Terrorisme d'État, infiltrations de groupes alternatifs et indignation légitime

André Tarassi (novembre 2011) 

Une méthode répandue pour discréditer toute thèse et proposition alternative à la pensée unique et au formatage médiatique consiste à les qualifier de « conspirationnistes », sous-entendant qu’il s’agirait de simplifications et d’aberrations intellectuelles dans l’esprit d’individus très mal informés sinon perturbés.   

S’il est vrai qu’il existe quelques analyses fantaisistes de l’état du monde (nous avons, au CICNS, souvent mis en garde contre le fait de relayer émotionnellement des allégations non vérifiées) ou que certaines analyses plus pertinentes ont perdu en crédibilité à cause de la façon maladroite dont elles ont été présentées, il se trouve que depuis de nombreuses années, des personnalités dont la compétence et l’éloquence ne peuvent être questionnées (Chomsky, Klein, Pilger, Rabhi) s’expriment ouvertement sur des sujets sensibles pour lesquels le grand public n’avait jusqu’alors reçu qu’une information parcellaire sinon tout à fait diffamatoire.  

En France, en écoutant le spécialiste Aymeric Chauprade parler de géopolitique et en particulier du terrorisme de « l’État profond », il m’est apparu que ce que les populations soupçonnaient depuis longtemps surgit maintenant de plus en plus au grand jour et que les tentatives de faire accepter des boucs émissaires, dont je parlais plus haut, ont de moins en moins de poids face à la clarté de ces révélations bien informées.  

Pour ce qui concerne l’action du CICNS, qui révèle les zones d’ombre de la lutte antisectes à la française, l’évocation par Chauprade de l’existence de GLADIO [1], un réseau clandestin de la fin du 20° siècle, sous supervision de l’OTAN, ayant commis des actions terroristes (dont l’attentat de la gare de Bologne en 1980, voir Histoire de l'OTAN par Charles Zorgbibe, p. 124) attribuées à des organisations militantes minoritaires, le parallèle avec les trois grandes affaires de « sectes » (Jonestown, Waco, Temple Solaire), qui servent d’appui théorique à la violente campagne de répression et de discrédit des minorités thérapeutiques, spirituelles et éducatives, nous semble flagrant.  

L’idée d’infiltrer des groupes minoritaires voire marginaux afin d’y repérer les membres qui pourraient mener à bien certaines actions pouvant profiter à des intérêts extérieurs existe certainement depuis longtemps, mais elle a rarement été aussi efficace dans son application que depuis quelques décennies… et au sein des groupes alternatifs, dont je prétends que « l’innocence pacifique», dans tous les sens du terme, et donc passive, a largement contribué à  leur sort actuel. 

Depuis qu’existe la lutte antisectes, les victimes de ces campagnes diffamatoires (thérapeutes, mouvements spirituels, écoles alternatives) s’interrogent sur les motivations de ce combat absurde. Mais les médias, par le martèlement incessant de reportages et d’articles au fort pouvoir émotionnel, bien que non sourcés, les ont convaincues qu’il existait bien des dérapages catastrophiques (les fameuses « dérives sectaires ») qui transforment les anges en démons (ou, si l’on veut suivre l’argumentaire des militants antisectes, qu’il n’existait dès le départ que des démons). Nous avons souvent été frappés par la propension des groupes minoritaires à désigner les autres comme des sectes… juste avant de découvrir qu’ils sont eux-mêmes considérés comme tels.  

En étudiant, comme nous l’avons fait depuis huit ans, les grandes et petites affaires dites de « sectes », on ne peut éviter de s’interroger : comment des associations d’inspiration religieuse (souvent très intégrées dans le tissu social, voire reconnues et appréciées, comme l’était la communauté de Jim Jones) ont-elles pu se transformer en groupes totalitaires et criminels ? Ce qui conduit inévitablement, dans la ligne de la thèse de l’infiltration, à une autre question : quel crédit accorder aux arguments de leaders (tels que Jim Jones (parlant de la CIA), David Koresh (parlant des Forces Delta)) ou de familles de victimes (massacres au Temple Solaire sur fond mafieux) ou de membres (Aum Shinrikyo pour le gaz sarin à Tokyo), qui prétendent que la dérive n’est pas de leur fait, mais bien la conséquence d’un détournement de leur activité par des agents extérieurs et des infiltrations ?

