Communiqué de presse du Centre d'Information et de Conseil des Nouvelles Spiritualités (CICNS)

Lutte antisectes : le grand retour du deprogramming en France ?

Montpezat de Quercy - 26/11/2009 - 16h (CICNS) - Notre dernier communiqué révélait le chaos médiatique autour de l’affaire des « reclus de Monflanquin » et en particulier l’usage immodéré d’un champ lexical pratiqué dans le but de susciter la peur dans les populations et réveiller ainsi l’intérêt pour les pauvres travaux de la MIVILUDES.

On parle donc, à tort et à travers, tout à fait hors-sujet dans cette affaire, de « secte », de « gourou », dans une époque, il est vrai, où les dérapages verbaux ne suscitent plus beaucoup d’inquiétude. Réalisant sans doute l’absurdité de ces termes, le concept flou mais démagogique de « manipulation mentale » a été mis en avant par la suite.

Mais un autre élément, beaucoup plus inquiétant, et qui n’a encore alarmé personne, a attiré l’attention de l’équipe du CICNS.

Il s’agit de l’usage du « deprogramming », pratique de l’antisectarisme des années 1970-1980 aux États-Unis qui avait finalement été interdite à cause de sa violence et de ses dérapages graves, pour réapparaître par la suite sous un autre nom « exit counseling ».  Me Picotin, avocat des parties civiles dans l’affaire « de Monflanquin », révèle ni plus ni moins au journal Sud-Ouest qu’il a créé lui-même « une cellule d’exit councellors » (sic) en Aquitaine ( « j'ai dû longtemps travailler seul et me suis résolu à me faire aider par une cellule, que j'ai créée en Aquitaine, « d'exit councellor » sur un modèle américain ». ( source 1 source 2 )

Il faut comprendre que, dans le courant antisectes depuis 25 ans, le « deprogramming » était plutôt perçu comme le sujet tabou, celui dont il valait mieux ne pas parler, comme une grave erreur de jeunesse qu’il était préférable de garder sous silence. Certains seraient-ils nostalgiques de ces méthodes (même si elles ont probablement été révisées dans leur présentation) ? L'idée de convaincre par la contrainte un individu d’abandonner ses convictions (le « ramener à la réalité ») serait-elle à nouveau dans l’air du temps ? Un des « reclus » en a en tous cas fait l'expérience en Angleterre à la suite d'une expédition "commando" médiatisée de ces « exit counselors » (orthographe correcte à transmettre à Me Picotin).

Le CICNS ne manquera pas d’enquêter sur cette résurgence d'une pratique moyen-âgeuse que nous croyions définitivement bannie de toute démocratie. Mais les errements de la MIVILUDES sur le sujet des dérives sectaires ont peut-être contribué à susciter de nouvelles vocations.

Nous avions en effet déjà souligné en 2007 le cas de parents, en France, qui avaient trouvé tout naturel de séquestrer leur fille et de lui administrer de force des médicaments afin qu'elle abandonne ses croyances (« la désintoxiquer» selon leurs propos). La révélation de ces faits sur un plateau télévisé n'avait pas suscité la moindre réprobation des personnes présentes, ni même des téléspectateurs. Il y a là de quoi s'inquiéter.

Lire notre dossier sur le Deprogramming. 

 

Lire la controverse sur l'usage de l'expression exit counseling pour désigner le deprogramming. Sur le fait qu'un certain nombre d'« exit counselors » ont pratiqué le deprogramming (conversion forcée) et le besoin de créer une troisième expression Thought Reform Consultation (consultation pour réformer la pensée ?) à la suite de nouveaux dérapages. Témoignage d'une « exit » « contrainte et forcée ». Les minorités spirituelles en France doivent exiger des informations sur cette méthode d'exit counseling qui réapparaît dans leur pays, fondée par des personnalités engagées personnellement dans l'antisectarisme. « La plupart des exit counselors n’ont aucune formation ». Il serait juste que l'exigence imposée aux thérapeutes aujourd'hui en France soit appliquée à cette méthode dont le passé est bien trop lourd pour ne pas être suspecte.

 

Lire également William M. Alnor et Ronald Enroth, "Ethical Problems in Exit Counseling", Christian Research Journal, vol. 14, n. 3 (1992), pp. 14-19. ( « quel résultat si les gens sont soustraits aux sectes, mais leurs nécessités spirituelles demeurent sans réponse? »)

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