L'Appel des appels - Pour une insurrection des consciences -

Ouvrage collectif, sous la direction de Roland Gori*, Barbara Cassin**, Christian Laval***
(Ed. Mille et une nuits, novembre 2009, 384 pages)

Condensé de lecture par le CICNS

Un livre exemplaire dans l’histoire des révoltes contre la déshumanisation de la vie individuelle et sociale en France – l’« imbécillité généralisée » – et des moyens à mettre en œuvre pour l’avènement d’une « autre vie possible ». Nous en conseillons vivement la lecture intégrale.

Extraits :

« Nous, professionnels du soin, du travail social, de la justice, de l'éducation, de la recherche, de l'information, de la culture et de tous les secteurs dédiés au bien public, avons décidé de nous constituer en collectif national pour résister à la destruction volontaire et systématique de tout ce qui tisse le lien social. »

 

« Décidés à combattre une idéologie de la norme et de la performance qui exige notre soumission et augure d'une civilisation inique et destructrice de l'humain, nous voulons réinventer une société de libertés, de droits, de justice et d'hospitalité. »


« Dans la foulée de la pétition citoyenne de Pas de zéro de conduite pour les enfants de trois ans, de ses actions et de ses travaux, de l'émergence d’un collectif, il apparut évident à plusieurs d'entre nous que le temps des pétitions et des appels était dépassé, que le temps des réactions était révolu. Et sans aucun doute l'Appel des appels est un « enfant » de Pas de zéro de conduite... grandi sous le « soleil noir » d'une civilisation haïssant toujours davantage la culture et la pensée. »


« […] C'est sur la base de cette analyse qu'avec Stefan Chédri nous avons, le 22 décembre 2008, rédigé le manifeste de l'Appel des appels. Nous l'avons proposé au départ à la signature d'une centaine d'amis et de collègues en vue de le publier dans les médias afin d'alerter l'opinion et les pouvoirs publics sur ce qui nous paraissait constituer une véritable crise de civilisation. »


« Très vite, ce texte a été diffusé par mails. […] Les 200 premiers signataires constituent pour nous l'instance morale scientifique sur la base de laquelle le mouvement pouvait légitimement être lancé. Ce fut une déferlante. Et ce, d'autant plus que les médias eurent rapidement le pressentiment que cet Appel des appels répondait dans la population à une demande sociale et culturelle. […] Nous avions trouvé les mots justes ou plus exactement ce sont les mots justes qui nous avaient trouvés pour dire ce malaise de la société du mépris. »


« C'est au milieu des années 1980 et au moment même où la gauche était au pouvoir que le marché est devenu le Maître anonyme de toutes nos servitudes et que l'idéologie d'un « homme économique » s'est imposée sans pudeur et sans retenue. »


« Nous voulons nous donner le temps d'une réflexion politique, le temps de penser nos actions, de dépasser les moyens de réaction, d'hyperactivité pathétique et spectaculaire. Nous voulons retrouver le goût de la parole perdue, du collectif sinistré et des pluriels singuliers malmenés. Nous voulons retrouver la possibilité de penser dans l'indépendance, hors des dispositifs de conformisation sociale et culturelle. Nous voulons retrouver la possibilité de travailler et de vivre selon les valeurs humanistes de notre culture, notre civilisation des Lumières, qui furent à l'origine des conceptions modernes du soin, de la justice, de la culture, de la recherche, de l'éducation et de l’information. »


La recherche : « Nous cherchons dans les gènes de la nature les racines de notre maladie de civilisation et faisons porter à nos enfants la charge organique de nos organisations sociales. Nous avons transformé les sciences du vivant qui sont des disciplines scientifiques formidables en techniques de gouvernement de l’humain. Nous avons transformé le savoir qui naguère nous avait affranchis en dispositif d’asservissement social. »


La justice : « La justice dont la vocation consiste à mettre les hommes en égalité devant la loi étend aujourd'hui, aux dépens des décisions et jugements rendues par des magistrats, l'usage du dispositif de répression, de séquestration ou de standardisation sociales. »


L’éducation : « Faire de l'éducation un pur apprentissage des schémas cognitifs et des programmes de comportement la vide de sa substance tant éthique que savante au profit d'un pur formatage des esprits. »
Le soin : « Le soin est le souci de l'homme qui honore son semblable en état de détresse, de vulnérabilité et d'angoisse.[…] Une société qui ne mesure l'acte de soins qu'à la toise de sa rentabilité et de sa tarification fait de la santé une marchandise, et du patient un client auquel l'acte de soins rend un service commercial comme un autre. Le soin y perd sa valeur spécifique et le soignant son honneur professionnel. »