La question mérite réflexion. Si Gladio a bien été secrètement impliqué dans les attentats en Italie, dans le cadre d’une stratégie dite « de la tension » élaborée par les États-Unis, afin de contrer le succès du parti communiste, tout en faisant condamner des petits groupes néofascistes, nous pouvons imaginer sans extravagance que n’importe quel gouvernement est capable d’user d’un stratagème similaire pour contrer tout courant gênant pour un projet politique local ou plus global.  

En France, les écoles alternatives dérangent (l’école républicaine, malgré ses échecs dramatiques cumulés et la souffrance des enseignants, est présentée comme la seule option), les nouveaux mouvements religieux irritent (une semi-religiosité maçonnique semble préférable à beaucoup, au moins parmi les leaders de l’antisectarisme en France), les thérapeutes qui ne se soumettent pas à la pensée unique suscitent des réactions violentes d’un système médical hégémonique et plus soucieux de profit financier que de guérison (les récentes affaires des laboratoires pharmaceutiques l’ont confirmé). Mais ces petits groupes sont réellement inoffensifs, pour le moins, quand ils ne suscitent pas un intérêt grandissant, dans quelques cas, par la pertinence de leurs propositions et de leurs actions.

L’opportunité de faire d’une pierre deux coups est sans doute trop tentante : dans un siècle où les grandes puissances ont besoin de renforcer leur pouvoir en déclin, ne suffirait-il pas de procéder à quelques tours de passe-passe sur les écrans cathodiques et de figer l’opinion publique dans un traumatisme (voir la « stratégie du choc » de Naomi Klein) qui permettrait de renforcer les mesures de répression et de contrôle tous azimuts, avec l’assentiment général, tout en détruisant les groupes gênants au passage (le groupe de Tarnac, autour duquel l’enquête a été très controversée, a lui-même été accusé d’être un « groupe sectaire »).

Sans avoir créé cette situation, la MIVILUDES agit aujourd’hui sur ces acquis des stratégies du choc et des infiltrations. On peut absolument remettre en question toute allégation concernant un groupe sectaire aujourd’hui, quelle que soit l’ampleur de ce qui lui est reproché, pour deux raisons importantes : la première, c’est que l’information objective n’existe pas, que les médias mainstream sont au service du profit et de la  peur et que nous ne devrions rien écouter sans le passer au tamis intellectuel du doute. La seconde, c’est que 99 % des affaires que nous avons étudiées au CICNS sont hautement suspectes et susceptibles d’avoir été conçues ou pour le moins instrumentalisées (comme l’a été le « 11 septembre 2001 ») pour des raisons qui n’ont rien à voir avec « la protection des populations contre les sectes ».  

S’il y a une chose précieuse qui pourrait naître de ce marasme, c’est que nous ne nous soumettions plus au dictat des médias au service du terrorisme d’État. Les « descentes » de la MIVILUDES ou de son bras armé (la fameuse CAIMADES) dans les minorités spirituelles depuis quelques années n’ont jamais démontré une quelconque nuisance des groupes auxquels elle s’attaque, mais elles ont bien démontré que nous vivons  dans un système maitrisé où, lorsqu’une minuscule association de loi 1901 voit mobiliser des centaines de gendarmes pour l’écraser comme une mouche, les enjeux ne peuvent être qu'autres que ceux affichés dans les journaux ou sur les écrans de vos télévisions.  

Au CICNS, nous pensons que le temps est en effet venu de s’indigner, en refusant d’être les cobayes des manipulations les plus sordides au service d’intérêts qui ne sont pas ceux d’une humanité saine. Il se trouve justement (est-ce un hasard ?) que la plupart des minorités spirituelles, éducatives et thérapeutiques, s’intéressent au renouveau de notre société.

 

André Tarassi est né en 1961, il est le fondateur du CICNS. Chercheur indépendant, il étudie les Nouvelles Spiritualités depuis 30 ans. Il a étudié le journalisme et la télévision aux États-Unis. Il a publié, sous un autre nom, plusieurs ouvrages sur la démarche spirituelle.  


[1] Daniele Ganser, Les armées secrètes de l'OTAN, Gladio et Terrorisme en Europe de l’Ouest, éditions Demi-Lune, 2007, p. 28

  

 

 

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