qui animent la dimension spirituelle de l'homme, même si l'on ne partage pas leur vision.

Hormis une visite générale de notre site, nous vous invitons plus particulièrement à consulter nos témoignages video :

L'incroyable affaire de l'Essentiel
Interview de Maurice Duval auteur de "Un ethnologue au Mandarom"
Interview du Dr Tal Schaller, pérsécuté par la justice française
Interview de Maitre Pérollier, Avocat au barreau de Marseille
Interview de Patrick Le Berre, victime de discrimination alors qu'il était employé par le Commissariat à l'Energie Atomique en tant que chercheur.

Merci de votre attention,

L'équipe du CICNS
contact@cicns.net

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