Pour gagner un procès, le mot magique : Secte

 

Par Jean-Pierre Joseph, avocat au barreau de Grenoble

 

Aujourd'hui, devant toute juridiction, le mot secte est le mot magique qui fait plier tout le monde. Une garde d'enfant contestée ? Il suffit simplement de dire que mon conjoint fait partie d'une secte, le mot magique est lancé. Il est même inutile à l'accusé de se justifier, soit en disant que c'est faux, soit que le groupe auquel il appartient na rien d'une secte. Tout se passe comme s'il était déjà frappé à mort.


 

Une mère de famille constate que son enfant ne supporte pas les antibiotiques Sur le conseil de son médecin homéopathe, elle donne de l'homéopathie à son enfant. Personne n'aurait l'idée de dire quoi que ce soit. Sauf si la mère est membre d'une secte. Le changement de thérapeutique devient de la privation de soins et le Parquet poursuit.

Dans tous les domaines du Droit, le simple fait de prononcer le mot secte a l'effet d'un tour de magie, faisant basculer le juriste dans une sorte de transe/frayeur, le faisant affirmer avec hystérie des faits qu'il n'a pas vus (sauf à la télé), et lui faisant de toutes manières refuser de vérifier.

Et c'est ainsi que de nombreux jugements ont été rendus, en toutes matières (correctionnelle, droit de la famille, etc.) se référant soit à des reportages de télévision truqués, soit au rapport parlementaire alors que le ministère de l'Intérieur récemment a été contraint de déclarer que ce rapport n'avait aucun effet juridique.     

Partout, une constante : aucun juge ne s'est jamais déplacé pour constater de lui-même la véracité de ces clichés, comme si les magistrats avaient peur inconsciemment de constater qu'on les avait trompés.          

La "sectophobie" atteint la quasi totalité des juristes, même des avocats, traditionnellement défenseurs des libertés individuelles, qui, dès que l'on prononce le mot secte se mettent à réciter par cœur, comme s'ils psalmodiaient un cantique, les mêmes formules : manipulation mentale, détournement d'argent, etc.

Aujourd'hui, il est tout à fait normal de payer une cotisation à un club de foot, mais il est suspect de la payer à un club de yoga, même si elle est deux fois moins chère. Aujourd'hui, celui qui est végétarien, ou même qui ne regarde pas beaucoup la télé, est devenu suspect. Mais celui qui a régulièrement 2 g d'alcool dans le sang, qui fait ses courses au supermarché, qui prend des antibiotiques et qui est vacciné, celui-là est normal ! Son cancer postérieur sera donc rassurant. . . N'était-ce pas l'objectif principal expliquant toutes les anomalies de cette psychose ?

Voir également notre dossier vidéo : Le spectre de la secte dans les jugements de divorce

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