Extraits choisis de nos interviews

 

 

avec des juristes, sociologues, historiens et autres témoins de notre société. ..

 

 

Le langage parlé a été conservé.

 

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Un livre rassemblant l'intégralité de nos interviews va paraître prochainement sous le titre "La France et ses minorités spirituelles, une liberté en danger"

 

 

Anne Morelli (historienne) :

 

(...) Lorsqu'on parle de secte, ça fait peur. Lorsqu'on parle d'une minorité religieuse, ça donne plutôt une impression de sympathie, ou d'empathie envers un groupe qui n'a pas le même poids que d'autres, et donc c'est très important de peser, de soupeser, ces termes. Nous avons ici, à l'université de Bruxelles, une réflexion sur, justement, le passage d'un statut à l'autre : quand est-ce qu'on est appelé religion ? quand est-ce qu'on est appelé secte ? quand est-ce qu'on est une hérésie ? Et la conclusion de cette réflexion menée au cours d'un colloque qui s'est tenu au Centre Interdisciplinaire d'Études des Religions et de la Laïcité , c'est que le pouvoir décide du label. On a un titre, si vous voulez, officiel, de religion, ou bien on est considéré comme une secte, comme une hérésie... C'est le pouvoir qui donne cette étiquette, qui décide qui aura le label ou non. Le rapport au pouvoir est donc essentiel, et cela avant la naissance du Christianisme, depuis l'époque romaine, où les religions étaient insérées dans l'empire romain au cours d'un processus qui les faisait passer d'une religion marginale à une religion officielle. Et encore aujourd'hui, c'est le cas. C'est-à-dire que, grosso modo, nous considérons religions celles qui ont ce label, et que sont appelées sectes, ou nouvelles religions, celles qui n'ont pas ce label. Il est extrêmement important de se mettre d'abord d'accord sur le poids des mots.

 

(...) Si on dit « secte », cela veut dire qu'on considère qu'il y a de bonnes religions, les grandes, celles qui vont être l'objet non seulement d'une reconnaissance mais aussi d'un appui financier, sous une forme ou sous une autre – même dans la France laïque, bien sûr, on paie les réparations des églises, on paie les aumôniers, en Alsace Lorraine on paie même le traitement des prêtres, des pasteurs – donc ces bonnes grandes religions ont droit à tous les égards, on les consulte sur les questions éthiques, on leur donne des places à la télévision, à la radio, dans les médias, etc. Tandis que les religions qui ne sont pas labellisées, celles-là sont l'objet d'une méfiance du pouvoir, et le pouvoir organise contre elles, plus ou moins, je dirais, une chasse aux sorcières, une persécution, sous l'une ou l'autre forme, en mettant en valeur les moments difficiles ou délicats qu'il peut y avoir dans n'importe quel groupe humain, et en présentant ces moments comme étant la norme de tous les groupes religieux marginaux.  Personne ne pense que tous les prêtres sont des pédophiles mais on fait courir le bruit que ceux qui appartiennent à des dites « sectes » sont des pervers de toutes espèces, et on organise des commissions pour les surveiller, pour les poursuivre, pour évaluer leur présence dans des groupes, pour évaluer leur lobbying, etc. Donc il y a un traitement extrêmement différencié de deux phénomènes qui, d'un point de vue sociologique, sont tout à fait pareils. Quelle est la différence, d'un point de vue sociologique, entre les Témoins de Jéhovah et d'autres groupes religieux mieux établis ? C'est extrêmement difficile à mesurer.

 

(...) Les médias axent très souvent leur vision sur le récit des repentis, ce que j'appelle les repentis, c'est-à-dire des gens qui ont été dans un groupe et qui en sont sortis. Et évidemment ils ne sont pas contents parce qu'ils ont dépensé du temps, de l'argent, du dévouement, pour une cause qui, après coup, ne leur apparaît pas comme bonne. Et c'est vrai en religion, c'est vrai en politique aussi (...) Cela a un côté croustillant puisque vous avez là une critique terrible des structures de l'église ou du parti qu'on a quitté, et on écoute jamais les gens qui continuent à être adventiste, ou scientologue, ou témoins de Jéhovah, et qui sont heureux, qui reçoivent quelque chose qui,  de l'extérieur, ne m'apparaît pas comme évident mais eux sont contents dans leur mouvement (...) On ne prend pas la peine de donner une vision objective du phénomène et on se braque sur les mécontents. Et donc, on a une vue extrêmement biaisée de la réalité."

 

(...) Moi, j'affirme que j'ai été victime de manipulation mentale, parce que ça fait quarante-cinq ans que je n'ai plus été au catéchisme et je peux encore vous dire le Notre Père, le Je vous salue Marie, les dix commandements, le credo, etc. (...) Alors est-ce qu'il faut interdire le catéchisme ? Eh bien oui, si on est logique et qu'on veut interdire toute manipulation mentale, c'est là que ça commence, évidemment (...) Ou alors on dit : bon, one ne peut pas dire que ça mette en danger la démocratie. J'ai été manipulée mentalement mais je m'en suis sortie, tout compte fait, j'ai abandonné mon catéchisme.  Les manipulations mentales, il y en a partout, il y en a tout le temps, il y en a dans les partis politiques, il y en a à la télévision, dans les grandes religions, dans les petites. 

 

(...) Les associations anti-sectes, que j'ai appelé « la secte des adversaires de sectes », m'inquiètent beaucoup, que ce soit en Belgique ou en France. Ce sont des gens qui sont braqués sur un problème et essayent de dénicher partout leurs ennemis. Alors je pense que c'est assez inquiétant qu'ils soient subventionnés pour faire la chasse aux sectes (...) Et ces groupes, comme ils sont payés pour découvrir des scandales, eh bien je dirais qu'ils sont un peu poussés à créer les scandales et à les mettre en valeur.

 

 

Maurice Duval (ethnologue) :

 

(…) Les médias sont le nerf de la guerre, ils font la pluie et le beau temps, ils peuvent lancer des rumeurs, vraies ou fausses. C'est le vrai pouvoir de notre société. Si les médias ont intérêt, parce qu'ils font de l'audimat, parce que ça marche etc. à fabriquer de la peur en ayant pour objet les groupes qu'on appelle sectes, eh bien ils vont le faire, et ça va marcher. Les gens vont marcher. Je pourrais développer des tas d'exemples qui le démontrent. A partir du moment où les médias le disent, les gens pensent que c'est vrai, même si dans l'abstrait, ils savent qu'ils sont trompés par ces médias. Concrètement, quand ils regardent et écoutent, ils acquiescent, ils disent oui. Et c'est ça le problème.

