Des peurs collectives :

Le discours anti-secte comme support de l'idéologie néolibérale

par Maurice Duval, 

ethnologue, maître de conférences à l'université Paul Valéry de Montpellier

paru dans L'Homme et la Société : Revue internationale de recherches et de synthèses en sciences sociales, n°155 janvier/mars 2005 : Sécurisation et Globalisation Editeur : L'Harmattan


Le 9 mai 2004 à Montpellier, aux abords d'un marché, la Ligue communiste révolutionnaire a été l'objet d'une forme de répression : alors qu'un militant distribuait des tracts et vendait le journal Rouge, comme la LCR le fait depuis la fin des années soixante, la police est intervenue pour lui demander de ranger son matériel et de partir, « sinon, je vous le plie en deux » aurait dit un policier au dire du militant. Ce matériel était constitué d'un panneau sur lequel étaient collées des affiches dénonçant la guerre en Irak et la politique de George W. Bush. En fait, des idées très normales quand on connaît la pensée politique de ce groupe. La police a emmené ce militant dans ses locaux, l'a fouillé par palpation, et ses affaires personnelles, son sac en particulier, ont été attentivement examinées. Les policiers ont noté ses coordonnées personnelles, adresse et téléphone, et ont vérifié le fichier central sur lequel ils ont découvert qu'il était déjà inscrit. Est-ce parce qu'il est engagé dans un mouvement contestataire qu'il est fiché, même si son mouvement d'appartenance est parfaitement légal ? Il y aurait matière à investigation sur ce point mais ce n'est pas notre propos ici. Panneaux de propagande, affiches et tracts ont été confisqués par les forces de l'ordre. Au terme de cette interpellation, un policier a prévenu le militant que s'il était repris sur la voie publique avec son journal et ses tracts dans les mêmes conditions, « cela se passerait différemment (1)». 

La semaine qui a suivi cet incident, la LCR est revenue avec dix de ses militants. La police est intervenue à nouveau mais une négociation a permis que deux d'entre eux seulement soient emmenés au poste. Là, ils ont obtenu de voir l'arrêté municipal sur le fonctionnement des marchés municipaux qui  justifiait l'attitude des policiers. Cet arrêté du 9 mai 2003 réactualisé le 1er avril 2004, interdit la vente de journaux politiques et toute diffusion de tracts sur la voie publique. L'article 1 stipule qu'« il est interdit d'exercer quelque action de prosélytisme que ce soit». La finalité, a-t-on expliqué, est de contrer les sectes. La LCR a demandé par courrier à la municipalité de Montpellier de s'expliquer, elle n'a jamais reçu de réponse. Rappelons que la municipalité de Montpellier est de tendance socialiste (PS), mais une municipalité de droite aurait pu prendre une mesure tout à fait semblable. Suite à cela, la LCR a lancé un appel unitaire et plusieurs mouvements se sont joints à elle quelques semaines plus tard et ce sont vingt-cinq militants qui sont revenus sans que la police ne les inquiète cette fois.

Par ailleurs, c'est le parti politique « Lutte Ouvrière » qui, dans un article du journal Le Monde, a été qualifié directement de « secte ». Or, dire que ce mouvement de la gauche radicale est « une secte », ce n'est pas argumenter légitimement contre ses idées, mais c'est suggérer qu'il est malfaisant, malsain et que sa disparition serait souhaitable.

Prenons un troisième exemple, le groupe « Longo Mai », installé dans les Alpes-de-Haute-Provence depuis que le fils d'Huguette Bouchardeau et ses amis ont créé cette communauté sur la base d'idées alternatives et anticapitalistes dans les années soixante-dix. Là, le fait de vivre leurs idées collectivement a amené quelques députés à classer ce groupe dans la catégorie « secte » dans le rapport parlementaire de 1996 (2). Or, ce groupe, que l'on partage ou pas ses idées — là n'est pas la question — a le droit de vivre et de penser différemment de la majorité de la population dès lors qu'il respecte la dignité des femmes et des hommes ce qui, manifestement, est le cas. Ce rapport parlementaire classe les « sectes » (3) en élaborant une typologie pour le moins contestable et contestée par certains chercheurs, hélas trop peu nombreux. Et dans cette classification, plusieurs catégories sont élaborées parmi lesquelles figurent « les groupes alternatifs (4) » ! Le paragraphe introductif précise : « Ils [les groupes alternatifs] proposent en général une organisation différente des circuits économiques, du mode de production, du commerce mondial, des rapports humains.(5) »

