Courrier à un blogueur

Réponse à l'auteur d'un article : Religion et sectes : paranoïa collective ?

Octobre 2009 

Monsieur, 

Ayant pris connaissance de votre article intitulé "religions et sectes : paranoïa collective ?", nous vous en proposons un commentaire ci-dessous.  

Notre association analyse le débat sur la question des sectes depuis plus de cinq ans. Nous vous invitons à consulter, entre autres pages, la section vidéo de notre site Internet. 

Précisons que nous n'avons pas de liens avec l'un quelconque des groupes qualifiés de "sectes" en France ou à l'étranger et en particulier pas de lien avec la Scientologie. 

Introduction 

Vous commencez par préciser que la Scientologie correspond à la définition d'une secte donnée dans le rapport parlementaire de 1995. Ce rapport n'a aucune valeur juridique et le mot secte n'a pas non plus de signification juridique. Etant devenu un terme péjoratif d'exclusion, il n'a guère plus de signification sociologique au sens Wéberien du terme. Vous convenez d'ailleurs, dans le paragraphe suivant, de la difficulté à adopter une définition claire ; pourquoi donc tenter ici d'en valider l'utilisation ? 

Religions et sectes 

Vous êtes "foncièrement contre toutes les sectes", alors que vous ne pouvez dire ce qu'est une secte. Etre "contre toutes les sectes, qui exploitent la crédulité et la faiblesse de personnes fragiles (et moins fragiles) et n’ont qu’un seul but lucratif" est une phrase toute faite qui ne s'appuie pas sur des faits, une connaissance du contexte, mais sur la répétition mécanique de propos discriminatoires fortement médiatisés.  

Ne pouvant définir ce qu'est une secte, vous tentez d'en donner une vague caractéristique : "très facile d'y entrer, très difficile d'en sortir". Vous répétez là un argument utilisé par des groupes qui ne souhaitent justement pas être catalogués comme sectes : les francs-maçons en sont un bon exemple et leur rhétorique à ce sujet est peu convaincante (voir notre article sur la franc-maçonnerie et les sectes). Les critères de dérives sectaires proposés par la MIVILUDES n'ont pas de sens puisqu'ils peuvent s'appliquer à n'importe quel groupe humain. Il est tout à fait regrettable de constater que les pouvoirs publics français ont créé un débat confus et fondé sur la peur en utilisant une terminologie dont les termes n'ont d'autre but que de discréditer des groupes indéterminés. 

Négligence de cas particuliers 

Nous ne nous prononçons pas sur l'issue du procès concernant la Scientologie, qui est l'affaire de la Justice. Nous en prendrons acte. Nous relevons néanmoins un point choquant. La réintroduction d'une dissolution possible en cas d'escroquerie a été réclamée à cor et à cri à l'endroit des sectes, comme si une escroquerie dans un groupe labellisé comme tel était sans commune mesure avec le même délit commis ailleurs. Résumons : personne ne sait dire ce qu'est une secte, mais chacun s'accorde à dire qu'un délit commis au sein de ces groupes indéfinissables est véritablement inadmissible et nécessite des mesures particulières. Ceci est bien entendu une forfaiture intellectuelle et une illustration du caractère discriminatoire associé à la plupart des commentaires à l'endroit desdites sectes.

Justification juridique 

Nous prenons acte de votre constat des thèses "complotistes" inutiles et confuses qui ont accompagné la procédure législative de simplification du droit. 

Vous précisez : "En effet, en cas de décision de dissolution, la personne morale n’aurait plus la possibilité d’interjeter appel puisqu’un appel n’est pas suspensif. La dissolution de fait de l’entité l’empêcherait donc de se défendre selon le code de procédure pénale". Nous ne savons pas si votre point est juridiquement correct mais, en le supposant correct et pour illustrer son caractère abusif, vous pourriez considérer la position d'une future prétendue "secte" qui serait à l'avenir dissoute (puisque la disposition a été réintroduite dans le code pénal) et qui ne pourra donc se défendre en appel. Considérez-vous qu'une secte dissoute en première instance devrait pouvoir avoir accès à un procès en appel, en cas d'erreur ? Apparemment non puisque, dans votre section Les déclarations de la Ministre de la Justice, vous précisez au sujet de la correction législative : "S’appliquera-t-elle à toutes les personnes morales ou seulement à celles considérées comme des sectes ? La phrase de la Garde des Sceaux est assez ambiguë : « une mesure qui permettra de dissoudre notamment des groupes ou des sectes qui auraient procédé à des escroqueries ». J’espère que le « notamment » ne regroupera pas toutes les personnes morales (comme des organisations caritatives par exemple)". C'est bien là un souhait inconsidéré de sortir du droit commun pour des groupes que l'on ne sait même pas définir, sachant, bien entendu que pour sauver les apparences les textes législatifs prennent soin de gommer toute référence aux "sectes" ; les magistrats sont censés avoir retenu la leçon et faire la part des choses. Vous semblez ainsi préconiser, à l'instar de la plupart des commentateurs médiatisés, une justice à deux niveaux (les prétendues sectes et les autres). 

Arsenal déjà important de lutte contre les sectes 

N'ayant pu sortir de la contradiction consistant à parler de façon péremptoire d'une chose que vous ne savez définir, vous persistez à voir les sectes comme des groupes humains à part. C'est là le principal écueil du débat sur la question sectaire en France. Les mêmes délits sont commis de la même façon dans tous les groupes humains. Les pouvoirs publics, relayés par les médias, choisissent délibérément d'en ostraciser certains. Nous prétendons que les minorités spirituelles sont des lieux où la délinquance est plus faible que dans le reste de la société. Ce point pourrait être prouvé simplement par des enquêtes adéquates que la MIVILUDES se garde bien de mener, sachant que toutes les informations déjà disponibles (notamment issues des différentes administrations) pointent vers cette conclusion. 

Que retenir de tout cela : notre conclusion 

La plupart des commentateurs qui s'expriment aujourd'hui sur le sujet des sectes ne le connaissent pas. Ils surfent uniquement sur la communication des associations antisectes, de la MIVILUDES et d'une partie des parlementaires qui ont la faveur des médias. Communication éminemment contradictoire puisque la France, depuis 2002, n'est pas censée lutter contre les sectes mais contre les dérives sectaires. La plupart des rares personnes qui étudient vraiment le phénomène constatent que le fléau social annoncé n'existe pas. Mais pour s'en rendre compte, il faut accepter de remettre en cause les idées reçues et aller à la rencontre de ces centaines de milliers de personnes (500 000 selon Georges Fenech, l'actuel président de la MIVILUDES), honnêtes et sincères, ayant fait un choix spirituel alternatif. C'est apparemment un effort surhumain pour la majorité des journalistes. Certains font exception cependant. 

Si vous souhaitez diversifier vos sources d'informations, vous pourrez avantageusement consulter notre site. Vous pourrez également lire notre analyse critique, présentée à l'OSCE, de la politique suivie par la MIVILUDES.

Cordialement,

L'Equipe du CICNS

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