Courrier au magazine Historia

Lettre au magazine Historia à la suite d'un article de Victor Battaggion : "Les sectes recrutent autrement"

Magazine HISTORIA
Publications Tallandier
74, avenue du Maine
75014 Paris

Montpezat de Quercy, le 23 juillet 2007

A l'attention de M. Pierre Baron, Directeur de la Rédaction du magazine Historia, et Victor Battaggion

Objet : Commentaire sur l'article "Les sectes recrutent autrement", de M. Victor Battaggion, paru sur http://www.historia.presse.fr/data/thematique/108/10802201.html

Messieurs,

Le CICNS est une association indépendante dont l'objet est d'équilibrer le débat sur la place des minorités spirituelles en France.

Depuis trois ans, notre travail de recherche sur les conditions d'existence des nouvelles formes d'expression spirituelle aboutit à un constat préoccupant sur l'état de la liberté spirituelle en France. Ce travail s'est fait en ouvrant une large tribune à celui des sociologues, des juristes et de divers acteurs sociaux qui prennent le recul nécessaire pour aborder ces questions. Nous allons également à la rencontre de ceux qui subissent des discriminations en raison de leurs choix spirituels. Ces interviews et témoignages sont disponibles sur notre site : http://www.cicns.net/Video.htm. Le site propose également un large éventail d'analyses et de réflexions sur la place des minorités spirituelles dans notre société française.

Nous avons pris connaissance de l'article sur les sociétés secrètes, "Les sectes recrutent autrement", qui est un modèle de désinformation sur un thème qualifié de marronnier dans votre profession, donc bénéfique pour l'audimat. Vous y trouvez peut-être là une justification pour ne pas respecter la déontologie journalistique. Nous vous invitons à considérer votre manque de respect pour de nombreuses personnes honnêtes et sincères ayant fait des choix spirituels ou de santé alternatifs, ainsi que l'impact de la rumeur lorsque vous les assimilez à des personnes dangereuses.

Vous dites être "la référence de la presse historique". Cela implique une rigueur dans l'énoncé des informations et le croisement de ces sources d'informations (deux caractéristiques absentes de votre article) ; nous vous proposons donc un commentaire sur certains des points que vous citez.

Vous faites un amalgame à peine nuancé entre une organisation comme Al-Qaida et les sectes. Cette façon outrancière de présenter les minorités spirituelles comme des organisations terroristes n'est pas sérieuse. Elle participe à la psychose ambiante qui retourne la société française contre une partie d'elle-même. C'est la thèse du fléau social que représenteraient les dérives sectaires, une thèse qui n'est supportée par aucune preuve tant sociologique que juridique. Nous vous invitons à écouter les interviews suivantes : http://www.cincs.net/JM_Florand.htm, http://www.cicns.net/Raphael_Liogier.htm, http://www.cicns.net/Lessentiel.htm, les deux dernières étant des exemples flagrants de dérives policières et judiciaires à l'encontre de personnes traitées volontairement comme des terroristes.

Vous mentionnez ensuite la loi About-Picard comme un tournant, avec un bémol il est vrai : l'atteinte à la liberté individuelle. Cette loi n'est pas seulement une atteinte à la liberté individuelle mais à la liberté d'association, puisque l'intention affichée est de pouvoir dissoudre les associations dites sectaires, c'est-à-dire les minorités spirituelles (puisque les syndicats et partis politiques par exemple ont été oralement exclus de son application selon les propres paroles de Mme Picard, présidente de l'UNADFI et rapporteuse à l'époque de cette loi qui porte son nom), sur la base de condamnations pénales prononcées à l'encontre d'un dirigeant de fait. Concernant le thème de la manipulation mentale qui est l'objet de la loi (rebaptisée abus de faiblesse pour mieux coller au code pénal), nous vous conseillons l'interview de Massimo Introvigne : http://www.cicns.net/Massimo_Introvigne.htm; et concernant une analyse de la loi, nous vous recommandons les articles suivants : la-loi-17.htm et http://www.cicns.net/Loi2001.htm.

Vous présentez ensuite les rapports de la MIVILUDES comme une sorte de référence pour comprendre le phénomène sectaire. Nous n'avons pas trouvé le début de commencement d'une preuve étayant sérieusement les thèses de dangerosité à grande échelle évoquées dans ces documents. Bien entendu nous entendons par preuve, non pas de vagues références de type "journalistique", mais une série d'enquêtes circonstanciées et validées par la communauté scientifique concernée (sociologues des religions, spécialistes du droit, psychologues etc.). Ce serait la moindre des choses concernant un prétendu fléau social. Vous trouverez sur notre site une analyse détaillée des rapports de la MIVILUDES, nous vous en donnons les références pour les années 2005 et 2006 : http://www.cicns.net/Miviludes4.htm, http://www.cicns.net/Miviludes6.htm.

Votre évocation de la MILS, ancêtre de la MIVILUDES qui a été dissoute à cause de ces outrances, est des plus étranges. Le passage d'une mission à l'autre s'est d'ailleurs accompagné d'un changement de vocabulaire qui s'est avéré être un artifice cosmétique. Il n'était plus question de lutter contre les sectes mais contre les dérives sectaires. Cet artifice a fait long feu. Il suffit de compter le nombre de fois que le mot secte a été prononcé lors de la troisième commission d'enquête sur les sectes.

Vous présentez les résultats de cette troisième commission d'enquête sans même les remettre en question. Au démarrage de la commission, le chiffre de 80 000 à 100 000 enfants en danger dans les sectes a été proposé, sans preuve. Toutes les administrations auditionnées ont démontré chiffres à l'appui, que le nombre de cas était insignifiant. Malgré ces auditions "embarrassantes" parmi d'autres (embarrassantes car à l'évidence les députés en charge ne souhaitaient pas remettre en question leurs conclusions a priori), la commission a choisi de faire un coup médiatique dans la communauté de Sus (http://www.cicns.net/Tabitha.htm) et d'affirmer que les administrations ne faisaient pas leur travail. Le rapport subséquent a conservé le chiffre de 80 000 enfants en danger et a ainsi permis de proposer des amendements de lois liberticides sur l'enseignement privé notamment. Sont-ce là des méthodes d'enquête dignes d'un pays démocratique ? Nous avons fait un commentaire de certaines auditions que vous trouverez à l'adresse suivante : http://www.cicns.net/Auditions_Commission_Parlementaire_2006.htm.

Le travail de lecture et de prise de connaissance que nous vous proposons est le travail que vous auriez dû faire en écrivant cet article pour offrir au lecteur un panorama des opinions sur ce sujet, constamment mal traité, quitte à donner ensuite votre opinion. Cela n'a bien sur rien à voir avec l'information fast food qui est la norme aujourd'hui.

Deux informations supplémentaires pourront vous intéresser :

Nous réalisons un documentaire en trois parties sur la situation des minorités spirituelles en France intitulé : "120 minutes pour la liberté spirituelle". La première partie est disponible : http://www.cicns.net/Film1.htm.

Nous organisons le 30 septembre 2007 à Paris un colloque intitulé : "Sectes : fléau social ou bouc émissaire ?" dont vous pourrez trouver la description à la page : http://www.cicns.net/Colloque_Paris.htm. Ne doutant pas de votre volonté d'ouverture, nous vous proposons d'en faire la promotion gratuite dans le prochain numéro de votre magazine.

Nous restons à votre disposition pour tout échange d'information impartiale sur ce sujet important pour notre société et serions heureux de contribuer à un article dans votre magazine.

Cordialement,

L'Equipe du CICNS

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