Des mots qui font des morts

de Maurice Fusier

par : Terouga

M. Fusier est un journaliste connu et honnête. Après trente années de métier il sait faire son travail et ne s'encombre pas de l'attirail habituel des apprenti publicistes. Son livre sur les morts entourant l'Ordre du Temple Solaire (OTS) est aussi clair qu'argumenté. Sans trancher, il analyse, résume, synthétise une affaire pour le moins mystérieuse.

Souvenons-nous. À partir d'octobre 1994 une série de tueries vont venir clore l'histoire de l'OTS, "secte" ou plus exactement, organisation templière jusqu'alors peu connue. Dans deux chalets en Suisse, mais aussi au Québec (en 1994) ainsi qu'en France (en 1997) soixante quatorze adeptes sont tués ou se suicident dans des circonstances troublantes.

Officiellement les justices suisse, canadienne et française vont toutes conclure à des "suicides collectifs" à causalité ésotérique alors même que certaines personnes ont été tuées de plusieurs balles ou même blessés.

Voilà pour la version officielle.

Les seules interrogations supplémentaires seront rapidement évoquées lors du procès de Michel Tabachnik, chef d'orchestre de réputation mondiale, alors sympathisant actif de l'OTS. On accusera le musicien d'avoir participé intellectuellement à la fin sanglante de l'OTS... Toujours la thèse ésotérique... Finalement innocenté. L'affaire (qui doit passer en appel en juin 2005) se clôt donc temporairement en juin 2001 sans qu'une version indiscutable des faits ait été établie.

Des questions sans réponse

Reste que M. Fusier rentre dans les détails, il compare, analyse, s'interroge sur les multiples détails qui discréditent la version officielle : qui a enfermé les adeptes "suicidés" en Suisse de l'extérieur ? Qui a visité le logement d'une adepte "suicidée" dans le Vercors avant même que le massacre ne soit connu ? Pourquoi certaines victimes du Vercors ont été assommées ? Pourquoi avoir tué l'enfant des adeptes assassinés au Québec ? Pourquoi l'Australie a-t-elle refusé d'enquêter sur les comptes de l'OTS ? Enfin, quels étaient les liens de l'OTS avec l'Afrique et le Cameroun ?

Ces questions résistent mal à la version d'une secte suicidaire où le charabia ésotérique est sensé mener à la mort. Certes, l'OTS maniait les symboles alchimiques et manipulait volontiers des adeptes naïfs, mais quel rapport avec ces tueries ? Quant aux "gourous" du groupe, ils passent plus pour des victimes (de qui ?) que pour des assassins. Rappelons que Jo Di Membro et Luc Jouret ont tous les deux toruvé la mort en Suisse en 94.

C'est la grande théorie du livre : derrière cette organisation templière et ses chefs se cache un syndicat d'intérêts pour le moins scabreux.

Réseaux occultes et argent sale

Derrière l'OTS et ses organisations satellites (fondation Golden Way où officiait M. Tabachnik) se trouvaient plus exactement des réseaux rosicruciens. Mouvance voisine de la franc-maçonnerie, les rosicruciens existent depuis les années 1950. Eclatés en chapelles diverses les plus puissants sont à l'AMORC (Ancien et Mystique Ordre de la Rose-Croix), société ésotérique et très conservatrice, l'AMORC semble avoir été le milieu d'origine de Jo Di Membro, leader de l'OTS. De même pas mal d'adeptes tués étaient d'anciens rosicruciens ou même l'étaient encore.

Autre bizarrerie les enquêtes antérieures à 1994 semblent démontrer que l'OTS était aussi un outil servant volontiers à blanchir de l'argent sale, des rumeurs de trafics d'armes semblent nettes concernant Luc Jouret. Quant aux réseaux africains de l'OTS (parallèles à ceux de l'AMORC) ils confirment la fonction d'organisation-écran à bien des affaires. Le juge français chargé des morts du Vercors évoquera même les "réseaux Focard" et des connections politiques diverses sans pour autant en faire part dans son ordonnance de renvoi. A noter aussi qu'il a admis avoir été menacé lors de l'instruction. Par qui puisque l'OTS est sensé avoir disparu en 94-97 ?

Fonctionnant avec (ou contre ?) l'AMORC sur la côte d'Azur (Monaco semble être le neoud de nombreuses organisations "templières" voisines de l'OTS), implanté parfois à proximité de centrales nucléaires, brassant des sommes de provenance douteuse (20 millions de francs donnés par le président camerounais P. Biya lui-même rosicrucien), l'OTS a-t-il été liquidé après la Guerre froide parce qu'il devenait trop gênant ?

M. Fusier s'interroge aussi sur ces papiers d'identité d'adeptes "suicidés" qui ont été directement envoyés à C. Pasqua (alors ministre de l'intérieur). Dans une lettre confuse Jo di Membro accusait le ministre d'avoir voulu détruire l'OTS...

Reste aussi à éclaircir le rôle de ces deux policiers français adeptes de l'OTS, interrogés mais laissés en fonction après les premiers massacres de 94 et accusés d'avoir orchestré la tuerie de 1997 dans le Vercors avant de se suicider sur place. Étaient-ils chargés de contrôler l'OTS ? De l'infiltrer ? La passivité des autorités françaises de 1994 à 1997 va dans ce sens.

À qui profite le crime ?

Les adeptes se sont-ils entre-tués avant de se suicider en deux étapes ? Pourquoi les 500 adeptes restant n'ont-ils pas été touchés ? Où est passé l'argent de l'OTS ?

Ces questions semblent aller dans le sens du complot, de même que certaines analyses prouvant que les morts du Vercors ont été brûlés non seulement avec de l'essence et du bois, mais aussi avec du phosphose (lance-flamme ?). Seulement qui pouvait avoir intérêt à liquider la tête d'une organisation qui avait toujours rempli son rôle de franc-maçonnerie noire ? Pourquoi les justices ont-elles si vite classés les affaires ? Et pourquoi les juges suisses ont-ils brûlé les restes des temples ?

Qui étaient les "maîtres secrets de Zurich" fréquemment évoqués par Jo Di Membro ? Des cadres de l'AMORC ? Des agents d'autres réseaux liés à la guerre froide (proximité de l'Italie et de sa loge P2) ? Des barbouzes du gouvernement français ?

Délicate affaire. Brûlantes questions.

Source disparue d'internet : http://que-faire.info/Principal/OTS.htm

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