II serait grand temps de le souligner avec force, ce texte est une atteinte à la liberté de penser et notamment à la liberté de penser sur le mode de la contestation. Préconiser un système économique autre que celui dans lequel nous vivons, d'après ce rapport très officiel — qui a d'ailleurs fait un consensus quasiment général — c'est s'exposer à se faire cataloguer comme relevant d'une « secte », avec tout ce que cela implique : stigmatisation en tant que membre d'un groupe considéré comme étant le lieu d'élaboration du « Mal », avec l'idée sous-jacente qu'il serait salutaire de le faire disparaître en tant que tel. Dans ces conditions, aucune pensée politique préconisant un autre mode de production, c'est-à-dire qui ne relèverait pas de la pensée dominante, n'est plus possible. En effet, proposer de changer radicalement de société, c'est bien proposer de changer de mode de production d'abord et avant tout pour sortir du mode de production capitaliste, en d'autres termes, de changer les rapports sociaux, les rapports entre les hommes et les femmes qui vivent en société. De la même manière, dans le cadre du commerce mondial, penser les relations entre nos pays et ceux du Sud différemment de ce qu'elles sont actuellement, telle la question de la dette des pays pauvres, par exemple, ne devient pas encore un délit mais suggère que ceux qui vont dans ce sens ont une « pensée sectaire », voire qu'ils relèvent de groupes qualifiés de « sectes ». 

Revenons au groupe Longo Mai. À ma connaissance, il s'inscrit dans le cadre de la loi et ne contrevient en rien à celle-ci. L'assimilation entre « sectes » et groupes alternatifs est une avancée de la pensée unique puisque le signifiant « secte » implique « Le Mal » à détruire, sans d'ailleurs que personne ne s'interroge vraiment sur le contenu réel de ces groupes considérés par certains sociologues comme étant dangereux dans 3 ou 4 % des cas. « Ces groupements ne sont pas nécessairement dangereux et j'ajouterai qu'ils le deviennent rarement (6) », écrit Roland J. Campiche. D'ailleurs, même le gouvernement et ceux qui ont en charge la question idéologique de la lutte contre les « sectes » disent explicitement ne pas savoir de quoi ils parlent. Renouvelant l'aveu d'ignorance qui figure dans le rapport parlementaire de 1996, le rapport annuel de l'Observatoire interministériel sur les sectes dit : « En conséquence, l'Observatoire estime qu'il n'y a pas lieu de définir la notion de secte (7) » [sic] ! Mais cet aveu d'ignorance quant à la définition de ce dont il est question dans ce rapport n'empêche pas d'affirmer un peu plus loin: «les sectes représentent une véritable menace pour l'État, la société et les individus, c'est la tâche de l'Observatoire de lutter contre cette menace(8) » Les auteurs du rapport sont pris en flagrant délit de manque de logique élémentaire. Affirmer ne pas savoir définir l'objet dont on traite mais en parler tout de même serait sévèrement sanctionné par tout professeur de philosophie en classe de terminale.

Qu'on ne s'y trompe pas, si le président des États-Unis, George W. Bush, a décrété « un axe du Mal » qui fait sourire en France du fait de son caractère éminemment idéologico-religieux plus que politique stricto sensu, nous avons, nous aussi, en France, notre « axe du Mal », même s'il n'est pas formulé de la même manière : c'est l'ensemble des groupes qualifiés de « sectes ». Tout un chacun est d'ailleurs en mesure d'objectiver cela, il suffit de dire dans son entourage que l'on a intégré un groupe qualifié de « secte » en précisant que celle-ci est inoffensive. Chacun pourra vérifier le résultat. Je me suis moi-même amusé à faire un exercice avec le représentant d'une association de lutte contre les sectes, l'ADFI (9). J'ai demandé à cet homme comment il réagirait si je lui disais réunir fréquemment des étudiants pour danser autour d'un livre de l'anthropologue Claude Lévi-Strauss. La réponse de ce monsieur n'a pas été de me dire qu'il me faudrait consulter un psychiatre, encore moins de me demander mes raisons pour le moins étonnantes d'agir ainsi ; non, sa réaction a été de me dire que nous allions devenir une secte. La provocation était pourtant grossière. Le problème à ses yeux était que nous sortions de la norme, de la pensée correcte.

Les organisateurs du bizutage de l'École des arts et métiers seraient eux aussi, d'après le journal Le Monde, une « secte », mais cette fois-ci « non avouée ». La Corée du Nord a également été qualifiée de « secte », même si celle-ci peut paraître un peu grosse, et pareillement Al Qaïda. 

Souvenons-nous que la question de l'appartenance à une secte avait été posée aux accusés lors du « procès Dutroux » en Belgique. Sous cette étiquette de « secte » dont le contenu n'est pas défini, et pour cause, que d'hétérogénéité ! En effet, qu'ont en commun tous ces groupes ? Même s'il n'est pas exclusivement français, ce procédé qui consiste à utiliser le discours sur les « sectes » pour créer de la peur et du consensus est très français. La Grande-Bretagne a récemment donné un exemple contraire à ce qui se fait en France en acceptant d'embaucher un marin dans la Royal Navy tout en l'autorisant à pratiquer « sa religion » : le satanisme. Le ministère de l'Armée de ce pays ayant justifié sa décision par la volonté « de ne pratiquer aucune discrimination fondée sur les croyances de ses recrues (10) ».

