L'impossible médiation

La psychologie tendancieuse de UNADFI et l'idéologie qu'elle sous-tend

par André Tarassi


Extraits de la publication de l'ADFI
n°80, quatrième trimestre 2003 - Editorial 

 

« (...) L’expérience prouve que le dialogue, la concertation avec l’adepte (d'une secte) est impossible. Privé de liberté, l'adepte affirmera haut et clair, qu’il est entièrement libre, qu'il est entré librement dans le groupe et qu’il peut en sortir librement, que c’est sa famille ou ses proches, qui portent atteinte à sa liberté d’appartenance à son groupe. Et au cas où la secte serait assignée en Justice, il sera prêt à venir défendre envers et contre tout le responsable et les membres de la secte. »

 

Les arguments des activistes antisectes laissent pantois : si quelqu'un "affirme haut et clair qu'il est entièrement libre"  et qu'il est prêt "à défendre envers et contre tout le responsable et les membres de la secte", il y a, selon eux, malgré tout, un problème. C'est à ce genre de psychologie tendancieuse que les minorités spirituelles sont confrontées depuis des années. Les ADFI pensent détenir une vérité qui ne saurait être mise à mal par les affirmations de ceux qu'elles voudraient sauver des griffes des sectes... contre leur gré ! D'autres explications suivent :

 

"(...) l’adepte perd ses capacités de réflexion, de discernement et de décision, son esprit critique et son libre arbitre, uniquement en ce qui concerne les théories et les pratiques de sa secte. Pour le reste de sa vie, professionnelle, familiale, il peut être absolument normal. C’est ce qui explique le comportement de l’adepte lorsqu’il est traduit devant la justice ou le psychiatre, auprès desquels il fera preuve de ses qualités intellectuelles, humaines, etc…"

 

L'adepte a donc subi une sorte de lavage de cerveau sélectif. Un lobe, peut-être, ou quelques connexions neuronales de l'adepte ont été manipulées avec dextérité par "le maître de la secte" afin qu'il devienne tout à fait stupide pour ce qui concerne les affaires de la secte tout en restant (et cela afin de tromper la justice et les psychiatres) "absolument normal" dans tous les autres domaines ! Le message se résume ainsi :  "Ne vous laissez pas tromper par l'apparente normalité de nos victimes, c'est un piège" ! Après nous avoir décrit pendant des années le comportement des "anormaux", on conseille, maintenant, de se méfier des "gens normaux". Même en acceptant cette argumentation hallucinante, on peut se demander si quelqu'un "absolument normal" dans "le reste de sa vie" cause un tort quelconque à autrui et s'il mérite en plus le titre de "victime" ... vu qu'il n'est même pas prêt à le reconnaître. 

Qui a perdu une partie de son cerveau dans cette histoire ?

 

" (...) Quant à la médiation avec la secte, elle est parfaitement impossible. On reproche souvent aux associations improprement appelées anti-sectes de ne pas chercher à établir un dialogue avec les groupements qu’ils désignent sous le nom de "sectes" (...)Il tombe sous le sens que des parents dont l’enfant se drogue n'obtiendront aucun résultat en discutant avec leur dealer. De même que des parents dont l'enfant est pris dans un réseau de prostitution, ne parviendront pas à une solution en discutant avec les proxénètes. Il en va de même pour les sectes, qui sont une drogue psychique et un viol psychique. Aucune médiation n’est possible. Seule la Justice pourra libérer les victimes innocentes et condamner les coupables."

 

Cette condamnation "à priori" des minorités spirituelles est un aspect central de la lutte anti-sectes. Il ne s'y trouve aucune intention de comprendre la nature de la quête spirituelle et sa place dans la société (pas plus que de comprendre les malaises de notre société qui peuvent conduire à la consommation de drogue. Leur idéologie préconiserait-elle une "solution finale" pour les minorités spirituelles ?). Il s'agit bien, en tous cas, de détruire sous couvert de "protéger". Si les activistes de l'anti-sectes avaient un véritable souci de protéger des êtres humains, nous retrouverions cela dans leur démarche et leurs propos, autant au sujet des présumés coupables que de leurs présumées victimes. En brandissant des expressions à fort pouvoir émotionnel comme "enfants", "viol" et "drogue", ils stigmatisent volontairement un courant de "pensée" pour le réduire au néant. Il y a une grande violence dans cette attitude qui ne leur échappe pas mais qui peut échapper à ceux de leurs lecteurs qui seraient aveuglés par l'intensité de leur argumentation. L'ADFI est aujourd'hui si profondément engluée dans cette attitude vindicative qu'elle s'attaque même parfois à certaines instances du gouvernement quand ce dernier aurait des velléités de dialogue avec les minorités spirituelles. 

D'où leur vient ce sentiment d'impunité que l'on trouve habituellement chez les dictateurs ? Ils doivent se sentir bien protégés pour diffuser aussi librement leur doctrine sans craindre de retour de bâton.


" (...) C’est justement parce qu’ils connaissent cette impossibilité de communication et de médiation avec les adeptes et avec les sectes, que les gourous, dans leur campagne médiatique d’intoxication, proposent que les "deux parties en conflit soient réunies pour trouver ensemble la solution à leur problème".

 

Toujours cette argumentation fallacieuse qui utilise des contre-vérités comme un rideau de fumée. Ici, l'intention du dialogue viendrait de la certitude qu'il ne peut pas y avoir de dialogue ! 

Cette littérature navrante est servie à la population comme une véritable entreprise de désinformation qui va finir par nous faire croire à la réalité du "lavage de cerveau".

 

Et les auteurs de ce texte concluent par cette citation qui, dans leur confusion et leur inculture, leur semble aller dans le sens de leur écoeurante diatribe :

 

" (...) Il y a cinquante-cinq ans, en 1948, Albert Camus déclarait :

"Je n'essaierai pas de modifier rien de ce que je pense ni rien de ce que vous pensez (pour autant que je puisse en juger) afin d'obtenir une conciliation qui nous serait agréable à tous. Au contraire, ce que j'ai envie de vous dire aujourd’hui c’est que le monde a besoin de vrai dialogue, que le contraire du dialogue est aussi bien le mensonge que le silence, et qu’il n'y a donc de dialogue possible qu'entre des gens qui restent ce qu’ils sont et qui parlent vrai". (Essais, La Pléiade, 1965, p. 372)"

 

C'est l'éternelle mascarade des miliciens de la pensée unique et brutale qui, de la Chine à la France, en passant par des contrées moins médiatisées, piétinent quotidiennement l'élan spirituel avec l'espoir de régenter un monde qui donne pourtant tous les signes d'un déclin. 

 

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André Tarassi est né en 1961, il est le fondateur du CICNS. Chercheur indépendant, il étudie les Nouvelles Spiritualités depuis 25 ans. Il a étudié le journalisme et la télévision aux états-unis.  Il a publié, sous un autre nom, plusieurs ouvrages sur la démarche spirituelle.

 

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