 

(…) La chasse aux sectes est assez typiquement française, elle est différente dans d'autres pays et n'existe pas dans un certain nombre d’autres. On peut donc s'interroger : « pourquoi ?». J'ai cherché les causes, j'ai eu du mal à les trouver. Mais, finalement, on peut dire que, en France, c'est notre « axe du mal ». Aux États-Unis, ils n'ont pas besoin des mouvements qu'on appelle sectes, ils sont libres de croire ce qu'ils veulent. Ils n'ont pas besoin de ça puisqu'ils ont un autre axe du mal, qui est le terrorisme avec tout ce que Bush a développé. Nous, nous n’avons pas cet axe du mal-là, et notre axe du mal à la Française , ce sont les sectes. Et si vous parlez de sectes dans la rue, les gens vont vous dire : « oui, oui, c'est le mal ! ».

 

(…) Pourquoi est-ce l'intérêt des hommes et des femmes politiques de ce pays de continuer la lutte contre ce qu'ils appellent « les sectes » ? Puisqu'on voit qu'il n'y a pas d'objet, puisque les délits sont insignifiants en nombre et en qualité ? C'est parce que la lutte contre les sectes fabrique de la peur collective (…) La fabrication de la peur collective est un ingrédient politique de premier ordre dans la mesure où, quand il y a une peur collective, on peut manipuler les masses d'une manière sans égal. Regardez ce qu'on a fait aux États-Unis avec le terrorisme, en mettant tout le monde dans le même sac, d'ailleurs. Ce n'était plus une lutte contre le terrorisme dont il s'agissait mais une lutte pour faire gagner un point de vue politique qui justifiait la répression tous azimuts. Eh bien en France, c'est la même chose. Et cette peur fait que les gens sont d'accord pour accepter des reculs de la démocratie, dans leur intérêt, croient-ils, puisque cela « permettra de les protéger ». La peur collective permet de faire reculer la démocratie avec un tour de magie, en obtenant l'assentiment d'une majorité de nos concitoyens. Et c'est la grand victoire des anti-démocrates, que d'arriver à avoir l'aval de la majorité de la population de notre pays pour faire reculer la démocratie afin de mieux lutter contre les sectes. Sans que personne ne se pose la question : « Mais, c'est quoi, une secte ? Qu'est-ce que sont ces gens-là ? » Il n'y a jamais que des débats de partisans sur les médias qui n’ouvrent pas l'esprit mais le referme.

 

(…) Je ne suis pas optimiste du tout par rapport à ce que l'État met en place – aucune de ces instances ne me paraît digne de confiance – et je pense que le seul optimisme qu'on puisse avoir, c'est le réveil des consciences des gens qui disent : « Non, arrêtez !» Si les gens ne disent rien, l'État va continuer comme il le fait depuis un bon moment, à être de plus en plus répressif. C'est quelque chose qui m'inquiète beaucoup et sur quoi il faut être vigilant. C'est extrêmement grave, ce qui se produit, qu'à partir du moment où ce système-là sert des intérêts politiques, alors il n'y a pas de raison que ça s'arrête. Je crois au travail de fourmis qui consiste à réveiller les consciences, à dire : « attention, on est sur un chemin qui nous emmène dans un domaine où nous serons de plus en plus privés de démocratie». Il y a des poches de totalitarisme dans notre société, et si on n'y prend pas garde, si on n'éveille pas les consciences, ça ira toujours plus loin. C'est le devoir de tout citoyen qui en a pris conscience de faire partager cette conscience autour de soi. C'est un devoir. Je pense qu'on ne peut pas se regarder dans un miroir si, à partir du moment où on a pris conscience du danger, on ne fait pas ce que l'on peut faire pour faire avancer les choses dans ce domaine.  

Jean-Claude Guyard (kinésiologue) :

 

(…) Nombre d'articles de journaux mais aussi d’émissions de télévision se terminent par un appel à la délation. Ils recherchent les victimes de la Kinésiologie ou d'autre chose. Combien de millions de gens ont vu ces émissions, ont lu ces articles, toujours très convaincants ? Ça se termine toujours par « si vous êtes victime adressez-vous... » Pour qu'ils recherchent à ce point des victimes, il faut bien qu'ils en manquent ! Ils défendent leur fond de commerce, leurs subventions et aussi peut-être une certaine gloriole. Auparavant, les dames du 16e ou du 7e arrondissement avaient leurs pauvres, maintenant elles recherchent les victimes des sectes et comme ce sont des sectes fantômes qui n'existent pas, elles se font passer à bon compte pour des héroïnes, elles jouent les Zorro, elles se prennent pour des sauveuses de l'humanité victime des sectes. Seulement voilà, j'ai l'impression qu'elles ont beaucoup de mal à trouver des victimes. Ces pauvres dames manquent de pauvres et manquent de victimes.

 

Jean Baubérot (historien et sociologue) :  

 

(...) Je pense que l’on peut se poser la question de la sujétion psychologique, de la manipulation mentale. Mais à condition de se la poser au niveau de l’ensemble de la société, c’est-à-dire à condition de se la poser aussi au niveau des messages publicitaires, des partis politiques et des moyens dont ils disposent, etc. Et après, d’essayer de voir si on peut avoir une définition rigoureuse de la sujétion psychologique, de la manipulation mentale. Je ne suis pas contre le fait de se poser toutes les questions qu’on veut mais je suis contre le fait de se les poser pour certains groupes, pour certaines catégories d’individus, pour certaines personnes et de refuser de se les poser pour d’autres.

 

(…) Est-ce qu’on a vu une multiplication d’affaires où il y aurait eu maltraitance d’enfants, où il y aurait eu des morts ? Non, pas du tout. Le pays a été extrêmement calme (…) Et tout à coup, il y a ce durcissement de la MIVILUDES , qui n’est dû à aucune affaire. La MILS au moins pouvait se targuer de l’affaire de l’Ordre de Temple Solaire ou de choses comme ça. Alors, on se demande si ce n’est pas uniquement des facteurs de politique politicienne, de groupes de pression, de gens qui sont ceux dont j’ai parlé tout à l’heure : les anticléricaux farouches et les Catholiques d’avant Vatican II qui ont fait pression et obtenu un certain changement qui, j’espère, n’est pas définitif mais qui est effectivement inquiétant.