Les groupes considérés comme des « sectes » en France sont souvent perçus dans d'autres pays comme des religions marginales, ou pour le moins minoritaires mais, nous l'avons vu, le processus de stigmatisation peut parfois exister ailleurs (11). Ainsi en est-il du Maroc où un groupe de hard rock s'est vu qualifié par un juge de « secte satanique très dangereuse » (en 2003). Nous l'avons démontré, la répression qui s'appuie sur l'idéologie anti-secte ne s'arrête pas aux groupes initialement qualifiés de « sectes », ni à ceux de la gauche radicale et à ce que l'idéologie du correct — de droite et de gauche — veut éradiquer, c'est-à-dire à tout ce qui n'entre pas dans la norme et pourrait entraver le contrôle des pratiques et des systèmes de pensée, cette idéologie-là entend extirper le hors norme bien au-delà de ces champs. Et elle a commencé à le faire, outre les exemples que nous avons déjà vus, par la volonté de mettre au pas les psychanalystes. Car l'idéologie anti-secte est un outil fort efficace de répression généralisable à bien d'autres groupes que ceux que l'on qualifie de « sectes ». On a là un puissant outil de normalisation.

Un des nouveaux objets de cette volonté normalisatrice a été les thérapeutes : psychanalystes, psychothérapeutes, etc. L'idée du projet de loi présenté par le député UMP, Bernard Accoyer, en septembre 2004 est au fond que les « psys (12) » en tout genre sont susceptibles de relever de « groupes à caractère sectaire » et que, pour lutter contre, il convient de légiférer pour écarter les mauvais « psys » et les escrocs. Sans entrer dans les détails de ce projet de loi, voyons quelques aspects de la loi du 9 août 2004 relative à la politique de santé qui en est issue, formule allégée par rapport au projet Accoyer du fait d'une contestation des professionnels de la psychologie et de la psychanalyse. Un des passages de la loi, l'article 57, précise que le titre de psychothérapeute sera réservé aux professionnels inscrits sur un registre national, mais aussi que « figureront de droit sur cette liste, les titulaires d'un diplôme de docteur en médecine ». En fait, on retrouve ici, transféré aux psys, le même processus que celui qui a cours entre les Églises historiques de notre pays, et notamment l'Église catholique, et les « sectes ». La première, très structurée, religieusement correcte, est bien plus facile à contrôler que la multitude de groupes qu'on appelle « sectes », aussi variées sur le fond que sur le plan géographique. Les fidèles et le bas clergé de l'Église catholique doivent obéir à leur hiérarchie qui, en France et de nos jours, est généralement conciliante avec le pouvoir en place. Les choses sont déjà un peu plus compliquées avec les protestants, non hiérarchisés et pluriels. N'a-t-on pas vu récemment un député interrompre un culte protestant antillais à Montreuil (le 6 février 2005), au prétexte qu'il venait vérifier la conformité des locaux aux normes de sécurité ? Cette préférence de l'État pour un groupe structuré, plutôt que pour une multitude d'associations plus difficiles à contrôler, a pu être observée également avec la volonté de rassemblement des différentes composantes de l'islam, nombreuses et variées, sous l'égide du Conseil français du culte musulman, créé à l'instigation du ministre de l'Intérieur et des Cultes. De la même manière, les médecins inscrits à l'ordre des médecins sont bien plus structurés que des thérapeutes qui voleraient de leurs propres ailes hors de l'ordre des médecins. Car enfin, peut-on réprimer un rire lorsqu'on lit que ceux qui ont obtenu un diplôme universitaire, et parce qu'ils l'ont obtenu, seraient meilleurs psychanalystes que les autres et que ce diplôme serait une garantie contre l'escroquerie ? Que n'importe quel médecin généraliste, indépendamment de sa connaissance ou de son ignorance des bases de la psychanalyse, puisse exercer cette discipline en étant meilleur du fait de son diplôme, ne saurait être pris au sérieux. Depuis quand le passage par l'université immuniserait-il contre les abus et le charlatanisme ? La psychanalyse n'est pas une science mais une discipline qui agit subjectivement sur du subjectif. À ce titre, les diplômes qui attestent des compétences techniques ou scientifiques en matière médicale ne sauraient donc avoir ici une quelconque efficace. L'usage de la répression « anti-sectes » est clair et vise à une fonction sociale et politique : l'extension du champ de ce qui est considéré comme potentiellement « sectaire » en vue d'une normalisation de plus en plus large qui renforce l'avènement d'une pensée unique, qui plus est, avec l'assentiment d'une fraction considérable de la population, y compris chez les intellectuels. Et même si, en ce qui concerne les psys, il y eut bien quelques réactions protestataires, comme nous l'avons vu, parfois même virulentes, elles sont majoritairement venues des psys eux-mêmes, comme si le problème était celui d'une corporation plutôt qu'une question politique grave. Sans entrer dans le fond d'un débat qui n'est pas l'objet ici, il ne s'agit pas de nier qu'il puisse y avoir des charlatans chez les psychanalystes, mais dans la même mesure que chez les médecins ou que dans toute profession, ni plus ni moins.

