Comment expliquer une minorité spirituelle à un féroce militant antisecte

Mode d'emploi par étapes...

 

 

Un interlude d'André Tarassi  (mars 2007) 

 

 

1 – Invitez le militant antisectes dans un café paisible et recevez-le chaleureusement avec toute votre documentation. Après tout, vous savez qu’il a besoin d’aide pour replacer ses idées à l’endroit. Proposez-lui une tisane à la verveine pour qu’il digère mieux ce que vous allez lui apprendre. Et commencez à lui expliquer que nous sommes dans une démocratie et qu’il est important de laisser chacun faire ou penser ce qui lui semble juste.

 

2 – Allez rechercher le militant à la porte du café et invitez-le à revenir parler avec vous. Placez-vous entre la porte et lui pour éviter qu’il ne fuie à nouveau une confrontation avec la réalité. Expliquez-lui que le fléau social que l’on appelle "les sectes" n'existe pas et qu'il s'agit d'une superstition.

 

3 – Courez après le militant qui est déjà tout tremblant à l’entrée du métro "Bonne Nouvelle". Ramassez votre documentation répandue sur le sol du café en conséquence de son échappée fébrile et reprenez le dialogue là où vous l’aviez laissé. Essayez de faire comprendre à ce fougueux jeune homme que le suicide collectif n’existe pas.

 

4 – Rattrapez le militant sur le quai du métro, jetez la documentation qu’il avait commencé à déchirer rageusement et allez prendre celle que vous aviez prévue en supplément dans votre attaché-case pour de telles occasions. Et tentez de lui démontrer que les chiffres parlent d’eux-mêmes et que la criminalité dans les sectes est quasi inexistante.

 

5 – Retrouvez le militant dans le taxi dans lequel il s’est engouffré. Remboursez le propriétaire du café pour la table et la vitrine brisées. Proposez un calmant homéopathique au jeune homme et invitez-le à finir cette conversation avec vous dans un autre café. Montrez-lui que sa haine l’aveugle et qu’il y a d’autres choses à faire que chasser les moulins à vent.

 

6 – Utilisez les pansements sur vos plaies après les avoir désinfectées. Notez d’acheter un nouveau manteau et de vous faire replanter les cheveux manquants. Poursuivez la conversation sur le toit du café où vous avez retrouvé le militant (après qu’il vous ait dit qu’il allait aux toilettes). Dites-lui que l’amalgame entre criminalité et spiritualité est profondément injuste.

 

7 – Vérifiez que votre documentation était bien en papier biologique sans préparation à l’eau de javel et que le fait de l’avoir avalée ne vous posera pas de problème de santé à l’avenir. Rejoignez le militant dans le commissariat où il s’est réfugié avec un gourdin. Invitez-le à s’asseoir et faites-lui un léger massage au niveau des épaules afin qu’il se décontracte. Dites-lui que ce qu’il vit n’est pas grave, qu’il s’agit juste d’une réaction normale au « deprogramming » de ses conditionnements de militant antisectes et qu’une perception nouvelle de la vie s’ouvre maintenant à lui. Versez-lui une nouvelle tasse de verveine, avec un peu de tilleul cette fois, et dites-lui que les minorités spirituelles sont des éléments précieux de notre société.

 

8 – Demandez à un passant de vous conduire aux urgences. Restez calme quand les médecins essaieront de recoller les morceaux. Appelez le CICNS pour leur dire de laisser tomber et demandez-leur s’ils n'auraient pas une autre mission pour vous, avec des dauphins, plutôt.  

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