Médisance subst. f. "dire du mal de quelqu'un"

 

" (...) La bouche des médisants est remplie de malice, mais d’une malice que leur langue a déguisée et embellie, car les médisances sont exprimées avec tant d’agrément et de plaisante exubérance que l’on est charmé. Quoique ce soient communément des mensonges, ces mensonges ont des résonances si séduisantes qu’ils ne laissent pas de plaire et, par une funeste conséquence, de produire leurs pernicieux effets. C’est ainsi que les médisants se sont assuré, dans les conversations du monde, les pouvoirs exorbitants qu’ils se sont arrogés; on les a entendus quelquefois se faire fort de ruiner les réputations les plus solides."  Maurice Grévisse

 


 

Pour le philosophe Karl Popper, nous serions des animaux menteurs, capables de parler de ce qui n'existe pas et, de ce fait, nous serions devenus des animaux supérieurs

Le mensonge ferait-il l'homme ?                                                                                        Pol Ledent "médisance"

Quand les boucs émissaires ne sont plus seulement le voisin ou le parent, mais qu'ils sont désignés "en masse" par les autorités et leurs médias, comme c'est le cas pour les sectes actuellement, la passion de médire se démultiplie, pleine de l'assurance de son impunité. C'est un instinct que le contexte favorise.

On médit autant dans les villes que dans les campagnes. Mais comme les mouvements spirituels aiment la nature, c'est dans ces dernières qu'ils sont devenues les proies privilégiées de ceux qui s'adonnent à l'art du jugement déguisé, des lieux communs les plus meurtriers, des attaques sournoises parées d'indignation, attirant le regard des médias qui cautionnent allègrement les mensonges les plus grossiers. 

Les petites communes françaises sont habitées de "bonnes gens" toujours prêts à dresser des bûchers, d'autant plus que les "élus" y font tomber les statues (1) comme les Talibans en Afghanistan avec les bouddhas de Bamiyan et pour des raisons assez proches.

La frustration, l'oisiveté ou les jalousies sont de bons combustibles pour la médisance. On ouvre la bouche sans conscience pour meubler une conversation ou pour se soulager d'une mauvaise humeur. Mais il y a un fossé entre les potins ou les commérages et la médisance et la diffamation. Ce fossé est franchi quand les paroles sans conséquence deviennent des armes qui font toujours mal, pour le moins, et qui, parfois, brisent des vies. 

Si nos gouvernements ne peuvent pas supporter l'éducation spirituelle de leurs populations, nous sommes en droit d'attendre qu'ils instaurent au moins une éducation civique un peu plus inspirée qui donne le goût aux animaux supérieurs que nous sommes de ne pas perpétuer la bêtise et la  barbarie. Et si cette éducation n'a pas porté ses fruits, la législation doit pouvoir protéger les droits essentiels de leurs populations, plutôt qu'inciter à la médisance et à la délation.

 

Sédir :

"La médisance est une méchanceté pusillanime, une traîtrise. Si je pense que mon voisin agit mal, pourquoi ne pas le lui dire à lui seul ? (...) Pour un geste dont j'ignore les motifs ou l'intention. Puis-je seulement connaître la valeur réelle de mes propres actes et discerner la vraie nature de mes mobiles profonds ? Juger, ce devrait être comparer avec un critérium interne exact. Mais, puisque je ne suis pas parfait, mon critérium sera forcément défectueux." 

Beaumarchais :

"La calomnie, monsieur ! vous ne savez guère ce que vous dédaignez ; j'ai vu les plus honnêtes gens près d'en être accablés. Croyez qu'il n'y a pas de plate méchanceté, pas d'horreurs, pas de conte absurde, qu'on ne fasse adopter aux oisifs d'une grande ville en s'y prenant bien : et nous avons ici des gens d'une adresse !... D'abord un bruit léger, rasant le sol comme hirondelle avant l'orage, pianissimo murmure et file, et sème en courant le trait empoisonné. Telle bouche le recueille, et piano, piano, vous le glisse en l'oreille adroitement. Le mal est fait, il germe, il rampe, il chemine, et, rinforzando de bouche en bouche, il va le diable ; puis tout à coup, ne sais comment, vous voyez calomnie se dresser, siffler, s'enfler, grandir à vue d'oeil. Elle s'élance, étend son vol, tourbillonne, enveloppe, arrache, entraîne, éclate et tonne, et devient, grâce au ciel, un cri général, un crescendo public, un chorus universel de haine et de proscription. Qui diable y résisterait ?"

(Acte II Le Barbier de Séville)

 

 

(1) Lire la page sur le Mandarom

 

 

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