Nous avons dit que le dernier rapport parlementaire, celui de la MIVILUDES (13) créée sous le gouvernement Raffarin, ne classe plus les sectes comme cela s'est fait antérieurement sous le gouvernement socialiste. Par ailleurs, ce ne sont plus les sectes qui sont l'objet de cette mission interministérielle mais « les groupes à caractère sectaire ». Or, si la notion de « secte » n'est en rien un concept sociologique mais une notion fourre-tout dont les contours sont totalement flous, j'y reviendrai, la notion de « groupes à caractère sectaire », ou de « dérive sectaire », l'est encore plus. Un danger réel est là car, si on ne sait pas ce que c'est qu'un « groupe à caractère sectaire » rien n'empêche d'y mettre n'importe qui. Quoi de plus facile ? La logique des listes est terminée, on préfère désormais retenir « le faisceau d'indices ». Ce flouté des notions-clés du rapport ne peut avoir été involontairement posé.

Le processus répressif commun à tous ces exemples s'enracine là où on ne l'attendait pas, et c'est peut-être la raison de l'aphasie générale des intellectuels sur cette idéologie, à quelques rares exceptions, c'est-à-dire dans la politique néolibérale et dans ses outils idéologiques.

C'est un truisme de rappeler que toute société a des normes et des contraintes, quel que soit son système politique et social. En effet, pour vivre en société il faut des règles afin d'obliger chacun au respect minimum des autres, au respect de la vie en groupe qui ne va pas de soi puisqu'elle rendrait le bonheur impossible en société (14). Toutefois, le rapport aux normes, c'est-à-dire les comportements conformes aux attentes de la société globale, et la construction de celles-là, varient selon les régimes politiques et les périodes historiques. Certains systèmes politiques, tels les totalitarismes ou les gouvernements autoritaires, ont une plus grande exigence pour que tous entrent dans le cadre d'une norme étroite et rigide. Quelques gouvernements interdisent ainsi les opinions politiques différentes des leurs. Dans notre société, dans les années 1970, coexistaient des normes plurielles. Plusieurs manières de penser, de parler, de paraître, etc., se côtoyaient. De nombreux courants de pensée débattaient entre eux (les marxismes, le structuralisme, l'existentialisme, etc.). Les ouvriers, revêtus de leurs bleus de travail, sillonnaient les rues alors que les professions libérales privilégiaient le nœud papillon. Les uns et les autres avaient une manière spécifique de parler signifiant ainsi leurs origines sociales. Une autre différence dans le langage relevait des différences culturelles, on parlait autrement dans le Nord et le Sud, à l'Est et à l'Ouest, non seulement du fait d'un accent différent mais aussi de variations lexicales.

Puis, il y eut un rejet progressif de cette pluralité normative et de l'idéologie égalitariste de cette période qui cherchait à abolir les frontières entre les groupes sociaux. Les intellectuels et les étudiants s'habillaient volontiers d'une veste ouvrière ou paysanne, fumaient de préférence des gauloises — cigarettes des ouvriers — et buvaient de préférence un verre de vin rouge au comptoir. Ces comportements disaient à la fois la différence sociale des groupes sociaux (paysans, ouvriers, intellectuels) mais aussi leur connivence. Progressivement, ces normes plurielles se sont partiellement effacées pour laisser place à l'unidimensionnalité (15). Les débats d'idées se sont en partie perdus (même s'il semble y avoir actuellement une résurgence), il n'y a plus de grand courant de pensée. Les grands intellectuels ont été remplacés par des philosophes-journalistes, les ouvriers cachent désormais leurs bleus de travail, bref, les vêtements et les langages se sont uniformisés en prenant comme modèle les classes moyennes, imposé à la population par l'intermédiaire des présentateurs de télévision. En effet, par leur présence sur les téléviseurs de millions de téléspectateurs, ils imposent, parfois à leur insu, leurs manières d'être et, pire, leurs manières de penser ou, pour être plus précis, les manières de penser de leurs rédactions. Le journal de 20 heures a modifié jusqu'aux horaires de prise du dîner des Français, instaurant, là encore, de nouvelles normes englobantes jusque dans les détails de la vie quotidienne. Les systèmes de pensée ont donc subi ce même mouvement « de rétrécissement », pour déboucher sur une norme de plus en plus singulière et de plus en plus restrictive, dont l'idéal est d'exclure tout ce qui lui est étranger et de stigmatiser ceux qui ne s'y soumettent pas. Tel est le cas par exemple de ceux que, par amalgame, on nomme les gens des « banlieues difficiles » plutôt que des « zones socialement défavorisées », là où jeunes et moins jeunes, sans-emploi ou travailleurs, immigrés ou pas, ont créé une norme en marge avec un langage propre, une tenue vestimentaire et une gestuelle spécifiques que le pouvoir a quelques difficultés à faire entrer dans la norme centrale. La tendance est donc à la réduction des normes, (pour le dire grossièrement, la norme dominante et la norme « des banlieues »), on voit de moins en moins de différences dans les domaines du langage, du vêtement, de l'alimentation, même s'il en subsiste évidemment, gommant ainsi la visibilité des différentes classes sociales, ce qui facilite par ailleurs la négation de leur existence. Ce processus se constate aussi dans le champ politique où les dissemblances ont tendance à diminuer (d'où la crise du politique), et je pourrais prendre d'autres exemples encore. Or, paradoxalement, le champ religieux échappe à cette règle de normalisation renforcée puisque, si les grandes institutions religieuses sont en décroissance constante, on a vu fleurir de multiples nouveaux mouvements religieux appelés « sectes » par les médias. Autrement dit, là où la norme restreint les différences, le religieux tend à se différencier en se segmentant, ce qui crée une contradiction dans la société entre ce champ et les autres.