 

(…) La loi de 1905 (…) demande aux gens de respecter la tolérance, de respecter la paix civile, de respecter le fait que les gens ne pensent pas forcément comme eux. Elle établit les mêmes peines si on viole la liberté de croire et si on viole la liberté de ne pas croire. Il y a une réciprocité très forte dans la loi, donc elle offre à tous des droits. Mais ce sont des forces sociales, des forces politiques, qui font pression et qui font que les choses se passent plus ou moins bien, plus ou moins calmement, plus ou moins agressivement. Il faut bien distinguer les deux sinon on ne va pas comprendre que la loi donne des garanties et que le véritable problème est le fait des groupes de pression qui détournent un peu l’application normale de la loi.

 

Raphaël Liogier (sociologue) :

 

(…) Comment arriver à être classé comme « normal » ? (Pour cela) il n’y a pas d’autre possibilité que d’essayer d’être proche des fédérations officielles, pas d’autre possibilité que d’essayer d’avoir « l’esthétique officielle », de correspondre à la culture dominante, au goût dominant, d’éliminer tout projet éducatif, tout projet de transmission des valeurs. Vous faites ça, et éventuellement, s’il n’y a pas trop de lettres de dénonciation, vous grimpez progressivement de la mauvaise religion à la religion « pas reconnue », celle qu’on n’embête pas, et éventuellement, pourquoi pas, à la religion reconnue. La bonne religion, c’est le cas du Bouddhisme. C’est la bonne religion par excellence, qui n’embête personne, qui est dans un monde intimiste, qui donne le sentiment de la différence, de l’altérité, mais en réalité (ses membres) ne sont que des occidentaux bourgeois des centres villes, qui ne veulent rien changer au système, qui ont des habitudes de vie identiques aux autres. Donc, ça a l’air d’être complètement différent mais c’est complètement la même chose.

 

(…) En France, la politique anti-sectes est une politique que l’on trouve essentiellement au Ministère de l’Intérieur. C'est-à-dire que c’est une politique policière. Si ça dépend du Ministère de l’Intérieur, c’est parce qu’on estime que c’est un problème policier, d’ordre public, de sécurité. Alors que dans la plupart des pays d’Europe, la politique relative aux mouvements religieux est une politique qui dépend la plupart du temps du Ministère de la Justice. Quand c’est dépendant du Ministère de la Justice , on n’a pas encore « jugé ». Alors que policier veut dire qu’on a déjà jugé que c’était dangereux a priori, a priori c’est un risque, a priori ça relève de la sécurité. Ça en dit long sur l’esprit dans lequel s’effectue cette politique en direction du religieux en France.

 

Gilles Farcet (écrivain) :

 

(…) Je crois qu’il est très important pour les groupements spirituels de ne pas se considérer comme détenteurs d’une vérité qu’ils auraient à imposer ou qui les placerait à part, au-dessus des autres, et de vraiment se considérer comme citoyens, de développer la dimension citoyenne, qui parfois peut risquer d’être un petit peu absente ou en sommeil. Et, en tant que citoyens, effectivement, à partir de là, d’être vigilants et de ne pas tolérer que leurs droits de citoyens et de personnes soient menacés, de ne pas tolérer la calomnie ou en tous cas de rectifier autant que possible, de ne pas tolérer d’autres formes de manipulation ou de déstabilisation inutiles. Mais je crois que la seule manière - pour ceux qui s’inscrivent dans une démarche pas toujours comprise ou perçue par l’ensemble - de répondre, c’est en étant eux-mêmes des témoins convaincants et en démontrant, par leur manière de se positionner, qu’effectivement il ne s’agit pas d’une dérive ou d’une manipulation au sens où on l’entend habituellement. Je crois que nous avons, nous tous qui nous inscrivons dans ces démarches, une responsabilité, non pas de perfection parce que la perfection n’est pas de ce monde, mais d’impeccabilité. Nous avons à ne pas nous positionner en victimes et à ne pas nous positionner en persécutés, à nous positionner en citoyens qui peuvent être vigilants par rapport à la défense et au respect de leurs droits.

 

 

Maître Bernard Biro (avocat) :

 

(…) La politique française de lutte contre les sectes est la grande chasse de Tartarin. On a chassé le lion. Le bilan est désastreux. On s’est doté d’un énorme arsenal pour courir comme Tartarin de Tarascon après le fauve qui hantait la forêt publique. On n’a guère trouvé d’animaux dangereux et on a produit des effets désastreux dans la population, notamment cette phobie collective qui s’est emparée du pays ; et derrière cette phobie collective, une pléthore de procès, qui n’avaient aucun rapport, tels que des divorces, où les uns accusaient les autres d’être dans des sectes. Voilà le bilan, un bilan totalement désastreux.

 

Bernard Renaud (éditeur) :

 

(…) Certaines personnes se sont lancées dans cette bataille à corps perdu parce qu’ils avaient un fils qui avait été dans un mouvement, qui était mort, et certains politiques ont embrayé là-dessus en se disant que c’était un cheval de bataille comme un autre. Quel enjeu réel ? J’ai du mal à voir quelque chose de cohérent derrière tout cela. Je pense qu’il s’agit plutôt d’une action où on veut du politiquement correct, donc il ne faut pas qu’il y ait une tête qui dépasse, et ces mouvements dérangent, voilà, parce qu’ils amènent à penser autrement.

 

(…) Je pense que tous ces mouvements qui ont émergé depuis, je dirais, les années cinquante, pour prendre large, ont largement contribué à faire évoluer notre société qui serait peut être resté figée sans eux. Parce que je pense que ces mouvements-là ont apporté un certain nombre de choses, bonnes et mauvaises parfois, nous ont fait réagir bien ou mal mais on fait bouger la société. Et je crois qu’on ne peut pas supprimer tous ces apports-là d’un coup de crayon en disant « c’est mauvais ». Je pense que ces mouvements ont une raison d’être et qu’ils ont participé à l’évolution de notre société et que dans dix ans, dans vingt ans, d’autres mouvements surgiront qui correspondront aussi, à un moment donné, à quelque chose parce que les émergences, c’est comme une île qui apparaît dans l’océan.

 

Sylvie Simon (écrivain) :

 

(…) On est dans une politique où seule l’économie est importante. Nous avons fabriqué la grippe aviaire en martyrisant des animaux et en les vaccinant à outrance et maintenant on ne parle plus que de ça et on a créé cette espèce de psychose collective. Quand on entend qu’on nous parle d’une pandémie, c’est en fait une pandémie d’hystérie qu’on a répandu sur la terre et tant que les gens seront hystériques comme ça, il est évident qu’on pourra les manier, les maîtriser facilement et les faire aller là où on veut qu’ils aillent, c’est tout (…) Il faut donc que les individus se prennent en charge et disent : « Arrêtons les bêtises, arrêtons le bourrage de crâne, essayons de penser par nous-mêmes ». Je dis toujours à ceux qui m’écoutent : « Éradiquez la peur, la seule chose à éradiquer sur la terre, ce sont la peur et l’imbécillité ».