 


La culture : « La culture est le travail par lequel l'esprit se forme dans l'héritage des œuvres et des auteurs que le citoyen reçoit sans testament et en partage avec ses semblables. […] La culture comme industrie de distractions se consomme pour démobiliser les esprits, la pensée critique, et non les cultiver. »


L’information : « Lorsque l'information fabrique l'opinion davantage qu'elle ne la révèle, lorsqu'elle court immodérément vers le scoop et le fait divers dans une concurrence acharnée à l'audimat qui expose l'informateur à la précarité d'un succès qui ne tient sa consistance que de l'éphémère, que le temps est celui du scoop et non de la durée de l'analyse et de la réflexion, nous sommes alors en présence d'une nouvelle forme de censure sociale. »
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« Aujourd'hui, on nous dit que les comportements perturbés - perturbateurs sont un attribut de l'enfant, qu'ils relèvent d'une pathologie, voire qu'ils sont dans sa nature. Donc on élimine toute analyse sociale critique. […] Pour innocenter la société, on construit aujourd'hui l'archétype d'un enfant dangereux. »


« L'évaluation nie tout le tissu humain sur lequel reposent nos métiers, sans lequel nous ne pouvons pas les exercer. La question de l'évaluation dans nos métiers relève de la manipulation, une manière de nous tenir à la gorge. »


« L'une des idées phares et concrètes de l'Appel des Appels est de se constituer en un observatoire de la pensée contemporaine en réseau, pour réfléchir aux problèmes concrets que pose le processus de normalisation des pratiques au nom d'un modèle simplement quantifiable. En sortant du corporatisme, du cloisonnement social, une nouvelle forme de pensée collective peut se faire jour. »


« Le paysage social apparaît comme un champ ravagé, dont une proportion croissante n'est constitué que d'individus isolés, désagrégés, comme suspendus dans le vide, vivant sans aucun continuum social sensible. Cette crise sociale est une crise de l'espérance. »


« La « dépression » est déclarée le mal du siècle, sans cause ni responsables. La souffrance et la victimisation tendraient même, défensivement, à devenir la dernière assignation subjective, l'ultime identité sociale, la seule place disponible dans la communauté des hommes. N'est-ce pas un terrain propice et dangereux pour le déploiement des irresponsabilités collectives ? »


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Psychanalyse : « Le psychanalyste est le guetteur solitaire du désarroi qui s’empare de l’homme dans sa solitude et son rapport à une parole qui jaillit de lui sans qu’il sache même d’où elle vient. Témoin de la dérive actuelle et du désespoir qu’elle engendre, on voudrait non seulement lui faire assister à cette débâcle mais lui faire prendre place dans la cohorte de ceux à qui est dévolue cette gestion administrative des corps et des êtres. Qu’il s’en récuse est bien le signe que la psychanalyse, quoi qu’on en pense, n’est pas morte. »

 
« Le développement considérable des techniques psychologiques est devenu un enjeu de pouvoir. […] Si l’on prend la mesure du fait que les conflits dans la famille, l’école, le travail, la prison ont été progressivement changés en troubles psychologiques, il ne faut pas s’étonner que leur traitement devienne une affaire d’État. C’est-à-dire affaire de gestion soumise à évaluation. L’idée d’un empire de la gestion des hommes étendus à leur intimité correctement évaluée peut faire frémir, mais elle est déjà en marche. »


Justice « Parmi tous ceux qui, en France, tentent de résister aux dérives de la démocratie et défendent les idéaux de liberté et d’humanisme, beaucoup sont issus des professions qui composent le monde de la justice et du droit : avocats, juges, greffiers, éducateurs, experts… Comme tous, ils assistent depuis quelques années à la dénaturation du service de la justice et au déclin des libertés. Plus que d’autres, ils les dénoncent, car ces évolutions se passent sous leurs yeux et ils peuvent en voir chaque jour les effets désastreux. Mais tous les citoyens sont concernés, pas seulement les professionnels. La justice est un service public et, comme tous les services publics, elle subit de plein fouet une réforme qui, sous le prétexte creux de « modernisation », aboutit à un abandon des missions premières de l’État, à un éloignement du justiciable et à une déshumanisation de l’appareil judiciaire dans son entier. »


