Présentation et critique du livre 

"Le phénomène des sectes" publié par Info-secte 

par l'équipe du CICNS

Le livre complet peut être téléchargé sur http://www.math.mcgill.ca/triples/infocult/phenomene/bookorder.html

Depuis une vingtaine d’années en France, les organisations ou particuliers qui se sont intéressé au phénomène des minorités spirituelles - dans le sens d’une mise en garde voire d’une lutte active contre elles - se caractérisent par une attitude militante vindicative et souvent grossière, manifestant, dans les meilleurs cas, un discernement limité quant à la motivation de la quête spirituelle.

Les jugements portés ne sont plus alors fondés que sur une analyse psychologique rationnelle quand ce n’est pas tout simplement une colère personnelle qui a trouvé en la matière un exutoire pratique.

Il existe cependant au Québec un centre appelé « info-secte » dont le discours, sans manifester une compréhension très profonde de la réalité spirituelle, apporte une tonalité plus équilibrée et dont les activistes de la lutte anti-sectes en France auraient pu s’inspirer s’ils avaient été sincères dans leur démarche.

Info-secte a publié un ouvrage intitulé « le phénomène des sectes » dont nous publions ci-dessous quelques extraits donnant la mesure d’une approche moins émotionnelle et donc globalement plus ouverte.

Nous n'avons pas trouvé mieux en langue française aujourd’hui et cet exemple est encore loin, à la lecture des annexes du livre en particulier, de fournir l’information équilibrée nécessaire à cette époque troublée. Il sera aisé, pour le lecteur averti, d’identifier dans ce livre la rémanence de la sectophobie et de son aveuglement caractéristique, comme dans la méfiance qu'il cultive à l'égard de l'aspiration spirituelle au point de donner une liste de questions-types  à poser avant tout contact avec un mouvement spirituel.

Mais cet ouvrage est principalement une étude du fonctionnement des groupes. Il éclaire avec justesse certaines déviances restées en mémoire dans l’histoire récente du Québec sans en faire une généralité concernant tous les groupes à vocation spirituelle.

Les participants d’info-secte présentent une volonté d’objectivité dans leur démarche que le livre ne permet pas de mettre en doute malgré les automatismes inévitables de ce genre de démarche dans le contexte actuel.

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Le phénomène des sectes

Par Mike Kropveld, Marie-Andrée Pelland

Info-secte / Info-Cult

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(…) L’être humain manifeste depuis toujours le désir de s’associer à un individu porteur d’un message divin. Il ressent également le besoin de s’associer à d’autres afin de partager des croyances, des pratiques… Comme ces besoins sont présents depuis le début des temps, la présence de groupes nommés « nouveaux mouvements religieux », « groupes spirituels » ou « sectes », n’est pas un phénomène récent.

Dans l’ère contemporaine, depuis les années 60, ces groupes suscitent une réaction de la part des médias, de la population, des universitaires et de plusieurs gouvernements. Ainsi, pour certains, ces groupes sont des organisations innovatrices qui essaient de répondre aux besoins d’une catégorie de personnes. Par conséquent, elles ne doivent pas faire l’objet d’une surveillance ou d’une attention particulière. Pour d’autres, ces groupes doivent être étudiés voire observés attentivement, afin de mieux comprendre le vécu des membres et d’intervenir auprès de ceux qui sont victimes.

La crainte de ces groupes est périodiquement ravivée par certaines tragédies. Pensons par exemple à celle du Temple du Peuple où 913 membres du groupe de Jim Jones sont morts en Guyane (1978); à la mort violentes de membres des Davidiens à Waco (1993); aux meurtres, incendies criminels et suicides commandés commis au sein de l’Ordre du Temple Solaire (1994, 1995, 1997); à l’attaque aux gaz sarin dans le métro de Tokyo par les membres du groupe d’Aum Shinrikyo (1995) et au suicide collectif des membres du groupe Heaven’s Gate en Californie (1997). Ces événements dramatiques ont contribué à renforcer l’idée que les « sectes » sont des groupes problématiques voire dangereux.

Bien que de telles manifestations (négligence, coercition, agression ou suicide) soient des faits rarissimes, ces dénouements existent et reflètent l’existence d’une problématique qu’il est utile d’aborder, ne serait-ce que pour mieux comprendre ces groupes.

