Le rituel,  partie intégrante de l'expérience humaine

Par André Tarassi  (octobre 2007)

Les rituels sont partie intégrante de l’expérience humaine. 
Ils sont aujourd’hui dénoncés par les athées et les rationalistes parce que ces derniers les rattachent exclusivement à l’expérience religieuse (et à ses dérives), mais le rituel n’est en fait pas limité à la pratique spirituelle traditionnelle. On peut éventuellement faire une distinction intellectuelle entre le rituel sacré et le rituel profane, mais cette division ne reflète pas l’aspect essentiel de ce phénomène : l’être humain a besoin du rituel dans son existence, quelle que soit l’étiquette qu’il lui accole pour sauver les apparences.


Les messes, les prières, les puja indiennes, les rites de passage ou initiatiques traditionnels (ainsi que les gestes de superstition) sont des rituels sacrés sur lesquels sont dirigées les foudres de nos congénères en révolte contre la religion. 


Les vœux pour la nouvelle année, les anniversaires, les apéritifs et autres moments symboliques de la fête, la fête des mères, les rituels de séduction, l’entraînement sportif, les manifestations sportives (certains parlent même de « rituels » dans l’Éducation Nationale, en particulier pour les maternelles), sont des rituels profanes, sans ambiguïté. Mais cette distinction ne parvient pas à masquer le caractère « sacré » ou pour le moins solennel de tous les rituels, quelle que soit la colonne dans laquelle on les range proprement. Les rites de la République laïque et du patriotisme sont encore plus fortement empreints de ce transfert du rituel religieux dans le profane, apparemment à l’insu de ses officiants. « La République », elle-même, comme entité toute-puissante, dogmatique, et ne souffrant pas la critique, a progressivement pris la place de l’Église… mais en lui ressemblant étrangement.


Le journal de 20h est un autre rituel par excellence qui est l’équivalent profane d’une messe catholique (Lire à ce sujet l’article de Pierre Mellet). Même si la plupart des « téléspectateurs » se défendraient certainement de se comporter comme des ouailles à ce moment précis de leur journée, toute leur attitude, leur écoute quasi absolue, cette absorption dans la parole du prêtre du 20h donnerait, à quelqu’un de totalement étranger à notre culture qui surprendrait la scène, le sentiment d’assister à un moment sacré. 


Le besoin de se relier à quelque chose de plus grand que soi (Dieu dans la messe catholique, le monde dans le journal de 20h, ou l’équipe dans le rituel sportif (voir le Haka des All Blacks)) est une composante de la nature humaine. L’homme se sent à l’étroit dans son existence personnelle, ses obstacles quotidiens, et même dans le cas où il rejette Dieu, par un effort de volonté ou de façon désabusée, il ne peut se défaire du besoin d’élargir son existence au-delà de ses limites imposées. Il a besoin de « communier » avec les autres, avec l’environnement, avec des forces supérieures. 


Même chez celui qui se croit détaché de ces instincts, le rituel revient ainsi en force dans son existence par d’autres biais, alors même que celui qui le pratique en est inconscient. 


Les activistes antisectes et antireligieux ont progressivement déployé une ribambelle de rituels, créant des forums pour célébrer ensemble leur croisade, se retrouvant dans les palais de justice, temples de la raison, où leurs idéologies sont souvent défendues, utilisant les termes des orateurs religieux appelant à la lutte contre le mal, sans réaliser que le totalitarisme qu’ils disent dénoncer dans les mouvements spirituels les ont gagnés, tout simplement parce qu’ils sont humains et en aucun cas différents de ceux qu’ils montrent du doigt (bien que le mépris soit entier dans leurs propos à leur égard). Le club antisectes démontre en tous cas que le besoin d’appartenance est aussi grand chez eux que chez ceux qu’ils dénoncent, avec des codes et des rituels de reconnaissance très similaires, un besoin d’adhérer sans nuance à une idéologie, à une pensée qui n’est alors pas perçue comme une opinion parmi d’autres, mais comme «une vérité absolue ».


Le rituel, quand il est observé de l’extérieur, peut donner un sentiment d’abrutissement et de soumission, il manifeste quelque chose de primitif en l’homme. Mais ce jugement sévère sur l’attitude des rituels qui nous sont étrangers a donc tendance à nous voiler la réalité : nous sommes tous constamment en train de passer d’un rituel à l’autre, justifiant les uns et condamnant ceux qui ne correspondent pas à l’image que l’on veut donner de soi. Mais l’image n’est qu’une image et nous sommes en fait de la même espèce, souvent perdus devant les forces de la nature, devant le mystère de la vie et beaucoup de rituels de tous bords fournissent des repères pour tenter d’imiter l’ordre que nous percevons dans la nature ou de gérer notre impuissance. 


Un regard plus respectueux et tolérant est donc nécessaire sur les tentatives diverses des hommes, toujours fondées sur les mêmes mécanismes universels, pour retrouver un semblant d’unité et de grâce dans un monde désenchanté. 

 

Ce regard fonde les principes du CICNS dans son appréciation des minorités spirituelles d’aujourd’hui.

André Tarassi est né en 1961, il est le fondateur du CICNS. Chercheur indépendant, il étudie les Nouvelles Spiritualités depuis 25 ans. Il a étudié le journalisme et la télévision aux états-unis.  Il a publié, sous un autre nom, plusieurs ouvrages sur la démarche spirituelle.

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