La double question se pose de savoir quel est le sens de cette répression à visée normalisatrice, même si j'ai déjà donné une partie de la réponse, et qui sert-elle ? Cela suppose d'abord d'interroger les mots qui désignent en apparence notre objet, afin de savoir de quoi nous parlons en utilisant le mot « secte » ou encore l'expression « groupe à caractère sectaire ».

Sociologiquement, qu'est-ce qu'une « secte » ? Au début du XXe siècle, Max Weber opposait la « secte » à l'Église. Sans entrer dans les détails de sa définition, examinons-en quelques points importants. Les membres d'une « secte » deviennent adeptes par adhésion volontaire alors que les membres d'une Église le sont à la naissance : on naît le plus souvent dans le cadre d'une famille déjà membre d'une Église alors que l'on devient membre d'une secte par adhésion volontaire. Or, ce point n'est pas sans poser de problèmes car les Églises chrétiennes, mais on pourrait y ajouter l'islam, ont converti de nombreux Africains, de la colonisation à nos jours. Est-ce à dire que l'Église catholique et les Églises protestantes seraient des sectes pour ceux qu'elles convertissent qui, par définition, ne sont pas nés dans ces religions mais y ont adhéré ? Si l'on appliquait à^la lettre la définition de Max Weber, ces religions seraient bien des Églises en Europe, où elles ne convertissent plus personne, et où l'on est généralement catholique ou protestant par tradition familiale, alors qu'en Afrique elles seraient des sectes. Par ailleurs, prenons l'exemple concret de ce que les médias nomment la « secte du Mandarom (16) » qui compte des adeptes depuis 1969, date de sa création. De ce fait, un certain nombre d'adeptes d'aujourd'hui sont nés de parents aumistes (ainsi s'appellent les adeptes du Mandarom), ils sont donc nés, eux aussi, dans le cadre d'une famille déjà membre. Le Mandarom serait donc, pour ceux-là au moins, une Église. La théorie wébérienne affirme qu'une secte ne peut le rester, après quelques générations elle devient inévitablement une Église ; ce qui serait le cas du Mandarom.

Les Églises ont un clergé, nous dit encore Max Weber, mais le Mandarom est pourvu d'un clergé (prêtres et évêques) et répondrait donc là aussi à la définition de l'Église plus que de la secte. Il y aurait dans la secte une égalité des membres par opposition à l'Église au sein de laquelle on distingue les laïcs du clergé. Au Mandarom, il y a bien inégalité de statut entre le clergé, les membres ordinaires, ou les fidèles (appelés « chevaliers »), et la direction collégiale. En outre, les membres entre eux sont hiérarchisés en fonction des degrés d'initiation qu'ils ont atteints (il y en a 22 en tout). La sainteté du fondateur serait attestée pour les Églises, mais M. Gilbert Bourdin, ou « le Seigneur » Hamsah Manarah comme le désignent les adeptes, est de nature divine pour ces derniers puisqu'il est, pour eux, le « Messie cosmo-planétaire ». On ne saurait être plus divinisé ! Les Églises auraient une logique conservatrice alors que les sectes seraient protestataires. Les Églises établiraient un compromis avec la société alors que les sectes seraient en rupture avec elle, les sectes refuseraient le monde social. Le Mandarom a, d'une certaine manière, une logique conservatrice puisqu'il entend reprendre les traditions des différentes religions, même si c'est pour en faire une « synthèse ». Par ailleurs, il n'est aucunement en rupture avec le monde, ses membres (entre 200 et 300 à ce jour), hormis les résidents permanents du monastère (11 membres), sont mariés pour la plupart, ont des enfants, font partie d'associations diverses dont certaines caritatives, pratiquent des sports, travaillent pour la majorité d'entre eux, lisent la presse, envoient leurs enfants dans des écoles publiques ou privées, etc.