Le phénomène des « sectes » est d’abord un phénomène de groupe. Comprendre le fonctionnement des groupes, les interactions entre les membres et les lois entourant les échanges interpersonnels c’est également connaître l’ensemble des organisations reconnues comme des « sectes » ou des « nouveaux mouvements religieux ».

Partant de l’objectif d’informer la population sur les groupes et leur fonctionnement interne et externe, Info-Secte a décidé publié un texte qui traite de ces différentes questions.

Voici quelques-uns des objectifs poursuivis :  

• Informer le lecteur sur la place des groupes dans une société démocratique ;

• Comprendre le fonctionnement interne et externe des groupes ainsi que certains aspects problématiques de ceux-ci;

• Susciter des discussions et des débats sur le phénomène ;

• Permettre le développement d'une pensée critique sur les groupes qui nous entourent.

Le phénomène des « sectes » est un sujet vaste qui peut être traité sous différents angles. Ce texte ne prétend pas couvrir l’ensemble des questions qui peuvent être posées pour comprendre le sujet, mais l’objectif de la création d’un tel outil est de présenter une vision différente « du phénomène sectaire ».

Au milieu des années 90, le personnel d’Info-Secte se questionne sur l’utilisation du concept de «pensée sectaire». Des recherches et des discussions sont entreprises pour connaître le sens et l’utilité d’un tel concept afin de distinguer les groupes qui peuvent potentiellement être dommageables pour certains de leurs membres des groupes qui ne le sont pas.

L’organisme définit une pensée sectaire comme :

Une manière de conceptualiser la réalité et la société en les divisant en deux blocs monolithiques (bien / mal, sauvé / damné, blanc / noir). Les groupes qui présentent une pensée sectaire n’incluent aucune place pour les zones grises. L'individu et le mouvement possédant cette forme de pensée se classent tout naturellement dans le camp des bons et des sauvés. Cette séparation du monde amène les groupes et les membres à rechercher des boucs émissaires afin d'expliquer les problèmes vécus par eux ou par la société. Ce groupe de pensée sectaire peut conduire vers l'intolérance et l'intégrisme.

Info-Secte et le choix du vocabulaire

Le choix du vocabulaire utilisé pour désigner le phénomène des groupes « sectaires » constitue en lui-même une embûche pour la recherche et la compréhension du phénomène. Historiquement, le terme «secte» était utilisé pour décrire les groupes en rupture avec un groupe religieux.

Aujourd’hui, le terme prend un tout autre sens dans l’esprit des gens. Le terme «secte» a maintenant en général une signification péjorative.

Certains suggèrent d’éliminer l’utilisation du terme «secte» en raison de sa connotation péjorative (1). L’utilisation du mot «secte» peut erronément conduire à considérer «dangereux» des groupes qui ne le seraient pas. S’il est préférable de ne pas employer ce terme, il est probablement impossible d’éliminer l’utilisation du mot secte parce qu’il est intégré dans le langage populaire.

Selon Info-Secte, les groupes devraient être distingués selon leurs fonctionnements interne et externe, par leur vision du monde et leurs comportements et non seulement par une évaluation sommaire

Info-Secte reconnaît que ce n’est pas l'ensemble des groupes identifiés comme des « sectes » qui représentent un risque pour leurs membres. Néanmoins, il est important de reconnaître que certains groupes peuvent porter atteinte aux droits de leurs membres ;

Info-Secte reconnaît que la participation à la vie d'un groupe constitue certes une opportunité de participation sociale, de socialisation et de réconfort, mais souligne aussi que certains groupes peuvent devenir des lieux d'exclusion psychologique et/ou physique

Info-Secte estime que les lois existantes répondent aux multiples problèmes associés aux sectes et aux groupes sectaires.

Tel un être humain, Info-Secte s'est développé au cours de ces 23 années d'existence. Comme les groupes qu'il observe, fréquente et étudie, Info-Secte a développé et modifié sa perception ainsi que sa compréhension du phénomène sectaire. De plus, les liens avec la communauté scientifique, internationale ainsi qu'avec différents groupes spirituels et ésotériques permettent à l'organisme d'améliorer la compréhension qu'il a des groupes et de leur fonctionnement.

