Rapport de la MIVILUDES : Hystérie et incompétence dramatiques

CICNS (juin 2011)

Partie 1 : La menace « 2012 »  (lire le rapport)

Plus fort que les films catastrophe, le rapport de la MIVILUDES 

Georges Fenech, dans son « mot du président », donne le ton de ce nouveau rapport hystérique de la MIVILUDES : « Qui ne se souvient de la tragédie de l’Ordre du Temple Solaire en décembre 1995, de ces 16 corps carbonisés, dont ceux de 3 enfants ? ». Il justifie un peu plus loin cette introduction brutale : « La Miviludes se devait d’anticiper sur les conséquences toujours probables de tels discours anxiogènes ».

Nous jugeons encore plus probable que l’événement de 1995 (16 ans déjà et rien de semblable depuis) ne reflète aucune  tendance significative des croyances en France ou ailleurs et que les « discours » de la MIVILUDES sont les plus anxiogènes pour le grand public et les personnes ayant des croyances différentes. La grossièreté et la déconnexion du réel de la MIVILUDES, dans un contexte social et environnemental alarmant, donnent à ses propos une apparence surréaliste qui serait dérisoire si elle n’avait autant d’écho dans les médias et d’impact dans l'esprit du public.  

La MIVILUDES dit vouloir « favoriser une véritable prise de conscience des institutions et de l’opinion publique face aux risques d’instrumentalisation des peurs suscitées par ces messages anxiogènes ». Nous sommes d’accord jusque-là, sauf que les messages que dénoncent M. Fenech et son équipe ne sont malheureusement pas les leurs, mais ceux du « New Age » (menace planétaire majeure bien connue de toute personne s’intéressant au sort de l’humanité !), et tout cela bien sûr, « sans volonté de stigmatisation ni de catastrophisme, et en rappelant le respect de toutes les croyances. ». Pas moins de 27 groupes ou personnes sont mentionnés dans ce seul rapport, sans que la suspicion qui leur est infligés soit proprement étayée.

C’est très réussi, comme d’habitude.  

Le rapport mentionne : « L’approche d’une fin du monde annoncée en 2012 peut ainsi être l’occasion de passages à l’acte préjudiciables pour les personnes ou le corps social. Nul ne peut bien sûr assurer que de tels événements se produiront. Personne ne le souhaite, évidemment. » Doit-on déceler dans cette mise au point un peu étonnante l’amorce d’une prise de conscience de l’exagération de ce battage ? Nous en doutons fortement.  

Mais voici notre propre mise au point : tout d’abord, nous avons pu vérifier qu’il est bien connu dans les milieux New Age que la perspective de 2012 est abordée comme la possibilité d’un changement radical dans notre société (c’est l’idée du « nouveau monde » avec des termes à peine différents du jargon politique) et non d’un suicide collectif à la fin du monde (quelle serait d’ailleurs la logique d’un suicide collectif si le monde arrive à sa fin ?). Ensuite, les croyances évoquées sont clairement, et depuis toujours dans l’histoire de l’humanité, l’expression d’un désir de renouveau que le gouvernement est assez mal avisé de vouloir étouffer dans la période actuelle, même si cela s’exprime de façon peu conventionnelle. Enfin, l’approche résolument superficielle et émotionnelle de cette question ne peut qu’alourdir le dossier critique envers la MIVILUDES dont l’objectif n’est visiblement pas constructif malgré les formules convenues cherchant à faire passer les vessies pour des lanternes (comme « sans stigmatiser quelque croyance que ce soit » etc.).  

Les minorités spirituelles, thérapeutiques et éducatives, harcelées et diffamées en continu par les médias et la MIVILUDES apprécieront l’indice de dérive sectaire suivant, dans ce contexte : « développement d’un sentiment de persécution par le monde extérieur et la société environnante ». Comment ne pas vivre un sentiment de persécution, dans ces conditions ? Le serpent ne peut que se mordre la queue !  

Notons parmi les critères abusifs de la MIVILUDES, un nouveau venu : la « réinstallation à la campagne » (« cet indice est souvent le témoignage d’un retrait à la fois physique et psychologique du groupe par rapport au monde extérieur, la réinstallation à la campagne permettant a la fois de rendre une surveillance plus difficile de la part des pouvoirs publics et de renforcer la cohésion au sein du groupe, afin d’exercer un plus grand contrôle sur tous les membres.»). Il devrait bientôt être possible de suspecter toute personne ou famille qui souhaiterait vivre dans un lieu tranquille.

Une approche intelligente, comme l’observation sans préjugé de ces groupes, sinon l’immersion ethnologique, aurait permis à l’équipe de la MIVILUDES de ne plus surfer sur les préjugés et phobies personnels de ses membres mais de réaliser la disproportion de leur discours avec la réalité du terrain. Mais veulent-ils connaître la réalité ? Quel est donc « l’agenda » de cette Mission qui subsiste sur les fonds publics malgré l’inanité flagrante de son action, les doutes exprimés par divers médias sur la probité de son président, le mensonge de ses chiffres alarmistes, l’illégalité de la plupart de ses descentes dans les communautés et la nuisance qu’elle représente pour la partie la plus paisible de la population ? Il y a, au cœur de sa campagne (politique, celle-là), une forte tendance à prendre les gens pour des imbéciles ou des demeurés.  

Faudra-t-il laisser passer un siècle pour que l’Histoire se penche avec lucidité sur cette aberration ?  

Lire également 2012 : Qui, de la MIVILUDES ou des « New-Age » de Bugarach, est le plus « apocalyptique » ?

