Les collectivités territoriales face aux dérives sectaires, le nouveau "guide" de la MIVILUDES

 

Un commentaire d'Éric Bouzou

 

Dans une formule désormais célèbre, Benjamin Franklin disait : "Ceux qui sont prêts à abandonner une liberté fondamentale pour une petite sécurité provisoire, ne méritent ni l'une ni l'autre".

 

C'est la conclusion que nous pourrions tirer à la lecture du dernier opus de la MIVILUDES : "Les collectivités territoriales face aux dérives sectaires", tant la paranoïa en imprègne le texte : "La mouvance sectaire sait trouver la moindre faille dans la législation ou la réglementation pour poursuivre en toute impunité ses activités nuisibles. Elle comprend également très vite comment troubler la sérénité du débat en invoquant des arguments de mauvaise foi, en procédant à des amalgames simplistes entre liberté de croyance et liberté d’exercice d’activités bien éloignées de toute préoccupation spirituelle".

 

Bien entendu ce guide est écrit au nom de la défense des vraies valeurs républicaines et de la liberté, que les sectes bafouent en osant de plus s'y référer : "le phénomène sectaire, loin de s’estomper, s’est amplifié, diversifié en même temps que les organisations ou les groupes en question devenaient de plus en plus procéduriers et n’hésitaient pas, souvent en invoquant des motifs discutables, à s’attaquer de front à la République et à ses structures, présentées comme une machine liberticide et discriminante"

 

La "mouvance sectaire" est l'ennemi. Il est partout, s'infiltre partout, avec un seul objectif : asservir le plus d'adeptes possibles, leur prendre leur argent, les abuser sexuellement et les utiliser pour déstabiliser le pays. Les preuves de l'omniprésence de cet ennemi ne sont pas données, c'est un fait acquis, il est inutile d'y revenir. De la même façon, la désignation de "mouvance sectaire" semble appartenir à ceux qui s'en sont arrogés le droit : la MIVILUDES et les associations antisectes déclarées d'utilité publique et financées par l'Etat. Que cette désignation soit sans fondement juridique et ne respecte pas le contradictoire ne fait aucune différence.

 

Les auteurs précisent que "la présente étude n’a pas la prétention d’être un ouvrage juridique universitaire : elle a pour vocation d’être un guide pratique à l’usage des élus et des fonctionnaires territoriaux". Ils auraient pu rajouter que l'ouvrage n'est pas non plus scientifique malgré l'inévitable théorie sur la manipulation mentale, devenue désormais le socle de la dérive sectaire. Cette vulgarisation d'une thèse pseudo psychologique ne faisant l'objet d'aucun consensus de la communauté scientifique n'est-elle pas une tentative d'endoctrinement à force d'être assénée ad nauseum au lecteur inattentif ?

 

Le fonctionnaire territorial est prévenu. Il est lui-même une proie de choix pour les sectes de par sa proximité avec l'administration destinée à être infiltrée. Affaires culturelles, sport, soutiens économiques, éducation, formation, aides sociales, associations cultuelles, urbanisme, il doit être au top de la vigilance contre l'invasion sectaire. Qu'il ne se méprenne pas, les règles et lois qui protègent les libertés fondamentales (il en existe encore) et qui doivent être appliquées sont souvent des "écueils" empêchant de débusquer les vilains. Il faudra faire contre mauvaise fortune bon coeur et contourner au mieux ces lois outrageusement invoquées par la "mouvance sectaire" ; dans certains cas, hélas, ce ne sera pas possible...

 

Ce nouveau guide de la MIVILUDES s'inscrit dans la dérive sécuritaire qui caractérise la société française et telle que la décrit Jean-Marc Fédida dans son ouvrage "L'horreur sécuritaire - Les trente honteuses". Les conséquences en seront désastreuses à moins d'un sursaut salutaire. Là où une prise de recul et un peu de bon sens seraient de nature à aider l'action de l'agent public, l'outrance et la partialité ne pourront que perturber cette action.

 

Les auteurs se désolent : "Comment une personne adaptée et lucide – « monsieur ou madame tout-le-monde » – peut-elle en arriver à accepter l’inacceptable, à croire en l’incroyable, à vivre l’insupportable ?" C'est en effet la question que nous nous posons lorsque nous déplorons la présence d'un organisme comme la MIVILUDES en France.

 

Un document à lire donc avec parcimonie, et en faisant la part des choses, ce que, nous en sommes convaincus, sauront faire la plupart des maires ayant pris le temps de tisser des liens avec leurs administrés.

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