La machination antisectes perdait-elle de son ressort ?

Une nouvelle commission d’enquête devrait la relancer :

http://www.assembleenationale.org/12/propositions/pion3107.asp

Texte présenté par M. Vuilque en gras italiques et commentaire du CICNS en texte normal 


Dernière nouvelle : Lire "La proposition de M. Vuilque a été adoptée à l'unanimité"

Lire également les anomalies d'une commission parlementaire (document pdf)


Proposition de résolution de M. Philippe Vuilque tendant à la création d'une commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs

L'endoctrinement des enfants est un enjeu majeur pour les groupes sectaires ; c'est en effet lorsque les individus sont les plus malléables que l'emprise peut être complète. La plupart des groupes sectaires s'intéressent donc beaucoup aux enfants. On peut estimer aujourd'hui qu'un membre de groupe sectaire sur quatre a été recruté avant l'âge adulte.

Cette proposition repose sur des affirmations sans fondement objectif. Nous savons que le grand public a parfois tendance à exprimer ses peurs de manière irrationnelle, mais nous attendons mieux de la part de responsables politiques, particulièrement ceux qui cherchent à résoudre les questions de société les plus sensibles. La diabolisation des minorités spirituelles permet d’affirmer, par le processus classique de l’amalgame, que « l’emprise » est leur objectif et que les plus vulnérables (« nos enfants ! », le sujet est le mieux choisi pour faire vibrer les cordes qui joueront la musique voulue) en seront les victimes. D’où vient cette statistique « qu’un membre sur quatre a été recruté avant l’âge adulte » ? Cette introduction a toutes les caractéristiques d’une diffamation, laquelle n’a probablement pas d’autre objectif que de maintenir la pression sur les minorités afin de les voir disparaître du paysage le plus rapidement possible et de créer une sorte « d’ordre nouveau » à la française.

L'embrigadement consiste à inculquer une doctrine, des pratiques qui restreignent considérablement l'épanouissement et le développement de la personnalité de l'enfant, son esprit critique et même sa capacité à imaginer un autre monde que celui de la secte.

Ces trois lignes peuvent évidemment être appliquées sans correction à la tentative de ce monsieur d’empêcher d’imaginer un autre monde que celui auquel il croit.

Quelle différence ?

Et si son monde était un exemple "d’épanouissement de l’enfant », sans doute pourrions-nous y souscrire. Mais qui détient la vérité sur les modes d’épanouissement de l’enfant ? Ce n’est en tout cas pas avec autant d’arrogance et d’intolérance envers la différence que nous pourrons travailler à une évolution de cette question.

L'instruction obligatoire en France, dont le contrôle a été renforcé par la loi du 18 décembre 1998, a permis la disparition pour une large part des écoles présentant un caractère sectaire. Mais les organismes sectaires tentent désormais de contourner la loi par de prétendus enseignements à distance, des cours de soutien scolaire échappant aux contrôles.

« Les écoles présentant un caractère sectaire » sont-elles celles qui offraient de nouvelles expérimentations, un nouveau regard, une tentative de résoudre des problèmes ?

Il serait nécessaire que Monsieur Vuilque offre à ceux qui l’entendent une description détaillée, scientifique et objective de ces écoles qu’il dénonce, des raisons pour lesquelles elles ont fermé et ce qui les qualifie de « sectaires ». Comme pour toutes les accusations nébuleuses concernant les « sectes » en France, nous avons affaire à une désinformation caractérisée, jouant sur l’émotionnel et les lieux communs. La commission d’enquête citoyenne du CICNS a engagé un travail approfondi sur la réalité du phénomène sectaire en France qui sera présenté aux pouvoirs publics afin de proposer une véritable information sur ce sujet bouc émissaire. Un travail que nous aurions espéré voir venir de la part de personnes comme Monsieur Vuilque, bien avant ces avalanches de dénonciations généralement sans objet.

Selon les groupes, l'enfant est, par exemple, empêché de fréquenter des camarades du même âge ou bien de faire du sport ; il est aussi astreint à fréquenter des groupes de prière ou encore à faire du prosélytisme. Certains d'entre eux font subir de mauvais traitements aux enfants allant jusqu'à l'esclavagisme et aux abus sexuels. La Chambre criminelle de la Cour de cassation a eu récemment à connaître et sanctionner de tels agissements. Leur santé mentale et physique est souvent menacée. Dans certains groupes sectaires, les enfants sont transformés en « adeptes à vie » ne connaissant rien d'autre que la secte. Face à cette situation alarmante, il est urgent de procéder à des études et investigations permettant de mieux appréhender la diversité des situations faites aux enfants soumis aux groupements sectaires.