« Fantasme d’une société sans risque, d’une tolérance zéro, promotion de la performance, de la rentabilité, du mérite, culture du résultat, exploitation de la peur, de toutes les peurs, cette idéologie-là, nous n’en voulons pas, même si la plupart des médias tentent de nous l’imposer à longueur d’image et de discours. Nous refusons ce langage qui n’est pas le nôtre, ces mots que l’on pervertit, ces idéaux que l’on falsifie. En matière de justice, comme ailleurs, les valeurs républicaines que nous avons toujours défendues sont plus que jamais vivantes et fécondes. Il ne s’agit pas seulement de dénoncer une idéologie de la peur, un antihumanisme, mais de rappeler ce pourquoi nous nous battons inlassablement : la primauté de l’humain, le respect scrupuleux des libertés, l’équilibre des pouvoirs, l’indépendance professionnelle. »


Hôpital : « La situation de l’hôpital est effectivement très inquiétante. Comme le reste des services publics, il est étranglé par une logique comptable qui, in fine, ne fait que préparer la transition vers le privé, lequel saura rendre rentable un système qui exclura tout un pan de la société d’un accès décent aux soins, pour le plus grand profit des investisseurs privés qui attendent du marché de la santé les rendements qu’ils obtiennent à l’industrie ou à la finance. »


Santé mentale : « La psychiatrie » n’est plus : les rapports ministériels parlent désormais de « santé mentale », incluant un ensemble de pratiques infiniment plus étendues que celles que circonscrivait jadis l’asile d’aliénés, bâti à l’écart du monde. Aujourd’hui, la santé mentale concerne un immense domaine qui s’étend du soin des « troubles mentaux » à l’hygiène du « développement personnel » en passant par l’ensemble indéfini des « souffrances psychiques » au travail, des « deuils » et des « traumatismes ».


« La folie s’affirme dans le crime, et c’est la prison ou l’hôpital sécurisé qui devrait la garder enfermée. Plus encore, il faut en prévenir la dangerosité et, par conséquent, anticiper le risque et considérer tout malade comme potentiellement dangereux. D’où la vague sécuritaire qui déferle en retour sur un univers soignant prétendument banalisé. Si le fou est un criminel en puissance – le fameux « schizophrène dangereux » –, toutes les mesures de surveillance et de contraintes sont légitimes, au nom d’une sorte de principe de précaution généralisée qui fait porter le soupçon sur chacun – jusqu’au non moins fameux « enfant de trois ans ».


Immigration : « Cette politique produit en réalité ce qu’elle prétend combattre. La profusion de réformes et de lois produit « l’étranger dangereux », devenu inéluctablement clandestin, réduit à un objet de jouissance mortifère et sacrificielle. Un certain régime typiquement pervers se met en place, qui a pour objectif d’angoisser l’autre, de le manipuler, de le dominer en vue de sa « disparition » du paysage social, tout en pratiquant un déni systématique de la nature de cette même politique. »


École : « L’école sera de plus en plus le lieu d’expérimentation et de diffusion de multiples techniques de normalisation de la population scolaire. […] Plutôt que d’accroître l’encadrement humain, la tentation est forte de pratiquer le repérage informatique des déviances et de confier leurs traitements à des dispositifs techniques censés permettre la « gestion des publics fragiles et des zones sensibles » (quand ce n’est pas à des recettes médicamenteuses comme dans le cas de l’« hyperactivité »).


« Ce sont ces conditions qui expliquent la forme et le contenu des nouvelles mobilisations qui se mènent aujourd’hui sur le terrain de l’école, avec de plus en plus souvent le soutien des parents d’élèves. […] L’insurrection morale et politique des « désobéisseurs », qu’il s’agisse des enseignants qui refusent d’appliquer les faux remèdes des groupes de soutien, […] d’appliquer les nouveaux programmes ou […] de renseigner les fichiers, porte un témoignage exemplaire, au risque des sanctions les plus graves, financières ou administratives, d’un mouvement de refus beaucoup plus vaste des réformes et des dispositifs qui asservissent les enseignants et détruisent leurs fonctions. »


Enseignement supérieur : « […] Comme pourraient le montrer d’innombrables exemples puisés dans l’histoire des sciences, cet autoritarisme gestionnaire voulu par les pouvoirs publics et imposé aux scientifiques aura l’effet inverse de celui qu’il prétend obtenir et obère l’existence même d’une science et d’un enseignement supérieur de haut niveau. »


Recherche : « En termes clairs, la « réforme » de 2008 du crédit d’impôt recherche (CIR) a pour effet de faire doubler en deux ans le montant du CIR. L’État va rembourser aux entreprises le tiers des dépenses recherche, sans encadrement ni discernement. La nouvelle niche fiscale ainsi créée va d’abord profiter aux grands groupes et, de plus en plus, au secteur des services et non à l’industrie. »