Depuis plus de vingt ans d'existence, Info-Secte a amassé une diversité d'informations sur le phénomène sectaire. Ceci fait d'Info-Secte le plus grand centre du genre en Amérique du Nord. Avec l'arrivée du 21e siècle, Info-Secte poursuit sa réflexion et sa recherche d'information sur le phénomène et continue d'offrir un service d'aide et de référence.

La Charte des droits et libertés du Québec assure par exemple la protection de la liberté de religion, elle ne définit toutefois pas ce qu'elle entend par le terme «religion».

Pour comprendre le sens de ce mot et de ce droit, il faut se référer à la jurisprudence. Les décisions rendues par les différents tribunaux québécois n'en donnent aucune définition précise. Certains jugements ont toutefois permis de tracer les limites des libertés religieuses (2) :

• Le droit de croire ce que l'on veut en matière religieuse ;

• Le droit de manifester ses croyances par le culte et la pratique ;

• Le droit de propager ses croyances.

Selon le jugement dans l’affaire R.C. Big M Drug Mart, la liberté de religion comporte deux dimensions :

• Une dimension positive : l’individu est libre de croire ce qu’il veut et de professer ses croyances ;

• Une dimension négative : Personne ne peut être forcé d’embrasser une conception religieuse ou d’agir en opposition avec qu’il croit (3)

Dans le quotidien, les groupes peuvent être des lieux de participation sociale, de réconfort, d’échanges, mais aussi des lieux d’exclusion et de brutalité psychologique.  

Les raisons pour devenir membre d’un groupe

L’être humain cherche à comprendre les expériences qu’il vit (4). Dans cette recherche de signification, les croyances enseignées ou la vision du monde partagée par le groupe peuvent apporter à une personne les réponses qu’elle recherche ou donner un sens nouveau à son quotidien (5).

En situation de crise, devenir membre d’un groupe permet à la personne de diminuer la tension ou le stress qu’elle ressent. Les personnes qui sont confrontées à des événements perturbateurs comme la mort d’un proche ou une rupture amoureuse ressentent souvent de la tension. Le fait toutefois de se joindre à un groupe peut permettre de mieux comprendre ces événements et de diminuer la tension et la tristesse ressenties. Devenir membre d’un groupe spirituel qui croit à l’existence d’une vie après la mort peut être une solution pour la personne qui souffre (6).

Le groupe donne un cadre de référence à la personne, ce qui lui permet d’interpréter différemment les problèmes qu’elle rencontre. À la suite de l’intégration dans sa vie de la doctrine ou de la philosophie d’un groupe, les épreuves peuvent ne plus être perçues comme insurmontables, elles ont une signification nouvelle.

Dans une situation de crise, une personne peut, dans certains cas, gérer plus facilement les émotions qu’elle ressent parce que le groupe lui offre des explications plausibles à ses problèmes et à ses souffrances. Ainsi, le groupe répond aux besoins de la personne et en échange la personne poursuit avec les autres membres les objectifs du groupe (7).

Même si une personne ne peut, par exemple, ramener à la vie son enfant décédé, les croyances transmises par le groupe lui permettent d’interpréter différemment cet événement. Dans cette situation, la mort perçue comme injuste prend une signification différente. La mort inacceptable est maintenant un fait un peu moins pénible et dans certains cas tolérable (8).

L’appartenance à un groupe permet à certaines personnes de s’adapter de façon plus harmonieuse aux problèmes de la vie courante. La perte d’un emploi, par exemple, n’est plus perçue comme une catastrophe mais comme une épreuve qui permet à la personne d’acquérir de nouvelles compétences.

S’intégrer à la vie d’un groupe permet à certaines personnes de mieux s’adapter par exemple au vieillissement, à la mort, au stress, à l'effort physique et psychologique (9). L’engagement dans un groupe peut permettre aussi à certaines personnes de cesser de consommer des drogues ou de l’alcool (10).

La relation leader-adepte

La relation avec un bon gourou (11)

Il est difficile de qualifier le leader d’un groupe de bon ou de mauvais. Tout gourou ou leader peut, dans ses interactions avec les membres d’un groupe, avoir des relations harmonieuses ou problématiques avec certains membres.