Si la Justice a, réellement et sans influence, condamné des individus, des parents, des enseignants pour les faits énoncés ci-dessus, quel rapport avec les minorités spirituelles ? Et si on doit attribuer de tels comportements à un groupe quelconque (qu’il soit de scouts, de protestants, d’hindous ou autres), comment ne pas dénoncer ici une volonté d’amalgame alors même que la société se disculpe du même coup de tout ce à quoi elle « soumet » les enfants ? Avons-nous affaire à une commission d’enquête humaniste qui cherche le bien de l’humanité au-delà des partis pris ou d’une manœuvre politique et discriminatoire qui cherche à brouiller les pistes ? Nous ne pensons pas que les apôtres de l’anti-sectarisme soient aveugles sur les travers sectaires de notre société. Il doit donc y avoir d’autres motivations derrière ces campagnes abjectes et douloureuses pour beaucoup.

La commission d'enquête aura pour objectif de mettre en exergue la dangerosité de certaines pratiques néfastes à la santé physique et mentale des enfants, ainsi qu'à leur épanouissement. Elle devra faire des propositions concrètes afin de lutter plus efficacement contre ces situations inacceptables.

Pas de doute sur le fait que cette commission d’enquête « a pour objectif de mettre en exergue la dangerosité », car elles le font toutes depuis 25 ans au point de donner l’impression que c’est leur seul objectif : distiller la peur dans la population. La situation que le CICNS trouve inacceptable est de lire année après année la même « littérature » navrante de la part des personnes qui gouvernent le pays. Ces propos, quand ils ne sont pas simplement le fruit d’un désir politique de se faire un peu de publicité à bon marché, quelles qu’en soient les conséquences sur les citoyens, reposent sur une perception d’une intolérance absolue au sujet des croyances et de la liberté de chacun de trouver la voie d’épanouissement qui lui convient. De notre point de vue, les enfants qui sont l’objet de cette campagne sont soumis à des « pratiques néfastes » de la part de la société telle qu’elle est conçue aujourd’hui. Par conséquent, un souci véritable à l’égard de la jeunesse demande un minimum d’humilité et moins de sectarisme.  

 

La proposition de résolution a été présentée par les députés : 

MM. Philippe VUILQUE, Jean-Pierre BRARD, Mme Martine DAVID, MM. Georges FENECH, Marcel DEHOUX, Jacques DESALLANGRE, Francis HILLMEYER, Jacques MYARD, Éric RAOULT, Rudy SALLES, Philippe VITEL, Jean-Pierre ABELIN, Mme Patricia ADAM, MM. René ANDRÉ, Jean-Paul BACQUET, Claude BARTOLONE, Christian BATAILLE, Jean-Claude BEAUCHAUD, Patrick BEAUDOUIN, Jean-Claude BEAULIEU, Jean-Michel BERTRAND, Jean-Louis BIANCO, Jean-Marie BINETRUY, Jean-Pierre BLAZY, Serge BLISKO, Patrick BLOCHE, Jacques BOBE, Jean-Claude BOIS, Daniel BOISSERIE, Augustin BONREPAUX, Jean-Michel BOUCHERON, Pierre BOURGUIGNON, Mmes Josiane BOYCE, Françoise BRANGET, Martine CARRILLON-COUVREUR, MM. Roland CHASSAIN, Philippe COCHET, Pierre COHEN, Mme Geneviève COLOT, MM. Louis COSYNS, Jean-Yves COUSIN, Mme Claude DARCIAUX, MM. Olivier DASSAULT, Michel DASSEUX, Lucien DEGAUCHY, Léonce DEPREZ, Bernard DEROSIER, Michel DESTOT, Dominique DORD, François DOSÉ, Julien DRAY, Philippe DUBOURG, Jean-Pierre DUFAU, William DUMAS, Yves DURAND, Mme Odette DURIEZ, MM. Philippe EDMOND-MARIETTE, Claude EVIN, Pierre-Louis FAGNIEZ, Philippe FENEUIL, Jean-Michel FERRAND, Mme Cécile GALLEZ, MM. René GALY-DEJEAN, Daniel GARD, Jean-Jacques GAULTIER, Mmes Nathalie GAUTIER, Catherine GÉNISSON, MM. Alain GEST, Jean-Marie GEVEAUX, Georges GINESTA, Claude GOASGUEN, Jacques GODFRAIN, Mme Paulette GUINCHARD, MM. Michel HEINRICH, Laurent HÉNART, Michel HERBILLON, Sébastien HUYGHE, Mme Muguette JACQUAINT, MM. Édouard JACQUE, Éric JALTON, Armand JUNG, Christian KERT, Patrick LABAUNE, Jean LAUNAY, Jean-Yves LE DÉAUT, Bruno LE ROUX, Mme Marylise LEBRANCHU, MM. Michel LEFAIT, Patrick LEMASLE, François LIBERTI, Bernard MADRELLE, Richard MALLIÉ, Jean MARSAUDON, Mme Henriette MARTINEZ, MM. Christophe MASSE, Didier MATHUS, Christian MÉNARD, Kléber MESQUIDA, Pierre MICAUX, Didier MIGAUD, Mme Hélène MIGNON, MM. Étienne MOURRUT, Alain NÉRI, Michel PAJON, Mme Valérie PECRESSE, M. Jean-Claude PEREZ, Mmes Marie-Françoise PÉROL-DUMONT, Bérengère POLETTI, MM. Didier QUENTIN, Paul QUILÈS, Jean-François RÉGÈRE, Jacques REMILLER, Mme Juliana RIMANE, M. Jérôme RIVIÈRE, Mme Chantal ROBIN-RODRIGO, MM. François ROCHEBLOINE, Serge ROQUES, Jean-Marc ROUBAUD, Max ROUSTAN, François SAUVADET, Michel SORDI, Alain SUGUENOT, Pascal TERRASSE, Philippe TOURTELIER, Mme Liliane VAGINAY, MM. Daniel VAILLANT, Michel VERGNIER, Alain VIDALIES et Michel ZUMKELLER