« Il n’y a aucune raison pour que l’efficacité des fonds de l’État soit évaluée tant et plus lorsqu’ils sont versés au public, et qu’ils soient versés à l’aveugle quand ils le sont au privé. Il est donc proposé de créer une agence d’évaluation de la recherche des entreprises subventionnées (AERES). »


Culture : « Comment s’opposer à ce désastre ontologique, cette catastrophe sournoise et implacable que met en jeu Samuel Becket dans « Le dépeupleur »? Il n’y a, au fond, qu’une manière de le faire. Rappeler ce qu’est un être humain. Et ce qu’il n’est pas, c’est-à-dire un animal ou une machine. »


« Les armes du guerrier sont spirituelles. Finesse, sang-froid, précision, bienveillance y compris vis-à-vis de l’adversaire. On se bat pour ce qui est juste, il n’y a donc place ni pour l’hésitation ni pour la haine. »


« Au-delà de la rentabilité financière, toujours aléatoire, prime pour l’éditeur l’idée que l’importance d’un texte tient aux perspectives qu’il ouvre et à la rencontre qu’il rend possible – qu’il s’agisse de la rencontre avec soi, l’autre où le monde. »


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« Je suivrai Michel Foucault pour considérer aujourd’hui que nous devenons davantage une société articulée sur la norme que sur la loi. »


« Le concept de risque tend à se substituer à celui de faute. La société normative est une société de gestion prévisionnelle des risques. »


« Le Maître aujourd’hui, ce n’est plus le tyran religieux ou laïc, c’est un Maître anonyme, disséminé dans de multiples dispositifs réticulaires et capillaires où s’exerce moins le pouvoir d’un seul que la servitude de tous. »


« On ne peut pas comprendre la soumission à des systèmes totalitaires et à leur logique monstrueuse si l’on ne prend pas en compte cette première idée : la normalisation des esprits prépare progressivement à la « banalité du mal ». »


« Refusons la perversion de nos métiers en instrument de contrôle social ou en vecteurs de propagande. Résister, déjà c’est faire notre boulot au regard des finalités qui l’ont créé. S’il faut soigner ou cocher, choisissons de soigner. S’il faut chercher ou publier, choisissons de chercher. »


« Pour avoir quelque portée, cette désobéissance à la norme qui n’est pas encore une désobéissance à la loi ne saurait avoir sa pleine force politique qu’à la condition de se construire sur une scène du collectif. »
« Cela suppose une construction du collectif qui n’embrasse pas, parfois au nom même de la démocratie, les figures de la servitude pour s’ouvrir au risque de l’amitié, cette figure antique sur laquelle La Boétie fait reposer les liens sociaux authentiques. »


Cela suppose aussi que, à distance de l’avarice et de la cruauté, […] on puisse se laisser aller au don, à la générosité et à l’amour. Ce qui suppose qu’on puisse aussi donner ce que l’on n’a pas pour le partager avec d’autres dans cette fraternelle mélancolie qui permet véritablement la création. Mais ça, il faut bien le dire, c’est difficile pour tout le monde, non seulement parce que nous sommes corrompus par les valeurs culturelles du capitalisme, mais aussi parce que comme nous l’enseignent notre pratique de soignants, se laisser aller à être vulnérable et démuni devant l’autre provoque de l’angoisse et de la méfiance. »


« Il faut d’abord faire objection à cette compulsion maniaque qui nous disperse servilement dans le monde pour faire apparaître la nudité du manque à partir de laquelle il est possible d’aimer et de se révolter. »


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« Une véritable révolution aujourd’hui ne peut se penser qu’en touchant tous les pays, car ce sont les citoyens de tous les pays qui sont atteints par l’anéantissement du fait de citoyenneté à travers la culture et l’éducation. […] Il faut obliger l’Europe à faire sortir de l’AGCS la culture, l’éducation, la recherche, la santé, l’environnement et la justice afin que les gouvernements jouissent de leur pleine autonomie dans ces matières, sans encourir de sanctions de la part de l’Organe de règlement des différends (ORD) au sein de l’OMC. »