 

Eugénie Francoeur (journaliste québecoise) :

 

(…) La spiritualité, cela veut juste dire apprendre à se connaître, passer du temps avec soi, faire un peu d'introspection et partager les trésors que l'on trouve. C'est vraiment juste de réapprendre à penser, d'éliminer ce qui est négatif. Il n'y a personne qui m'a appris à l'école comment réfléchir, comment penser, alors que la spiritualité me donne cet espace-là. Combien de pensées par jour nous assaillent et sont absolument inutiles, perdues, négatives et drainent notre énergie ? Chaque être humain a sa spiritualité et il faut seulement lui laisser l'espace pour la développer. Cela se fait de différentes façons, peut-être par la prière, la méditation, les arts martiaux... Chacun choisit ce qui lui convient (…) J'aimerais comprendre comment des gens qui essayent de faire le bien sur la planète, des gens qui essayent de donner, de partager, des gens qui ne cherchent pas d'argent, qui ne veulent rien de vous, peuvent être mis dans une catégorie de gens potentiellement dangereux ? C'est un grand point d'interrogation. (…) Je me demande comment on peut parler de spiritualité de manière superficielle sans en avoir soi-même fait l'expérience ? C'est un peu paradoxal que des journalistes qui n'ont pas d'expérience spirituelle puissent être des spécialistes de spiritualité. De la même façon, est-ce qu'on enverrait un néophyte couvrir un grand congrès politique ? Non. Eh bien en spiritualité, on fait ça. On demande à des gens qui n'ont pas d'approche spirituelle, de connaissance spirituelle, d'être juges d'une vie spirituelle. Je ne pourrais pas aller couvrir le congrès de votre président ou de votre premier ministre demain matin, je n'ai pas ces connaissances-là. Je pourrais les apprendre, on pourrait me donner dix jours et dire : bon, là, tu prépares ! Et je lis tout, on fait un « crash course » et on finit par apprendre. En spiritualité, les « crash courses », ça se passe à l'intérieur. Et généralement, dix jours, ce n'est pas beaucoup…  

 

Christiane Singer (écrivain)

 

(...) Il y a une férocité d’une certaine part de la population qui se refuse à tolérer qu’il puisse y avoir une autre forme d’existence. Le fondamentalisme est autant dans l’anti-religieux que dans le religieux. Il y a dans l’idéologie régnante une sorte de férocité de ne pas être mis le nez dans le pipi, comme un chiot, si on leur dit : « Mais ça peut être autrement aussi, la vie !». Ça, ils ne le veulent pas parce que ça peut mettre tout leur système en danger. Mais il vient toujours un moment dans l’existence, au détour d’une mort, d’une maladie, où la vie se charge de fissurer les idéologies les plus bétonnées.

 

(...) Je trouve que le travail que vous faites (au CICNS) est formidable. C’est tellement important de ne pas faire comme si on ne voyait pas qu’il y a une chasse aux sorcières d’une maladresse risible. Je la trouve tellement dérisoire et je me dis que ce n’est pas possible que tout le monde n’éclate pas de rire quand ces commandos de gendarmes arrivent dans des lieux où des gens s’interrogent sur la vie et se permettent de poser des questions en profondeur. C’est tellement burlesque. Il y a certainement des histoires qui sont de l’ordre du criminel, mais celles-là sont de l’affaire de la justice et cela représente 1% (de ces mouvements). Et pour 99 %, vous avez des personnes qui s’assemblent pour toucher ensemble cette profondeur. C’est tellement important.

 

(...) C’est monstrueux de tirer avec des obus contre des moineaux qui picoraient joyeusement. Je pense que c’est une sorte de flambée de fièvre. Mais je ne la vois pas dans le reste de l’Europe. Peut-être que je me trompe. Je vis en Autriche, je fais beaucoup de stages et de conférences en Allemagne, je n’ai jamais entendu raconter d'histoires semblables. Les Français se sont faits les chantres du rationalisme, etc. Peut-être que ça leur est monté à la tête de façon maladive. Ou alors une manière de détourner l’attention des véritables problèmes… C’est un phénomène qui est connu et pratiqué très souvent. Je ne peux que dire merci qu’il y ait des personnes qui s’engagent dans cette vigilance et soutiennent les personnes qui sont subitement poursuivies pour rien. Que ceux-là gardent au fond d’eux-mêmes cette conviction qu’ils sont portés par tous les autres, qu’ils ne sont pas seuls. C’est capital. Alors je salue beaucoup cette activité et j’espère de tout cœur que cette flambée de fièvre maladive va redescendre.

 

(...) Je relisais récemment le Decameron de Bocage et celui de Marguerite de Navarre : des personnages vont quitter Florence envahie par la peste et vont se retirer à l’abri pour se raconter pendant des jours et des jours des histoires grivoises, parce que c’est difficile à faire au milieu d’une société encore surveillée. De nos jours, ce qu’on appelle des petits groupes de spiritualité font un peu la même chose. Ils sortent de la ville, pas pour aller se raconter des histoires grivoises, parce que ça c’est autorisé dans la cité, mais pour parler de Dieu. C’est un retournement tellement drôle ! Je voudrais presque écrire un Decameron d’aujourd’hui d’un groupe d’êtres qui quittent la surveillance policière de la cité pour aller quelque part dans la campagne, dans un lieu bien retiré, pour se parler de leurs expériences, de leurs touchers de l’être en profondeur. Ça serait beau. Vous me donnez l’idée d’un livre extraordinaire ! La seule chose qu’on puisse dire c’est : "Réveillez-vous de cette hypnose !" 

 

Maître Jean-Marc Florand (avocat) :

 

(…) La Cour Européenne des Droits de l’Homme finira par donner raison aux plaignants et à reconnaître que les ADFI et l’UNADFI n’ont pas une très grande utilité, coûtent très cher aux contribuables puisqu’elles vivent exclusivement des subventions de l’État et, en tout état de cause, dans un certain nombre d’affaires, ont dérapé et ont été très au-delà de la mission qui est la leur en tant qu’associations, voire contre la mission qui est la leur, et ont été sur des terrains où on n’aurait jamais dû les trouver, notamment en fournissant des informations inexactes aux services de police ou aux services de justice.