D'après la typologie de Weber, le Mandarom serait donc plus une Église qu'une secte. Toutefois, même si la définition de secte s'adaptait à la réalité de ce groupe, il ne serait pas possible de la désigner ainsi dans la mesure où le terme « secte » a beaucoup évolué depuis le début du siècle et dire aujourd'hui d'un groupe qu'il est une secte, c'est le stigmatiser, voire le criminaliser a priori. Le Mandarom a mis en place un clergé, des rites, un corpus de croyances, un dogme, il a un rapport au divin, autant d'éléments qui nécessitent de parler d'un groupe religieux, et plus précisément d'un groupe religieux marginal.

Alors pourquoi parler encore de « secte » ? Une des raisons est économique car l'État qui se réclame de la laïcité veut bien dispenser d'impôts les Églises historiques (même lorsqu'elles font du commerce) mais pas l'ensemble des nouveaux groupes religieux qui émergent en concomitance avec l'écroulement des premières. Mais cette cause n'est pas la seule. Il en est une autre, idéologique celle-ci : tout se passe comme si, en France, on ne pouvait imaginer qu'un groupe puisse être à la fois religieux et criminel, ou, d'une manière générale, comme si religieux était antinomique de délictueux. Comme si le caractère religieux d'un groupe était incompatible avec toute forme d'infraction à la morale et à la loi et comme si son caractère dit « sectaire », au contraire, impliquait systématiquement infraction à la loi et immoralité et lui valait en conséquence une constante présomption de culpabilité. Or, l'actualité de ces dernières années montre combien cette équivalence est fausse, comme l'indique le nombre considérable de prêtres catholiques pédo­philes que leur Église ne couvre plus. Il faut préciser que le Mandarom n'a jamais été condamné à ce jour (sauf pour la statue qui a été détruite par les pouvoirs publics en 2001), ni leur gourou, sur la question du viol notamment, et cela malgré le travail intense de la justice. Aucune preuve n'a jamais été trouvée. Contrairement à l'opinion répandue, le tribunal de grande instance de Nanterre a demandé aux auteurs d'un ouvrage accusant le gourou de viol, rédigé par une ancienne adepte se désignant elle-même comme étant la victime, et surtout par son ami journaliste à TF1, de payer 10000 francs de dommages et intérêts au gourou pour non-respect de la présomption d'innocence (ordonnance du 17 novembre 1995). Suite à ce jugement, un communiqué a été publié au dos du livre (17).

La rigueur implique donc de désigner les groupes religieux, ou les nouvelles religions, comme tels, sans préjuger de leur caractère délictueux. Mais c'est une évidence, tout groupe, ou individu, quel qu'il soit, doit être jugé s'il commet des actes délictueux. La loi doit s'appliquer du bas de l'échelle sociale jusqu'au plus haut niveau de l'État. Il va de soi que la lutte contre les sectes criminelles et délictueuses est salutaire, tout autant que le combat contre les crimes et délits des Églises historiques.

La première fonction sociale du discours sur « les sectes » est de créer une peur collective. En effet, elles sont supposées représenter un grand danger en même temps qu'elles sont peu visibles mais omniprésentes. Leurs pratiques cachées seraient le viol, si ce n'est de la pédophilie ou des orgies sexuelles, l'appropriation de l'argent des adeptes, le « lavage de cerveau » rebaptisé « manipulation mentale » pour redorer une notion usée et autrefois décriée par les intellectuels, l'abus des faibles, elles seraient des lieux de consommation de drogue, voire de blanchiment de l'argent qui provient de sa vente, du trafic d'armes, du trafic d'organes, etc. En fait, la « secte » incarne tout ce que la société considère comme « Le Mal ». On comprend qu'elles puissent susciter la peur, d'autant qu'elles s'attaqueraient prioritairement aux faibles et aux enfants(18). Le résultat est probant : la société globale a peur de ces groupes et, par voie de conséquence, de ce qui est plus ou moins hors de la norme, d'autant que les associations anti-sectes (largement dotées de crédits et de crédit(19)), considérées le plus souvent comme salutaires, stimulent les médias à pratiquer un dénigrement constant, souvent très violent et qui ne souffre pas la controverse. Tout discours qui va à rencontre de la pensée unique est ici censuré en partie ou en totalité (20).