 

Dernière nouvelle :

 

La proposition de résolution de M. Philippe Vuilque tendant à "la création d'une commission d'enquête relative à l'influence des mouvements à caractère sectaire et aux conséquences de leurs pratiques sur la santé physique et mentale des mineurs" a donc été adoptée à l'unanimité des députés présents le 28 juin 2006, deux jours avant la fermeture estivale de l'Assemblée nationale.

 

Tout a été fait pour que, sous la pression d'un député, M. Philippe Vuilque (PS), qui, selon les termes de Mme Martine David (PS) a réussi à "arracher la création de cette commission d’enquête" et "n’a pas ménagé sa peine pour emporter la conviction", cette résolution adoptée dans l'urgence, au point de "bousculer l'ordre du jour de l'Assemblée", soit votée à l'unanimité, "unanimité dont nous sommes sûrs, au fond", selon M. Guy Geoffroy (UMP).

 

Nous ne savons pas combien de députés se tenaient dans l'hémicycle. Pendant cinquante minutes, dix ont pris la parole et force est de constater le manque total de substance dans les arguments avancés pour justifier la création de cette nouvelle commission d'enquête :

 

M. Jean-Pierre Brard (PC) reproche aux "organisations sectaires" "leur capacité à s’adapter, à faire pression". Le seul exemple trouvé ne manque pas de convaincre ses confrères : une association de défense de la liberté de conscience s'est permise d'écrire une lettre à M. Jean-Louis Debré au sujet de cette proposition de commission d'enquête. "Cette lettre témoigne des méthodes que ces organisations criminelles utilisent. Je souhaite à cet égard saluer le rôle que vous avez joué, le président de l’Assemblée nationale et vous-même, monsieur le président de la commission des lois, pour que nous nous réunissions ce matin et prenions la décision de constituer cette commission d’enquête"

 

L'audace était trop grande et nécessite effectivement "une adaptation de la politique mise en œuvre pour lutter contre les pratiques répréhensibles des organisations sectaires."

 

M. Philippe Vuilque, quant à lui, se réjouit du caractère non partisan des débats qui entourent la question des sectes. "Cette commission d’enquête, qui est attendue par la Miviludes et par toutes les associations de lutte contre les dérives sectaires, est redoutée par les organisations sectaires. Comme l’a récemment montré la commission Outreau, une commission d’enquête conduite dans un esprit non partisan est à l’honneur du Parlement. Je vous demande donc d’adopter à l’unanimité cette proposition de résolution."

Notez la subtilité, utilisée également par Mme Anne Hidalgo, première adjointe au maire de Paris, durant la journée "Sectes et Enfance" le 30 mars 2006, à St Priest, qui vantait le caractère "non partisan" des débats entourant la question des sectes au sein de pouvoirs publics de la ville de Paris. Là où les universitaires (sociologues, ethnologues, historiens) et tous les mouvements spirituels minoritaires demandent, depuis de nombreuses années, la possibilité d'un débat contradictoire dans l'enceinte du Parlement, nos "élus au suffrage universel" se vantent de l'absence totale de contradiction et de l'unanimité imposée au débat.

 

Mme Martine David nous assure que l'utilisation de listes noires n'est pas terminée, contrairement à ce que d'aucuns espéraient : "Il faut donc renforcer la publicité et rendre aisément accessible la liste des organisations présumées sectaires".

 

Il est question également d'empêcher les mouvements spirituels de se réunir : "De même, on ne peut laisser certains mouvements se livrer à une propagande sans contrainte. Comme l’a souligné Jean-Pierre Brard, nous devrons examiner la situation des maires confrontés à des rassemblements de très grande ampleur, comme celui qu’organisent les Témoins de Jéhovah dans trois semaines à Lens. Le stade de cette ville étant une enceinte privée, le maire est privé de moyens d’action efficaces pour empêcher cette vaste campagne. Or les conséquences de telles manifestations sont toujours très graves pour les mineurs vulnérables."

 

La commission d'enquête citoyenne créée par le CICNS répondra aux interrogations soulevées quant à la prétendue délinquance des minorités spirituelles.

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