Toutefois, certaines caractéristiques peuvent être observées pour qualifier un leader de « bon » (12) :

Le leader démontre une bonne connaissance des écritures du groupe ;

Le leader a été disciple de plusieurs maîtres, il se pose beaucoup de questions sur son cheminement ;

Le leader vit en conformité avec son enseignement.

Le gourou infantilisant

Ce type de leader a une attitude paternaliste avec ses membres, il est surprotecteur et essaie de garder la relation leader-adepte secrète. Bien que le leader ait l’intention de protéger et de rassurer les membres, il exige en échange une soumission parfois extrême de ses membres. Dans ce type de relation, la croissance spirituelle ou personnelle s’effectue à travers les enseignements et la relation au leader. L’objectif du groupe est de favoriser la croissance spirituelle du leader, afin que les participants accèdent à son savoir.

L’abuseur spirituel

L’abuseur spirituel peut être décrit comme un leader qui utilise les écrits spirituels, bibliques ou autres pour culpabiliser les membres. Ainsi, il traite les problèmes sociaux, psychologiques ou de santé à l’aide de paroles divines ou de prières.

Le gourou escroc

Les gourous escrocs peuvent être décrits comme des leaders qui demandent constamment de l’argent à leurs adeptes. Ces leaders ont un style de vie luxueux tandis que leurs disciples vivent un style de vie ascétique voire une vie sous le seuil de la pauvreté. Ce type de gourous n’accepte souvent pas les questions de la part des membres, ils n’ont qu’à écouter sa parole et qu’à donner de l’argent pour maintenir le style de vie du leader.

 

Notes de bas de page :

1 Bergeron, R. (1997). Vivre au risque des nouvelles religions. Montréal, Médiaspaul.

Campiche, R. (1995). Quand les sectes s’affolent. Ordre du temple Solaire, Média et fin de millénaire. Entretien avec Cyril Depras, Genève-Lausanne : Laboret Fides-Institut d’éthique Sociale.

2  R.C. Big M Drug Mart (1985) 1 R.C.S. 295, 336-337, tel que cité dans le Mémoire à la commission de l’éducation de l’Assemblée nationale sur la place de la religion à l’école. (1995) Commission des droits de la personne (1984) La définition de la religion dans l’article 10 de la Charte des droits et libertés de la personne du Québec, document de travail. P.36

3 Bosset. P. (1999). Mémoire à la commission de l’éducation de l’Assemblée nationale sur la place de la religion à l’école. Commission des droits de la personne et de la jeunesse du Québec.http://www.cdpdj.qc.ca/fr/publications/liste.asp?Sujet=51&noeud1=1&noeud2=6&cle=0

4 Duhaime, J. (1998). L’adhésion à la conscience de Krishna de 1965 à 1977 aux Etats-Unis : Un point de vue des sciences sociales, dans Croyances et sociétés. Montréal : Fides (Collection Héritage projet), p.247-263.

5 Glock, C. Y. (1963). Origine et Évolution des groupes religieux, Archives de sociologie des religions, vol. 8, p. 29-38.

6 Pargament, K. (1997). The Psychology of Religion and Coping : Theory, Research, Practice. New York : Guilford Press, 548p.

7 Duhaime (1998). op. cit.

8 Pelland, M-A. (2000). Récits de vie de membres actifs et d’anciens membres de groupes sectaires, Mémoire présenté à la Faculté des Études supérieures. Université de Montréal, p.156

9 Pargament, K.(1997). Ibid.  

10  Richarson, J. (1984). Psychological and Psychiatric Studies of New Religions. dans L.B. Brown, Advances in the Psychology of Religion, New York : Pergamon.

Richardson, J. (1986). Religiosity as Deviance. The Negative Religious Bias in the Use and Misuse of the DSM III”, Deviant Behavior, vol. 14, no 21, p. 34-65.

Richardson, J.T. (1993). A Sociological Critique of Brainwashing Claims about Recruitment to New Religions, dans J. Hadden et D. Bromley (1993), The Handbook of Cult and Sect in America, Greewich CT JAI Press inc, p.243-271.

11 Le terme gourou est utilisé dans cette section comme un synonyme de leader. Pelletier (2000) utilise ce terme pour décrire les dirigeants spirituels.

12  Pelletier, P. (2000). Les gourous et les Maîtres. Montréal. Édition

 

 

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