Des peurs collectives traversent toujours plus ou moins les sociétés et un regard rapide sur l'évolution de celles-ci en France est intéressant, car c'est là un des instruments idéologiques essentiels de la volonté normalisatrice. En effet, en créant la peur, on crée simultanément le besoin de se protéger : c'est le socle de l'idéologie sécuritaire. Or, pour protéger, à un certain stade, il faut accepter quelques entorses à la démocratie. On constate ce phénomène également aux USA où, au nom de la lutte antiterroriste, on a entravé un certain nombre de libertés qui prévalaient jusqu'ici, comme la liberté de s'opposer publiquement au président des États-Unis, des chanteurs et des artistes l'ont éprouvé, notamment au début de la guerre d'Irak. Le président de la Russie a, lui aussi, rapidement compris le parti qu'il pouvait tirer de cette peur. Avec elle, le contrôle de type policier toujours accru s'impose, le contrôle étant là pour prémunir des risques que, pour aller vite, on peut appeler risques d'agression. Mais plus cette idéologie fondée sur la peur s'enracine dans la société, et plus le contrôle policier est, non seulement accepté, mais réclamé par des franges de plus en plus nombreuses de la population. La peur se vend bien. Qui n'a jamais apprécié de se faire peur avec un film ou un roman policier ? Que ne feraient les adolescents pour se faire peur ? Manèges, films d'horreur, récits, tout est bon. L'idéal devient alors le fantasme d'une société sans risque aucun, en même temps que l'on abreuve le public d'informations souvent confuses sur les risques terribles, toujours plus nombreux et omniprésents. La moindre bagarre de cour de récréation fait l'objet d'une information télévisée, rappelle fort justement Laurent Mucchielli(21) Cet idéal sécuritaire se forge alors que dans le même temps l'insécurité sociale sévit, privant les plus démunis de garantie de vie décente (retraites, chômage, déremboursement des frais médicaux, etc (22). Or, ce mythe d'une société sans risque aucun est l'un des plus dangereux qui soit car, outre qu'il est en réalité inaccessible, pour tendre vers une société sans risque, il conviendrait d'établir un totalitarisme absolu, où toute pensée, tout comportement, seraient connus et maîtrisés par le pouvoir en place. C'est ce que le romancier Ira Levin avait appelé, du nom de son roman, Un bonheur insoutenable (23).

Faisons une analyse rapide des peurs collectives pour tenter de comprendre le processus qui se développe actuellement dans notre société, car ce qui arrive depuis quelques années n'est pas un événement mais bien un processus. Il y a environ trente ou trente-cinq ans, il y eut deux peurs collectives majeures : celle qui avait pour objet le nucléaire et celle qui avait pour objet les colorants alimentaires. Que signifiaient-elles ? La première (la peur du nucléaire) indiquait une opposition à l'État, seul responsable du nucléaire. La seconde (la peur des colorants alimentaires) était une opposition et une crainte dirigée contre l'industrie agroalimentaire. Cette peur avait d'ailleurs eu un certain effet puisqu'on obligea les industriels à écrire sur les emballages des aliments la nature des colorants. Or, leur présence dissuadait les acheteurs potentiels de telle manière que les industriels en ont limité l'emploi pendant le temps qu'a duré la contestation. Celle-ci, au même titre que la méfiance vis-à-vis du nucléaire, était d'ailleurs tout à fait légitime. La peur était alors un instrument objectif de contestation. Puis, dix ou quinze ans plus tard, les peurs ont pris pour objet l'Autre éloigné, les métèques, les Arabes, les Noirs, etc. On a alors assisté à une inversion, car, de la crainte de l'État et des industriels, la société rejetait maintenant ses étrangers (24). Puis il y eut la peur des sectes, qui se poursuit encore aujourd'hui. La peur a changé d'objet, de l'État et de l'industrie, symbole de son système économique et social, elle s'est focalisée sur l'Autre éloigné, l'étranger, l'Autre proche, puis l'Autre religieux (dans cette catégorie entrent les adeptes des « sectes » et les musulmans (25)) et enfin sur l'Autre politique et l'Autre alternatif. La peur est donc passée d'instrument objectif de contestation à un instrument de structuration de la pensée unique en dénonçant de nouveaux « ennemis intérieurs », mais dans le cadre d'un consensus très large : en effet, qu'est-ce qui peut se targuer de réunir dans un commun accord, toute la droite et toute la gauche, les laïcs et les religieux ? Hormis le discours sur le terrorisme et la pédophilie, aucun autre discours n'atteint cette performance consensuelle. Dans l'idéal de cette société normative, il faudrait que tous soient semblables et entrent dans le même moule (26).

Le néolibéralisme que nous vivons actuellement se caractérise par deux traits fondamentaux. D'une part, le retrait croissant de l'État en tant que garant de la solidarité sociale, et notamment des politiques sociales et, d'autre part, le renforcement de la présence de l'État dans les 

domaines de la répression : augmentation du nombre et des pouvoirs des forces de l'ordre, développement de la politique pénale (27), fichage, recul des droits sociaux, etc. Or, pour faire accepter cette politique néolibérale, l'idéologie sécuritaire, en se fondant en grande partie sur « les sectes », produit de la peur collective qui appelle d'elle-même en retour une demande de protection accrue et la stigmatisation de ce qui est hors norme comme étant potentiellement dangereux.

Centre d'études et de recherches comparatives en ethnologie

(CERCE) Université Montpellier III  Site du CERCE

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1. La gazette de Montpellier, n° 833, du 4 au 10 juin 2004, p. 10 et Motivé(e)s, Montpellier, bulletin bimestriel de la LCR 34, juin 2004, p. 8.