 

(…) Les infractions de « manipulation mentale » : tous les spécialistes de ces questions-là, qu’ils soient historiens, sociologues, juristes, savent très bien que c’est une infraction qui est extrêmement difficile voire impossible à mettre en pratique dans un dossier, à moins de voir de la manipulation mentale partout et dans ce cas, on sort d’un état démocratique : les partis politiques font de la manipulation mentale, les sociétés de crédit font de la manipulation mentale, le commercial qui vous appelle à vingt heures le soir, quatre fois de suite pour vous proposer une cuisine équipée avec beaucoup d’avantages fait de la manipulation mentale, les démarcheurs à domicile qui passent voir les personnes âgées pour poser des alarmes font de la manipulation mentale. Les monastères, quand ils font du recrutement, font de la manipulation mentale, les églises font de la manipulation mentale, tout le monde à ce moment-là fait de la manipulation mentale. Je ne vois donc pas comment on pourrait spécifiquement reprocher, sauf des cas d’école - car on trouvera certainement toujours un cas -, une infraction de manipulation mentale dans un mouvement sectaire. Ça me parait une infraction peu démocratique dont on sait qu’elle a été très en cours dans des pays autrefois qui ne brillaient pas pour leurs qualités démocratiques.

 

 

Michel Maffesoli (sociologue) :

 

(…) Il y a une méfiance vis-à-vis de ceux qui tentent d’expérimenter d’autres manières de vivre, de penser, de prier ou autre. Ce que je peux dire d’un point de vue de sociologique ou de penseur, c’est qu’il n’est pas bon de stigmatiser.

 

(…). Il y a des combats d’arrière-garde, les diverses instances étatiques qui continuent à lutter contre les sectes en sont des expressions par exemple (…) Les crispations étatiques sont réelles, elles existent, mais ne vont pas dans le sens de l’histoire. 

 

(…) L’État a besoin de comité, de machins, de choses, de sous-groupes de ceci et de cela. L’organisme auquel vous faites référence ( la Miviludes ), en est un. 

 

(…) Il ne faut pas non plus que vous rentriez dans une attitude de bouc émissaire. Il ne faut pas intérioriser la critique qui vous est faite. Très souvent, quand on « intériorise » ce par quoi on vous désigne, on finit par être ce qu’on veut que vous soyez. La formule est un peu compliquée mais elle dit bien ce qu’elle veut dire. Si les nouvelles spiritualités vous intéressent, c’est en les vivant qu’elles rayonneront d’elles-mêmes (…) La technique du bouc émissaire est habituelle. On jette sur un animal prédestiné à cela les péchés, les défauts qui sont au sein du corps social et on le chasse, chargé des péchés de la société. C’est ça, l’origine du bouc émissaire. Il est évident que toutes les formes de non rationalité travaillent le corps social. Le développement de la voyance, de l’astrologie, des formes de philosophie syncrétistes, le Bouddhisme, le Zen, qu’on le veuille ou non, c’est là, ça existe. Une certaine intelligentsia, hommes politiques, journalistes, universitaires ont peur de cela, ils ont donc tendance à charger l’animal de tous ces péchés du corps collectif pour le chasser. C’est un processus habituel. Il ne faut pas s’affoler et surtout ne pas rentrer dans le jeu.(…) L’important est de s’assurer d’abord de la vérité de ce que l’on a à dire, de sa profondeur, ce qui n’est pas un travail facile, et si on fait cet effort qui demande de l’ascèse véritablement, il y a alors un processus de diffusion (…) Qu’il puisse y avoir des blocages, des combats d’arrière-garde, des barrages et tout à l’avenant, c’est ainsi, c’est la tragédie humaine, d’une certaine manière. Le propre des institutions est de bloquer ce qui est nouveau ou le renouveau. Mais, je le dis à mon âge, avec, j’allais dire, une certaine sagesse, en tous cas, une sérénité, il me paraît que si ce que l’on a à dire est fondé, dans le vrai sens du terme, quelque chose qui renvoie à l’originel, à ses racines, eh bien ces racines seront dynamiques, c’est ce que j’appelle l’enracinement dynamique.  

 

Pasteur Kounkou (Théologien) :

 

(...) J’ai connu un pasteur de grande valeur et de grande abnégation qui a créé une église à Mulhouse, le Pasteur Samuel Peterschmitt qui est devenu un ami : qu’est-ce qu’il n’a pas subi ! On a même créé une association contre son église : « L'association de défense des Victimes de la Porte Ouverte Chrétienne » ! Et j’ai vu des reportages qui sont passés aux heures de grande audience des télévisions : on vient le filmer, il est à la fenêtre, il demande qu’il puisse donner simplement un droit de réponse. Non, on ne lui donne pas la possibilité de répondre. Mais on se permet quand même de dire : « Voilà la grande secte !». J’ai dit non, non, il y a un problème.

 

(...) Quand on écrit un livre qui touche à la question religieuse, les médias ne l'accueillent pas aussi facilement qu'un livre où toutes les pages parlent de sexe. Là, vous avez le succès garanti (...) On a l'impression d'une société qui veut gérer l'idiotie à l'extrême, vous voyez, c’est-à-dire que tout ce qui peut permettre d'éveiller la conscience, il faut surtout l'écarter. C'est une vraie difficulté et je le dis avec fermeté pour que les médias aussi se réveillent. Parce que les médias ne sont pas faits pour un courant donné, une République n'est pas faite seulement pour un courant donné. La religion fait partie de la réalité française.

 

(...) Il faut que les mouvements eux-mêmes— je dirais les chrétiens —refusent cela, qu'ils refusent d'être étiquetés de cette manière, qu'ils revendiquent, comme je le fais aujourd'hui, qu'ils disent la vérité sur les situations. Je suis sûr que si on dit d'un homme public, un homme politique : « Il a fait telle chose », il dira : « D'abord je démissionne de mon poste, de mes fonctions, mais je veux que la justice établisse la vérité ». Et pourquoi on le fait pour ces gens et pas pour des millions d'autres … ? En France, je crois que si on fait vraiment des statistiques sérieuses, plus de la moitié de la population croit (...) Les gens qui ont choisi la religion de l'athéisme sont une minorité, sauf qu'on les a mis à des postes, et au lieu de faire le véritable travail : nous donner le bonheur—c'est quand même cela le sens de la politique, depuis les Grecs : créer le bonheur de la société, le bonheur des individus— au lieu de cela, ils sont là pour créer nos inquiétudes.

 

(...) Donc je dirais plutôt, il faut— et je crois que c'est un devoir de tout citoyen— refuser d'être esclave des soupçons. A un moment donné, on dit : « Ok !» et c'est aussi une lâcheté. On vous rend esclave et vous restez esclave. Il faut dire : « Non, nous ne sommes pas des esclaves ; non, je n'ai pas violé quelqu'un dans mon ministère ; non, je n'ai pas fait telle chose, non, mon église ne pratique pas cela, non, ma conviction religieuse ne m'amène pas à ce genre de choses ». Et ce qu'on ne montre pas, c'est ce que les mouvements créent, les valeurs ajoutées : on devrait valoriser ces valeurs ajoutées. Je vois des oeuvres sociales, je vois les gens qu'on aide à sortir de l'alphabétisme, des gens qu'on aide à sortir de la drogue, des gens qu'on sort aussi de la psychiatrie et c'est vrai que ce sont souvent de grands combats. 