« Il nous faut à présent manifester chaque jour dans tous nos gestes quotidiens d’attention, de prises de parole, nos gestes de soins, geste d’écoute, d’enseignement, geste de respect, de résistance au mépris, en un mot il faut modifier notre façon de vivre dans tous les lieux de la vie quotidienne et dans les moments les plus ténus, insignifiants, jusqu’aux actes plus voyants, plus risqués s’il le faut. Il est nécessaire d’intervenir partout où nous le pouvons. A côté de ceux qui déjà désobéissent et en subissent les conséquences, il nous faut envisager non seulement de les soutenir. Que chacun de nous à sa place se décide à se mettre en danger, à prendre des risques, à mesurer sa puissance individuelle de résistance, de rébellion à l’ordre menaçant et injuste qui nous est imposé. »


« Ce n’est pas d’un capitalisme bien portant qu’a besoin la culture, c’est de la conscience de la dignité retrouvée du citoyen qui se dresse sur les ruines du capitalisme. Le mot qui retentit dans toutes les luttes, le mot qui silencieusement ou non habite tout geste de culture, n’est pas le seul nom de la résistance et du refus, c’est aussi l’acquiescement joyeux à une autre vie possible. »


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Journalisme : « Il faut se démarquer totalement du pouvoir politique et du pouvoir médiatique compromis par sa proximité avec le premier. En un mot : savoir imposer ses sujets et ne pas se laisser piéger par le court-termisme et la pure réactivité. »


« Il ne suffit pas de toucher de l’argent de l’État pour sauver le journal, il faut vouloir aussi en changer la forme. Et ce changement, dans les difficultés inhérentes aux rédactions, faussement démocratique, il ne peut venir que des journalistes eux-mêmes. […] La presse doit rechercher non pas l’adhésion ou la croyance, mais la compréhension. »


Finance : « Avec la crise de 2008, le consumérisme qui organisait depuis une centaine d’années l’économie industrielle a rencontré ses limites et révélé sa toxicité intrinsèque. »


« Gaspillage et désinvestissement sont […] engendrés par la combinaison du consumérisme et de la spéculation, qui forment ainsi le système d’un capitalisme structurellement pulsionnel. »


« La régression pulsionnelle est cependant autodestructrice : elle liquide irrésistiblement toute autonomie, c’est-à-dire toute pensée et dans toutes les strates de la société qui est devenue essentiellement addictogène. Cette addictogénèse […] est antisociale par essence. »


« En 2004, 56 % des téléspectateurs français déclaraient […] ne pas aimer la télévision qu’ils regardent. Or, il en va de même des acheteurs désormais conscients et souffrant du caractère addictogène de leur comportement consumériste, et de sa profonde toxicité pour eux-mêmes comme pour leur environnement. »


« C’est également dans ce contexte addictogène que le monde financier est passé de l’investissement, c’est-à-dire de l’engagement économique à long terme, à une spéculation qui ne pouvait que le conduire à l’auto-crétinisation : les plus gros pigeons escroqués par Bernard Madoff faisaient partie du « gotha de la finance ». Ainsi s’est révélée au grand jour la profonde misère intellectuelle dans laquelle ont sombré ceux qui monopolisent la direction des affaires du monde, s’imposant à eux-mêmes comme au monde entier une véritable bêtise hégémonique : ceux-ci se sont intellectuellement prolétarisés, s’il est vrai que la prolétarisation consiste essentiellement en une perte de savoir. »


« Nous entendons organiser des conférences citoyennes dans trois régions de France. Ces conférences, qui enrichiront et affineront à travers le débat public les propositions avancées dans les séminaires, contribueront elles-mêmes à la préparation d’un événement de niveau international qui sera organisé à Paris au printemps 2011, et qui réunira des personnalités intellectuelles, scientifiques, artistiques, économiques et politiques issus de toutes les régions du monde. »


« Nous voulons des réformes, intelligentes et mûres, et même nous en voulons rapidement. Nous ne voulons pas de réformes en retard d’une guerre, liées à un type d’économie qui a fait la preuve de son échec et qui a fait faillite dans son domaine, le seul intérêt de la crise étant d’en avoir fourni la preuve. »


« Mesdames et Messieurs, comment ne pas voir que nous avons un problème ? »


* Roland Gori est co-initiateur avec Stefan Chédri de l’Appel des appels. Il est psychanalyste, membre de l’Espace analytique, professeur à l’université d’Aix-Marseille I.


** Barbara Cassin est philologue et philosophe. Elle est directrice de recherches au CNRS et préside la commission « Philosophie, psychanalyse, sciences religieuses » du Centre national du livre.


*** Christian Laval est sociologue, chercheur à Paris-Ouest et à l’Institut de recherche de la FSU.

 

Site Internet de L'appel des appels http://www.appeldesappels.org/

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