2. Les sectes en France, Rapport parlementaire, Paris, éd. Patrick Banon, 1996, p. 43.

3. Le dernier rapport parlementaire a adopté une autre méthode et ne classe plus les groupes, j'y reviendrai. revenir au paragraphe

4. Les sectes en France, op. cit., p. 64.

5. Ibidem. 

6. Roland J. campiche, Quand les sectes affolent, Genève, Labor et Fides, 1995, p. 103. revenir au paragraphe

   interministériel  sur les  sectes,  Rapport   annuel, Paris, La Documentation française, 1998, p. 43.

8.  Ibidem,p. 47.  

9. Association de défense de la famille et de l'individu. Cette association est d'origine catholique.

10.  Le Monde, 27 octobre 2004.

11.   La logique de cette politique anti-secte, que l'on retrouve aussi fortement en Allemagne, reste encore énigmatique. Elle ne relève pas des traditions religieuses (catholiques/protestants), ni de l'attachement proclamé à la laïcité, ni d'un système politique particulier. revenir au paragraphe

12.    Nous regroupons sous cette appellation abrégée l'ensemble des disciplines psychologiques et psychanalytiques à l'exception de la psychiatrie qui n'est pas concernée directement.  

13. Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires.

14. Sigmund freud, Malaise dans la civilisation, Paris, PUF, [1929] trad. 1981.

15. Sur cet aspect, il faudrait relire et actualiser la pensée de Herbert MARCUSE, sans doute trop vite abandonnée, notamment celle de L'Homme unidimensionnel. Essai sur l'idéologie de la société industrielle avancée, Paris, éd. de Minuit, coll. Arguments, 1964. revenir au paragraphe

16. Je privilégie l'exemple de ce que, par commodité, j'appellerai désormais ici « le Mandarom », d'abord parce que j'ai étudié ce mouvement pendant plusieurs années et que je le connais donc bien, mais aussi parce que c'est un peu le stéréotype de la « secte ». Lorsque l'on parle de sectes, c'est souvent lui que Ton met en avant pour plusieurs raisons, dont sa visibilité. Cf. Maurice duval, Un ethnologue au Mandarom. Enquête à l'intérieur d'une « secte », Paris, PUF, 2002. revenir au paragraphe

17.     Florence RONCAOLIA et Bernard nicolas, Mandarom : une victime témoigne,
Paris, éd. TF1,1995.   revenir au paragraphe

18.     Par contre, ce qui étonne, c'est qu'aucune recherche sur ces « sectes », qui représenteraient une menace pour la République, d'après le discours officiel, n'ait jamais été demandée par l'État. Comment expliquer cela ?

19.     Les subventions des pouvoirs publics ont plus que doublé de 1996 à 2000. La
seule UNADFI a obtenu en 1996, 202 624,52 € et en 2000, 414 031,53 €.

20.     J'en ai moi-même fait l'expérience puisque les attachées de presse des PUF ont contacté nombre de journalistes à la sortie de mon ouvrage sur le Mandarom qui se disaient très intéressés par le texte. Certains en ont rédigé un compte rendu ou ont fait un reportage en venant m'interviewer : vingt-sept ont été censurés par leur direction rédactionnelle. Il s'agissait de magazines, de journaux nationaux, régionaux, de radios, locales et nationales, et de télévisions, des plus grandes aux plus petites.

21.  Laurent mucchielli, Violences et insécurité. Fantasmes et réalités dans le débat français, Paris, La Découverte, 2002.

22.  Cf. Robert castel, L'insécurité sociale. Qu'est-ce qu'être protégé ?, Paris, éd. du Seuil, coll. La République des idées, 2004. revenir au paragraphe

23.  Ira LEVIN, Un bonheur insoutenable, Paris, J'ai lu, 1984.

24.  Ou supposés tels, car cette catégorie ne va pas de soi.

25.  On pourrait s'étonner que les bouddhistes n'entrent pas dans la catégorie puisqu'ils sont relativement nouveaux venus en France et n'émanent pas de nos Églises historiques. La raison en est double, d'une part, dans leurs pays d'origine, ils pratiquent la religion correcte et, d'autre part, ils sont opposés aux communistes chinois et cela leur a donné la légitimité ; c'est pourquoi le bouddhisme tibétain est le religieusement correct en France et que le bouddhisme japonais y est classé secte.

26.  Cette opposition entre des peurs collectives est en réalité plus complexe, car la dioxine et les OGM, etc., suscitent aussi des peurs aujourd'hui dont l'État et l'industrie sont responsables. Cependant, elles n'engendrent pas encore de mouvement de contestation d'ampleur comme ce fut le cas autrefois avec les luttes contre le nucléaire et contre l'agroalimentaire.  

27. Loïc WACQUANT, Les prisons de la misère, Paris, éd. Raisons d'agir, 1999.

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