 

 

Régis Dericquebourg (psychologie sociale) :

 

(…) Je refuse l’idée selon laquelle à la tête de ces mouvements (par exemple à la tête du Jéhovisme), il y aurait une douzaine de personnes qui ne croient pas du tout en ce qu’elles enseignent et qui manipuleraient six millions de personnes, pas plus que je ne crois que le Pape ne croit pas en ce qu’il raconte et qu’il manipulerait des centaines de millions de Catholiques.

 

(…) J’ai eu un contrôle fiscal après qu’un journaliste de l’ Événement du Jeudi ait dit sur Antenne 2 que j’étais un Scientologue notoire. Il est arrivé qu’au moment de prendre des décisions dans une commission universitaire à mon propos, quelqu’un dise : «  Oui, mais c’est un Scientologue ! » C’est en général l’accusation scientologique qui revient le plus et c’est la plus stigmatisante. J’ai évidemment un dossier absolument calamiteux aux Renseignements Généraux et je vais vous donner un exemple : un jour un ami qui fait partie de ce qu’on appelle le nouvel âge rencontre un membre des Renseignements Généraux chargé de conseiller les journalistes locaux sur le problème des sectes. Cette personne lui a dit que j’étais un Scientologue notoire donc il fallait se méfier de moi parce qu’il avait compris qu’on se fréquentait, que j’avais payé ma maison avec l’argent de la Scientologie et que j’étais actionnaire d’une librairie ésotérique de Lille (qui d’ailleurs n’a pas d’actionnaire et qui a refusé de vendre mon livre « Croire et Guérir »). Plus tard son épouse est venue me voir pour me dire (son épouse est informatrice) que cet ami était un escroc et que l’hôpital qu’il fondait au Tibet était une pure escroquerie. Voilà un peu le genre de procédés.

 

(…) Ces deux décennies sont pour moi deux décennies tristes, sombres, dans lesquelles un régime socialiste a essayé de cacher tous ses échecs, toute sa corruption, en prenant un bouc émissaire : les sectes, dont il a fait le véhicule de tous les maux avec des arguments vieux comme la lutte antisectes, comme : les sectes sont le cheval de Troie des États-Unis… Déjà sous l’Allemagne nazie, on disait à propos des sectes américaines qu’elles étaient là pour détruire le peuple allemand ! Il y a des gens qui se sont beaucoup amusés avec ça, qui se sont beaucoup défoulés de leur agressivité. D’un côté, on leur a demandé de ne pas être racistes, et de l’autre côté on a permis à toute une population de se défouler avec quasiment obligation de pratiquer la discrimination, l’ostracisme, et je dirais même le racisme (…) On a repris des façons de faire qui existaient avant, on a ressorti les vieux mythes employés contre les sorcières, mais aussi contre les groupes, lire dans le livre sur les Mormons de Jean-François Mayer ce qu’on disait à leur sujet il y a longtemps. On a vu des journalistes, qui devraient essayer de faire la vérité, aller recopier les pages des groupes antisectes ou les fiches que leur donnaient les Renseignements Généraux, et qui vendent les calendriers de Journalistes Sans Frontières en disant : « Voyez, il y a des journalistes qui meurent parce qu’ils cherchent la vérité ! » et ces mêmes journalistes ne sont pas capables de la chercher à propos des Témoins de Jéhovah, à propos des Évangélistes, à propos de la Scientologie en France… Je trouve ça vraiment très triste.

 

Maître Canonici (avocat) :

 

(…) Notre société parle beaucoup de tolérance. Je crois qu'elle devrait en parler un peu moins et devrait tolérer un peu plus. C'est très français, on monte sur nos ergots, on donne des leçons de tolérance au monde entier, mais je crois que ce que font les pouvoirs publics par rapport aux minorités qui pensent différemment ou vivent une spiritualité différente de la spiritualité « officielle » ou « d'État », alors même que celle-ci a soi-disant quitté le giron de l'État depuis 1905, doit nous amener à un moment ou à un autre, à envisager enfin en adultes la question des nouvelles spiritualités. Nous ne sommes pas un pays réformateur, ça se saurait, et nous ne sommes pas un pays aussi tolérant qu'on veut bien le dire, et bien souvent, ces affirmations sur la tolérance ne sont finalement qu'un paravent bien commode derrière lequel on va gentiment s'abriter dans le confort et la médiocrité commune, pour éviter de parler des nouvelles problématiques qui se posent.

 

(…) Ce qui est inquiétant en l'espèce, c'est que nous continuons aujourd'hui à fonctionner avec une loi qui invite à condamner des personnes, des mouvements – à condamner pénalement, s'entend –, alors même que les notions qui fonderaient les incriminations ne sont pas définies par la loi. Cela, je crois, est la chose la plus dangereuse qui soit pour un État de droit et j'y vois pour ma part – je crois qu'il faut dire les choses comme elles sont - une poche de totalitarisme. Certains auteurs en parlent, je crois que c'est tout à fait ça.

   

(…) Existe-t-il une situation de discrimination avérée en France vis-à-vis de certaines minorités spirituelles ? A la lumière de ce qu'on vient de dire, la réponse est « oui ». Il y a manifestement une situation discriminatoire qui est – et c'est là où les choses sont peut-être le plus grave – instaurée, instituée par une législation. On est sur des notions très floues, tellement floues qu'on fait peser, à mon sens, un risque sur tous les gens qui n'auraient pas une pensée classique ou académique. Cela me paraît assez dangereux. Il faudrait penser à un moment qu'on peut peut-être faire confiance au citoyen et lui laisser véritablement le choix des conditions de spiritualité qu'il a envie de vivre au quotidien.

 

(…) Il faudra que la France s'explique sérieusement sur sa manière de procéder, et qu'on lui demande des comptes sur le fait de laisser à une commission le soin d'éditer un rapport (ndlr : rapport parlementaire sur les sectes de 1996) d'une indigence intellectuelle invraisemblable et de pointer des groupes ou des « mouvements sectaires » sans que cette recherche ait été contradictoire.