La fin du monde en 2012 : situation en Europe selon la MIVILUDES 

Une nouvelle fois, la MIVILUDES discrédite son analyse du supposé problème français des dérives sectaires en prenant en exemple la situation dans les autres pays européens alors qu'ils montrent tous que les autorités de nos proches voisins ne considèrent pas les dérives sectaires et les croyances en une fin du monde en 2012 comme nécessitant des actions particulières. Pourquoi donc la France serait-elle le seul pays à agir, considérant que les mêmes groupes et croyances sont présents ? Deux hypothèses : 

-     La France est le seul pays a vraiment prendre conscience du danger pour ses citoyens ; les autres pays européens sont imprévoyants et négligent la sécurité de leurs ressortissants.

-     Nos voisins européens ont une approche pragmatique et lucide et ne créent pas de phobie là où il n’y a pas lieu d’en créer. 

Il ne fait guère de doute que Georges Fenech penche pour la première hypothèse, lui qui croit que les autres nations nous envient la MIVILUDES. La MIVILUDES a, certes, écrit la chanson antisectaire et la chante sur tous les tons, avec un certain audimat mais ce succès provient uniquement de la facilité à tirer les gens vers le bas. Ce n’est pas un mince paradoxe que ce rapport de la MIVILUDES, comme les autres du reste, mette en garde contre ceux qui profiteraient de la peur millénariste, en s’appuyant elle-même sur tous les ressorts d’une peur antisectes outrancière fabriquée de toute pièce.

Partie 2  : « La dérive sectaire dans le domaine de la santé »

La partie sur « la santé » est introduite par cette statistique : 

Selon l’OMS, « dans les pays riches, un nombre croissant de patients font appel aux médecines parallèles pour des soins préventifs ou palliatifs. En France, 75 % de la population a eu recours au moins une fois à des traitements complémentaires ; en Allemagne, 77 % des services soignant la douleur proposent l’acupuncture et, au Royaume-Uni, les dépenses en médecines parallèles ou complémentaires atteignent 2,3 milliards de dollars par an. » 

Le rédacteur de la MIVILUDES interprète ces chiffres comme un signe alarmant : « tous ces chiffres doivent nous inciter à faire preuve de vigilance », même s’il dit auparavant (sans que cela semble affecter sa logique) qu’il y a « un nombre croissant de nouveaux patients (ndlr : cancers), estimé a 358 000 en 2010, soit + 12 % de nouveaux cas ».

Nous ne nous attendions pas à une étude intelligente et rigoureuse de la part de la MIVILUDES sur l’efficacité des traitements officiels et sur la mortalité en comparaison de ceux des médecines non conventionnelles, mais le dossier à charge n’apparaît que plus grossier avec cette introduction (déni et absence de respect de l’intérêt général croissant pour d’autres méthodes de soins et de l’échec de la médecine conventionnelle à traiter les cancers).

La seule affirmation : « Trois malades sont ainsi décédés parce qu’ils avaient mis un terme au traitement conventionnel et n’avaient même pas pu bénéficier de soins palliatifs » sans preuve du lien de cause à effet supposé, est à mettre en parallèle avec le refus de confronter les chiffres terribles de la mortalité par les méthodes brutales officielles. Une démarche sans surprise de la part de cette officine, non scientifique, sans recul sociologique, ni volonté de s’approcher de la vérité.

Avec des formules évasives comme « L’emprise du ‘pseudo-thérapeute’ sur le patient peut être avérée », il est évident, à tout œil critique, que le pseudo-thérapeute peut être remplacé par « médecin » ou même « thérapeute » sans que cela change la notion d’emprise et ne fait que distiller l’idée d’une pensée unique et d’une vérité absolue du côté du système en place.

« Le cancer fait peur et les pseudo-thérapeutes exploitent cette peur pour proposer leurs méthodes » entretient le mythe du thérapeute escroc et fou qui serait principalement motivé par des intentions malsaines, comme dans un mauvais film d’horreur.  Le style de la MIVILUDES est indicatif de son préjugé sur le grand public, manipulable a priori, et qui sera sensible au pouvoir émotionnel des mots.  

Nous ne pensons pas, cependant, que toutes les méthodes improvisées méritent d’être respectées, la question de la santé est importante et exige une véritable attention mais le discours manichéen de la MIVILUDES ne fait qu’appauvrir le débat. À cet égard, la phrase suivante est de la même grossièreté que la précédente, il suffit en effet de constater où se manifeste réellement l’exclusion et qui sont les gourous pour pouvoir en rire amèrement : « Les médecines alternatives sont dangereuses quand elles sont exclusives et excluantes. La pratique sectaire, le discours véhiculé par le gourou est souvent d’affirmer :  « Je vais réussir la ou la médecine conventionnelle a échoué » 

S’ensuivent des critiques de diverses méthodes alternatives proposées en traitement, avec des amalgames qui permettent de discréditer toutes celles qui pourraient donner une impression de crédibilité. Nous sommes loin du « repérage des pratiques prometteuses » qui avait été préconisé officiellement par le Ministère de la Santé.  

La liste des infractions inscrites au Code Pénal, utilisées pour réprimer les méthodes alternatives (« les théories et les pratiques qui n’avancent aucune preuve et ne bénéficient d’aucune validation scientifiquement établie ») et leurs promoteurs ne fait que confirmer l’instrumentalisation du système judiciaire par cette police de la pensée et des consciences, comme nous avons pu le constater au fil de nos multiples interviews des nombreuses victimes de la lutte antisectes à la française.  

Voir également nos interviews vidéos et articles  sur le même sujet : Affaire Guéniot Philippe Dargère Jean-Claude Guyard Tal Schaller « On a tué ma mère » Beljanski  

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