Les formes légales de l'abus de faiblesse

Les grandes marques pénètrent habilement l'école publique pour séduire les enfants

 

Une enquête du CICNS  (avril 2007)

Quelques entreprises importent discrètement mais sûrement la publicité dans les écoles publiques. Une forme de prosélytisme dont les parents n’ont souvent pas connaissance mais qui est tout-à-fait légal celui-là, tant il est vrai, selon la perception laïque de l’éducation, qu’il vaut mieux conditionner la jeunesse à devenir un consommateur bien formaté qu’à s’intéresser aux religions, par exemple.

Une de ces entreprises se présente ainsi : « (Nous avons) mis en œuvre un système permettant de rapprocher les annonceurs du monde très fermé et sensible de l’éducation ».

Signal, Kellog’s, Castorama, Danone ou les laboratoires Clément Pharmygiène, entre autres, après avoir franchi les réticences de « ce monde fermé », deviennent ainsi des « références » dans l’esprit de nos bambins au travers de petits spectacles qui déguisent l’intention première de ce divertissement pédagogique.

Dans le jargon de l’entreprise, les enfants sont des « cibles » et l’objectif de la démarche est ouvertement de « développer l’image médiatique de… ». Remplissez les trois petits points par la marque concernée.

Pour Dove, par exemple, on approche les adolescents avec le thème de « l’estime de soi », alors que l’objectif du « programme pédagogique » est la promotion de l’image de ce fabricant de savon. Mais il sera certainement jugé "indécent" de parler de « manipulation » dans ce cas, car nous sommes en plein dans un système qui ne peut pas être remis en question.

Pour Castorama, dans un autre exemple, il s’agit de « référencer la marque Castorama auprès des parents ». En langage courant, cela veut sans doute dire que les enfants vont rentrer à la maison en demandant à aller à Castorama et que les parents les y emmèneront pour leur faire plaisir.

« Les enfants sont le cœur de tous les foyers », déclare la « vision » de l’entreprise : « séduisez-les et les parents suivront ».

Voilà, comme ça c’est clair.

On peut imaginer le tollé que provoquerait une « secte » qui entreprendrait une démarche similaire avec de tels slogans.

« Une approche efficace à 100% » dit le slogan.

Nous n’en doutons pas. C’est probablement d’ailleurs pourquoi cette « approche » est « chasse gardée » et vise à conserver le troupeau sur les bons rails. La promotion humanitaire, spirituelle ou religieuse des minorités spirituelles est une manipulation de personnes fragiles mais l’intrusion de la publicité dans les écoles, dans un « packaging » séduisant qui fait de nos enfants des « cibles » et de leurs parents des victimes secondaires, est sans conteste pour le bien-être des enfants.

La loi antisecte prévoit de condamner le fait d'abuser de l'état d'ignorance ou de la situation de faiblesse d'une personne en état de sujétion psychologique par l’usage de techniques propres à altérer son jugement. Nous savions déjà que la publicité en général devrait être concernée par ce genre de loi mais quand elle pénètre de cette manière et en toute légalité dans les écoles, auprès d’enfants en bas âge, on mesure mieux, encore une fois, la mascarade que représente les efforts médiatisés des pouvoirs publics pour protéger « l’enfance ».

Site d'une des entreprises en question : http://www.circonference.fr/circonference.htm

 

Dans un autre contexte, le lobby des pesticides : "un dépliant distribué par l'UIPP (Union des Industries de Protection des Plantes) et l'UPJ (Union des entreprises pour la Protection des Jardins) au Salon de l'agriculture destiné aux enfants se nomme "Comment ça pousse ?" Ce document d'aspect sympathique est loin de remplir sa supposée mission d'information. Nulle part, il n'est réellement expliqué comment les plantes poussent (...) ce document a une vocation cachée de "persuasion management" donc en clair de manipulation. C'est d'autant plus scandaleux que l'on s'adresse à des enfants qui ne possèdent pas les clés de décryptage de ce type de techniques qui échappe bien souvent, aussi, à la plupart des adultes."

 

http://www.mdrgf.org/-MDRGFvsUIPP/0-publicite-UIPP.html

 

Et puis, il y a ces "avancées" toujours discrètes dans le domaine du "neuromarketing" (ou comment manipuler le cerveau des "consommateurs" pour leur faire acheter ce qu'on veut). Un article du monde révèle que "les collaborations entre les services marketing et les laboratoires restent discrètes, de peur de susciter des réactions négatives de l'opinion publique (…) " mais que les programmes de neuromarketing progressent et que " Le réseau PHD, né en Grande-Bretagne, a élaboré son offre de conseil autour d'un outil de neuroplanning. Cet outil logiciel s'appuie sur des études menées par la société britannique Neurosense. La réaction de seize consommateurs à la diffusion de publicités a été analysée en fonction du type de média utilisé. PHD en a déduit les zones de cerveau à stimuler selon les objectifs de la marque." Une autre entreprise "Impact Mémoire travaille aussi pour de nombreuses marques sur l'impact du message publicitaire lui-même dans la mémoire du consommateur. Cette connaissance intime de la trace laissée par une publicité est très prisée des annonceurs". Aucune manipulation dénoncée, ni dans cet article, ni de la part de nos vertueux députés antisectes, bien sûr. Tout cela est de bonne guerre.

 

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0,36-888406,0.htm

 

 

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