 

Christian Tal Shaller (écrivain, conférencier) :

 

(...) Nous avons eu la grande surprise, après à peine une année de fonctionnement, d'avoir, en octobre 1997, la visite d'une multitude de gendarmes armés jusqu'aux dents. Ils avaient deux mandats de perquisition et de garde à vue. L'un était en relation avec l'histoire du Temple Solaire. C'est-à-dire que nous étions présentés sur ce mandat comme associés au Temple Solaire, comme si nous étions une secte extrêmement dangereuse. Les gendarmes étaient persuadés qu'ils venaient sauver les stagiaires d'un suicide collectif qui n'allait pas manquer d'arriver. Et après deux jours de perquisition et de garde à vue, ce volet s'est totalement effondré puisque nous n'avions absolument rien d'une secte ni d'un mouvement extrémiste.

Par contre, il y avait un autre volet : infractions aux lois sur l'hôtellerie. Nous n'étions pas encore en ordre au niveau du registre du commerce, nos locaux n'étaient pas encore tout à fait conformes pour recevoir des groupes et nous avions des stagiaires qui nous aidaient à rénover les locaux, ce qui, pour les juges, était du travail illégal. C'est pour ce volet-là que nous avons été au tribunal de Valence, l'année suivante. Et à notre grande surprise, parce que ce sont des infractions véritablement bénignes, nous avons eu non seulement une amende extrêmement élevée mais aussi une peine étrange, qui consistait à nous interdire pendant 5 ans d'organiser des stages et des conférences.  C'était une mesure très discriminatoire qui n'avait finalement aucun rapport avec les infractions constatées. Et c'est alors que nous avons compris qu'en quelque sorte, on nous poursuivait au tribunal pour des infractions constatées mais avec l'idée quand même de nous faire passer pour une secte, alors même que tout avait montré que nous n'en n'étions pas une.

  

(...) Je crois que le vrai problème, c'est que lorsque les gens ont peur, c'est parce qu'ils ignorent. L'ignorance est la cause de l'intolérance. Cela rime : ignorance et intolérance. Quand les gens se donnent la peine de s'informer, ils découvrent que ce qui leur fait peur n'est pas si dangereux qu'ils le croyaient, en quelque sorte. Je crois très important aujourd'hui que tout ce qui est nouveau puisse émerger et que les gens qui sont à la recherche de nouvelles solutions, dans le domaine de la santé, de la spiritualité ou de l'habitat, de l'écologie, puissent avoir l'espace de créativité dont ils ont besoin. Essayer de normaliser tous les individus et de les ramener à un conformisme dans lequel tout le monde est terré dans la peur et a peur des rumeurs et a peur de son voisin n'est pas une solution. Et je crois aussi que cette diabolisation des gens qui vont vers des expériences nouvelles n'a pas de sens. Parce qu'on ne peut pas s'opposer à quelque chose qui est un peu comme quand le jour se lève. Le jour qui est en train de se lever, ce sont des individus qui veulent se prendre en charge et cesser d'obéir à des structures qui les oppriment et qui veulent gérer leur vie. C'est une véritable renaissance.

 

Maître Pérollier (avocat)

 

(...) Ce qui est en cause, ce n'est pas que l'on s'interroge sur la notion de secte, ni sur les problèmes que cela peut poser. Moi, ça ne me gêne pas du tout, je pense que cela fait partie de la libre recherche, de la libre expression. Le problème réside dans l'établissement de listes. Le problème central, il est là. L'accusation nominale de groupes accusés publiquement de recourir à des pratiques, à des méthodes répréhensibles, pour employer un mot très vague mais qui relève des infractions pénales ou au moins de la faute civile, cela me paraît très grave et cette manière de procéder sous couvert d'une immunité parlementaire est scandaleuse et aboutit à priver de toute légitimité une telle démarche.

 

(...) Une question qui me paraît essentielle est celle des décisions judiciaires qui ont pu intervenir depuis 1996. Ça va faire bientôt 10 ans : si ces 172 groupes étaient véritablement tous très dangereux, comme le rapport le disait, ils auraient certainement dû faire l'objet de multiples condamnations depuis cette époque.  Mais une chose me paraît certaine : si les 172 groupes avaient fait l'objet massivement de condamnations, que ce soit civiles ou pénales, je suis certain que cela aurait été l'un des premiers arguments, sinon le premier argument avancé par l'ensemble des associations anti-sectes et l'ensemble des gens qui luttent contre les sectes telles qu'ils les entendent. Cela n'a jamais été le cas. On peut donc en déduire, et pour moi ça ne fait aucun doute, que l'immense majorité de ces 176 groupes n'a jamais été condamnée ni civilement, ni pénalement.

 

(...) S'il fallait réfléchir aux victimes réelles de ces campagnes anti-sectes, je dirais que tout confondu, à partir du rapport de 1996, il y a 172 groupes listés = il y a 172 victimes. Et quand on dit 172 victimes, c'est 172 multiplié par le nombre de personnes concernées, ce qui fait une quantité très importante.

 

 

(...) Même si certains groupes ont effectivement eu certains comportements répréhensibles, cela ne justifie pas, même contre eux, ce procédé de liste. Même ceux-là sont victimes d'un procédé inacceptable, d'un procédé de lynchage médiatique, de liste de proscription qui ressemble fortement à ce qui s'est passé sous Vichy. Il faut être net et clair. Et cela me permet de mettre l'accent sur le rôle de la police, et d'une police très particulière qui a participé énormément à tout cela : les Renseignements Généraux, service de police créé sous Vichy (...) Il y a des gens qui ont peur maintenant, peur tout simplement de faire état de leurs idées, de leurs convictions, il y a des gens qui se cachent et qui ont peur, qui n'osent plus aborder un certain nombre de questions dans leur famille, avec leurs collègues de travail, c'est quelque chose qui existe véritablement et rien que cela crée des victimes, crée un malaise.

 

(...) La situation actuelle est très inquiétante et les collusions absolument scandaleuses entre la Chine et la France sur ce problème sont particulièrement inquiétantes. Encore une fois cela peut changer mais il est inouï que la France , quasiment officiellement, par des organismes officiels, ait collaboré sur ce plan-là avec le régime de Pékin qui utilise la torture, les assassinats et une répression systématique contre un groupe qualifié de secte en Chine (...) Lorsque le problème du groupe Falun Gong a été posé, je me souviens avoir entendu avec stupéfaction le présentateur du journal télévisé de 20 heures, sur une grande chaîne nationale, utiliser sans aucune difficulté le terme de secte parce que les autorités chinoises l'avaient appelée une secte. 

 

 

Maître Joseph (avocat) :

 

(...) Aux alentours du 15 décembre 1995, une équipe de télévision d'une chaîne publique fait un reportage sur une communauté agraire, un reportage qui, selon eux, sera sympathique : « Rassurez-vous, on parlera simplement de votre expérience d'agriculture biologique, il n'y aura pas de problème ».

Ce que le groupe ne sait pas, c'est que ce reportage sera entièrement truqué, qu'on va mélanger les réponses, qu'on va couper des phrases, de telle manière que lorsqu'il sera diffusé sur les antennes à une heure de grande écoute, les gens apparaîtront complètement loufoques. Une semaine après, le 22 décembre 1995, à la suite de la ratification par l'Assemblée Nationale du premier rapport anti-sectes, la liste des 172 mouvements est publiée au Journal Officiel. On peut se dire : « C'est une coïncidence. » Une chaîne nationale prépare un reportage, qui n'est pas encore diffusé. Une semaine après, publication du rapport anti-sectes... Mais ça ne s'arrête pas là. Il faut préciser que ce rapport anti-sectes a été ratifié par l'Assemblée Nationale à l'unanimité des 7 députés présents ! Ce n'est pas moi qui le dis, c'est le journal L'Humanité, qui n'est pas un journal particulièrement sectaire, paraît-il (article paru dans L'Humanité du 11 janvier 1996). On a examiné 172 mouvements en 50 minutes. Là aussi, c'est une particularité, ce qui fait 20 secondes par dossier si on calcule bien.  

Le 23 décembre 1995, le lendemain de la publication de ce rapport au Journal Officiel, on découvre, dans le Vercors, seize cadavres calcinés et on nous dit : « C'est un suicide collectif !» Qui est sur les lieux avant tout le monde ? Qui va faire 54 interviews en 48 heures ? Qui va annoncer à la France entière : « Moi, spécialiste national, grand homme compétent, je vous affirme que c'est un suicide collectif. Je vais orienter l'enquête » ? Réponse : avec des traits d'union : monsieur-psychiatre-national-anti-sectes-chargé-de-mission-du-gouvernement.

Qu'est-ce qu'il foutait là sur les lieux avant tout le monde ? Personne n'en sait rien, personne ne lui a demandé, peu importe. Le 23 décembre 1995, le lendemain, comme par hasard, de la publication du rapport anti-sectes au Journal Officiel !  

Douze jours plus tard, environ, le 4 janvier 1996, diffusion sur une grande chaîne nationale à 20h30 d'une émission qui va affoler beaucoup de monde, où l'on traite deux sujets : le premier groupe dont je vous parlais tout à l'heure, reportage entièrement truqué et ce soi-disant vrai faux suicide collectif où monsieur-psychiatre-national-anti-sectes va s'exprimer et va oublier évidemment de dire – parce que normalement il ne le sait pas -, que ces seize suicidés collectifs ont tous plusieurs balles dans le corps et qu'ils ont été grillés au lance-flamme, ce que nous apprendra le dossier cinq ans plus tard. Donc ce vrai-faux suicide collectif affole totalement la France qui croit qu'on se suicide dans les sectes et qui ne sait pas du tout ces détails, qui ne sait pas non plus que les deux pistolets retrouvés sur les lieux qui ont servi à ce suicide collectif provenaient des lots du Ministère de l'Intérieur. Les gens ne le savent pas. Donc tout le monde est terrorisé le 4 janvier 1996 à 20h30. Le 5 janvier 1996, à 6h du matin, c'est-à-dire moins de 12h après la diffusion du reportage, intervention de police et de gendarmerie dans de nombreux groupes minoritaires en France classés sectes, sur commission rogatoire. Alors, les juristes ont compris tout de suite, mais les non juristes ne comprennent pas l'intérêt de cette information.

Nous sommes à peine 12 heures après ce reportage qui a terrorisé la France entière. Une commission rogatoire est une délégation que donne un juge d'instruction à la police ou à la gendarmerie pour accomplir des actes qu'il ne peut pas faire lui-même. Une commission rogatoire quand il n'y a pas de plainte – il n'y en avait pas -, nécessite que le parquet ait demandé à un juge d'instruction d'ouvrir une enquête sur un fait déterminé, une infraction. Quand il n'y a pas de plainte, et si le parquet demande ça, ça veut dire qu'il a reçu des instructions du Ministère de la Justice. C'est un fonctionnement tout à fait normal. Tout ce processus, entre la circulaire du Ministère de la Justice , qui descend à différents parquets de France, qui va à différents juges d'instruction, prend au minimum trois semaines. Au minimum trois semaines. On est au lendemain des fêtes de Noël. Ce qui signifie, et c'est incontournable malheureusement, que les instructions du Ministère de la Justice ont eu lieu avant le suicide collectif. Comme par hasard ! Quelle coïncidence, n'est-ce pas. 

 

 

Bernard Montaud (conférencier, écrivain) :

 

"Nous assistons à une foi en pleine mutation où aujourd'hui il y a un désir profond chez les êtres de foi d'avoir un dialogue plus personnel avec Dieu que dans cette espèce de monothéisme rigide qui fait qu'on s'adresse tous au même Dieu. Cette mutation n'est pas encore très bien comprise par la société moderne, c'est sûr ; cette mutation créée surtout en France – moi qui parle un peu de partout en Europe et beaucoup aux Etats-Unis – soulève une intolérance incroyable."

 

"Je pense qu'il faudrait sortir d'un niveau de réflexion affectif, qu'il faudrait, comme je crois votre mouvement le fait, faire rentrer en jeu des sociologues, des historiens, des gens compétents pour observer ce phénomène. Le principal obstacle, c’est l'ignorance, c'est-à-dire les gens qui combattent la spiritualité sont la plupart du temps des gens qui sont affectés par des proches ayant subi des accidents ou soi-disant accidents dans des mouvements spirituels. Je veux dire que ceux qui jugent sont déjà des blessés donc déjà le problème est faux. En plus ils ne jugent qu'à charge,  ils n'enregistrent absolument pas le positif, ils n'enregistrent que le négatif, donc le débat est complètement faussé dès le départ dans l'intention émotionnelle et dans l'intention même de la recherche. Donc, je dirais, le problème est tellement profond qu'il me semble que c'est un problème de maturité de l'espèce humaine par rapport à une mutation de la foi."

 

"Nous n'avons pas de raison d'avoir honte de notre foi, nous n'avons fait aucun mal depuis trente ans, nous ne sommes passibles d'aucun délit juridique ; il n'y a aucune raison qu'on se situe en coupables."

 

"Quant au soi-disant domaine de la manipulation psychique, je dirais que nous sommes bien moins forts que la télévision française et que la coupe du monde de football, et que tout le monde serait passible de procès." 

 

 

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